COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DES-PRÉS
A deux ou trois cents mètres au plus de Montbrison^ et au matin de la porte Saint-Jean^ au milieu de vastes prairies arrosées par une dérivation du Vizézy, existait une commanderie de Tordre des chevaliers de Saint -Jean -de -Jérusalem, appelés successivement chevaliers de Rhodes et chevaliers de Malte.
Le comte de Forez Guy II, le même qui avait fondé vers 1 140 la léproserie de Moind, en fut le fondateur en 1 1 54 , ainsi que de celle de Chazelles-sur-Lyon dont nous dirons quelques mots. Le premier commandeur de Montbrison fut un nommé Arnulphe; celui de Chazelles fut Issoard de Montrognon (1).
Cette fondation religieuse ne s'établit pas sans opposition de la part du prieur de Savignieu, dont la juridiction ecclésiastique s'étendait sur toute la paroisse
(1) Hiitoire dei dua de Bourbon et dei comtes de Forez , par La Mare et Gbantelauze, t. 1*% p. 157.
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de Montbrison.Le comte passa outre; mais quand les frères de Thôpital de Saint-Jean (nom que Ton donnait alors aux commanderies ) voulurent faire construire une église et entretenir un chapelain, il fallut traiter avec le prieur de Savignieu, et un accord fut fait entr'eux en Tannée 1193 au sujet des sépultures, oblations et autres produits qui pouvaient diminuer les revenus du prieuré (1).
Ces deux fondations de la léproserie de Moind et de la commanderie de Saint-Jean avaient la môme cause et se rattachaient aux mômes souvenirs; la maison de Moind, dite de Saint-Lazare, offrait un asile aux malheureux atteints de la lèpre, un fruit des guerres des croisades; la commanderie de Saint-Jean rappelait à la noblesse les hauts faits de ses aïeux dans les mêmes guerres, et entretenait dans ses rangs les vertus militaires.
Les commanderies de Saint -Jean -de -Jérusalem étaient en France en 1771 au nombre de deux cent vingt, distribuées en trois langues ou nations : celles de France, de Provence et d'Auvergne, subdivisées en (juatre grands bailliages et six grands prieurés.
Les commandeurs, appelés autrefois précepteurs ou prieurs, étaient pris parmi les chevaliers. C!et ordre se recrutait dans la meilleure noblesse de France. Pour être reçu chevalier, il fallait prouver quatre quartiers de noblesse et vivre dans le célibat. Il y avait cependant une sorte de commandeurs qui
(1) Inventaire (Ict iilres du comté de Forez, publié par Cliûverondior, p 317.
COMMANDEIllK DK S.UNT-JEAX-DKS-PllÉS. 335
possédaient, quoique mariés, dos pensions sur des bénéfices ou commanderies.
Les commanderies, qui dans les premiers siècles étaient aussi un hospice ou hôpital, étaient habitées par un prêtre nommé chapelain et un ou plusieurs servants. Le prieur ou commandeur jouissait de la plus grosse portion des revenus, résidait rarement, était le plus souvent un cadet de famille attaché au service militaire. Car cet ordre, primitivement religieux, et affecté au service d'un hôpital fondé à Jérusalem pour y loger les pèlerins, était devenu militaire pour protéger les mêmes pèlerins contre les vexations des mahométans.
Chaque profès prononçait à son entrée dans Tordre les trois vœux monastiques : pauvreté, chasteté, obéissance, et en ajoutait un quatrième, celui de secourir les pèlerins et de combattre les infidèles.
L'ordre était divisé en trois classes :
Les chevaliers ,
Les chapelains.
Les servants.
Les chevaliers seuls tenaient à la noblesse et seuls pouvaient posséder une commanderie; leur marque distinctive était une croix d'or émaillée de blanc suspendue au cou par un ruban noir; l'habit militaire ou de cérémonie était rouge orné d'une croix blanche.
Cet ordre, créé uniquement pour la noblesse, fit en Europe de rapides progrès. C'est ce qui explique les nombreux établissements qu'il avait en France.
Le comte de Forez Guy II, dont un de ses ancêtres.
Guillaume III ^ s'était illustré dans la première croi* sade et mourut au siège de Nicée en 1097, voulut consacrer un si glorieux souvenir en fondant la commanderie de Montbrison; et les nobles, qui avaient pris ou qui par la suite prirent part à ces guerres lointaines, firent à ces commanderies de nombreuses donations.
Si dans les premiers temps de leur fondation les chevaliers de Saint-Jean rendirent des services à la chrétienté, plus tard ils ne portèrent plus qu'un vain titre, et les commanderies devinrent un bénéfice, un honneur, une sinécure plus ou moins grasse, que Ton pouvait justement comparer aux bénéfices ecclésiastiques des prieurs commandataires.
Une troisième commanderie fut aussi, vers la mémo époque, fondée à Verrières près de Saint-Germain- Laval. Nous ne connaissons ni le nom de son fondateur, ni la date de sa fondation. Son existence est toutefois constatée dès Tannée 1239 par le testament du comte de Forez Guy IV qui lui fit un legs pour son anniversaire à célébrer dans l'église de cette commanderie.
Le plus ancien commandeur de Verrières dont nous ayons retrouvé le nom est Girin de Roussillon en 1318 (1).
C'est un fait assez remarquable que ces trois commanderies du même ordre fondées en Forez à peu de
(1) Registre des nominations des officiers du comté de Forez. (Bibliothôfjue de Saint-Etienne, copie donnée par Aug. Bernard.}