COMM.VNDERIE DE SAINT-JEAN-DES-PRÉS
distance les unes des autres. Elles relevaient toutes trois de la langue d'Auvergne.
Dans les XII% XII? et XIV siècles, elles furent quelquefois placées sous l'administration d'un môme chef qui avait le titre de Prieur ou Précepteur. Cependant leurs revenus étaient distincts. En 1771, suivant Robert de Hesseln (1), les revenus de celle de Chazelles arrivaient à 5,000 livres, celle de Montbrison en avait 3,000. Quant à la commanderie de Verrières, Robert de Hesseln n'en fait pas mention. Toutefois, elle existait encore, mais unie au grand bailliage de Lyon.
Outre ces trois principales commanderics, il existait dans la province d'autres maisons hospitalières où l'ordre de Saint-Jean entretenait un chapelain ou prieur et qui relevaient de l'une dos trois comniandories. Ces maisons prenaient aussi le nom de mem-hres do commanderics. Ainsi, Château-le-Bois, près de Saint-Maurice-en-Gourgois, Vcrnoil, près de Saint- Cyprion (Loire) et la maison de Saint-Héand étaient trois membres de la commanderie de Montbrison; les maisons de la Roche (plus tard Rochefort), à Saint- Martin-d'en-Haut (Rhône), du Temple de Marlhes, de Saint- Bonnet-les- Places, et celle de Bouchalas (SainlrMartin-Lestra), étaient quatre membres de la commanderie de Chazelles; enfin Verrières possédait un membre dans la maison du Temple de Saint-Romain-la-Motte (Roannais) .
(1) Dictionnaire univer$el de France, au mot : Commanderiet,
La maison de Bouchalas existait des Tannée 1325; elle donna lieu à une transaction passée le 22 mai de cette année entre Mathieu de Boisvair, délégué du comte de Forez, et Arthaud de Saint-Romain, précepteur des maisons de Saint-Jean-de-Jérusalem à Montbrison et à Chazelles, au sujet de la justice sur les lieux dépendant de la maison des hospitaliers de Bouchalas (I). *
Parmi les revenus appartenant au membre de Bouchalas nous avons remarqué le produit d'une mine de métail située au vignoble de Brucy, territoire de Fontalcy, mandement d'Iseron, qni était affermée, le 2 mai 1 427, par religieuse personne Etienne de Chanorey, autrefois prévôt de Bouchalas , à M* Pierre Desfosses, notaire de Brulliole.
Nous sommes assez portés à croire que UHôpitalrle-Grand (aujourd'hui commune) a dû être primiti-^ vement une maison hospitalière ou membre relevant de la commanderie de Montbrison , et que le nom de grand a dû lui être donné pour le distinguer d'une petite maison hospitalière que des moines annexèrent à un prieuré fondé dans le courant du XI" siècle sur les terres du seigneur de Rochefort, d'où lui est venu le nom d'IIôpital-sous-Rochefort (canton de Boën). Toutefois nous n'avons trouvé dans nos recherches aucun souvenir de l'existence d'une maison hospitalière à l'IIôpital-le-Grand. Nous savons seulement
(1) InxenUiXrt des titre» de la maison ducale de Bourbon , publié par Huillard- BréhoUes, n* 1691.
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d'une manière certaine qu'une grande partie de ce village et de son territoire appartenait à la commanderie de Montbrison.
Tous ces membres de commanderie étaient pourvus d'une chapelle desservie par un prieur ou chapelain. Il percevait une partie des revenus attachés à chaque membre, et dajis l'origine il y exerçait l'hospitalité; car toutes ces maisons étaient désignées sous le nom de maisons hospitalières (Uomus hospitalis).
A mesure que Tordre de Saint-Jean perdit de son importance, ces diverses succursales, dépourvues de leur prieur, furent abandonnées et tombèrent bientôt en ruine.
Le nom de membr^e donné à ces diverses maisons nous explique parfaitement l'inscription que nous rapportons ci-après p. 357, où il est dit qu'Arnulphe, précepteur de la commanderie do Montbrison, fit beaucoup de bien tant à la maison-<5hef qu'à ses membres (quam in mimbriHj.
La commanderie de Chazelles était placée au centre même de la ville, auprès de l'église. Les restes de ses bâtiments, divisés, morcelés, dénaturés, sont aujourd'hui convertis en maisons particulières.
Toutefois la façade orientale est encore flanquée de deux tours cylindriques; ce qui donne à ce bâtiment le môme aspect qu'avait l'ancienne commanderie de Saint-Georges de Lyon, démolie en 1854. Ce bâtiment se fait encore remarquer par quelques fenêtres à croisillons de pierre, un bel escalier de deux mètres
de largeur placé dans une tour exagonale et par une grosse tour carrée dans la partie nord du bâtiment.
Toutes ces constructions portent le caractère du XV siècle.
L'église de Chazelles^ contigue à ces bâtiments^ est certainement Tœuvre des chevaliers.
D'après Ogier, a l'église de Chazelles fut, dit-on, a fondée par les Bénédictins de Savigny de qui elle « relevait, les commandeurs n'étaient que les sei- « gneurs du lieu; elle avait été donnée à ces moines « vers la fin du X* siècle (1). »
Il est possible que l'église primitive ait été fondée par les Bénédictins; mais l'église actuelle, avec ses nombreuses armoiries autour du chœur, la communication qui existait autrefois entre la maison des chevaliers et l'église, la reconstruction de ces deux édifices à peu près vers la même époque, tout nous porte à croire que l'église fut rebâtie par les soins des chevaliers en môme temps que la maison de la commanderie elle-même.
La commandorie de Chazelles a quelquefois été appelée Notre-Dame de Chazelles, du nom sans doute du vocable de l'église.
De nombreux blasons sculptés autour du chœur
(1) La France par cantons^ t. I, p. 104. — Le cartulaire de Savigny, chapitre 144, dit en effet que le 18 novembre 969 Dalmace, prêtre, fit don à Savigny du village de Chazellea {de Chazellis ) avec une église dédiée à saint Micliel. Touteruis, les droits que les moines de Savigny ont pu avoir sur l'église de Chazelles étalent perdus depuis longtemps , puisque le plus important de ces droits , celui de nommer le curé , appartenait aux commandeurs,
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et dans les chapelles nous rappellent les armes des commandeurs; malheureusement ils ont été badigeonnés et dorés récemment avec une fantaisie qui dépasse toutes les bornes; l'artiste ne s'étant préoccupé que do Tetfet produit par la dorure et les couleurs, sans s'inquiéter de la fidélité héraldique.
L'église a trois nefs, elle date des XIV* et XV* siècles, sauf le clocher, la travée qui le supporte et celle qui suit qui sont du XIX* siècle.
Une des chapelles de gauche, la seule ancienne dans cette partie, est formée de deux arcades surbaissées. Sur le fronton de la plus grande on y peut lire les armes de la famille du Vernet, dont un membre, frère Antoine, était commandeur de Chazelles en 1403 et 1404, suivant les manuscrits de Guichenon déposés à la bibliothèque de Montpellier.
Le comte de Forez Guy II avait fondé, en faveur de l'église de la commanderie de Chazelles, une rente annuelle et perpétuelle de 15 sols forts pour l'entretien d'une lampe allumée nuit et jour et pour l'encens à brûler en l'honneur de la Sainte- Vierge pendant les messes qui seront chaque jour célébrées dans ladite église. Cette rente devait être prélevée sur les cens que le comte percevait à Montbrison. Cette fondation donna lieu à une transaction ou échange qui eut lieu en 1229 entre les commanderies de Montbrison et de Chazelles. Il est dit dans cet acte que frère Arnulphe, précepteur de la maison de Montbrison (le même auquel a été érigée l'inscription rapportée à la p. 357 ci-après) , avait acquis de Willelme Gothecalci, che-
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valicr, des terres et rentes situées au bourg et territoire de Saint-Martin-la-Plaine et au territoire de Saint-Genis-Terre-Noire, et en avait attribué le produit à la maison hospitalière de Saint-lléand, qui était un membre de la commanderie de Montbrison ; que ces terres et rentes étaient plus à la convenance de la commanderie de Chazelles que de celle de ]Montbrison, parce qu'elles étaient contiguës à d'autres terres qui appartenaient à la maison de Chazelles; en conséquence, sur l'avis du frère S..., précepteur de Bourgogne, du frère G..., maître de Chazelles, des autres frères de la même maison, du Procureur et des Frères de la maison de Montbrison, le frère W. des Olmes, prieur de Saint-IIéand, déclara qu'il faisait abandon à la commanderie de Chazelles des revenus des terres et rentes acquises à Saint-Martin et à Saint-Gcnis-Terre-Noire, pour le service de la lampe et de Tencens qui devaient brûler en l'honneur de la Vierge; et, en compensation des terres et rentes cédées, la commanderie de Montbrison devait recevoir la rente annuelle de 15 sols forts assignés par le comte sur les cens do Montbrison (1).
C'est la seule fois que nous ayons trouvé dans nos
(I) Archives du département du Rhône, Inventaire de l'ordre de Malte, t. 5, Cha2eHes. — Il est de notre devoir et c'est pour nous un vrai plaisir de remercier ici M. Vachez, avocat h Lyon, un dos plus zélés collaborateurs de la Revue du Lyonnaiif des renseignements qu'il a bien voulu nous adresser sur la commanderie de Chazelles, et des sources qu'il nous a indiquées, telles que les manuscrits de Guichenon aux archives de l'école de médecine do Montpellier, et l'inventaire de l'ordre de Malte aux archives du Rhône , dont il nous A envoyé quelques extraits prérieux.
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recherches sur le Forez la mention d'une maison de commanderie à Saint-IIéand. La tradition n'en a conservé aucuns souvenirs, ce qui porte à croire que cette maison ne subsista pas longtemps. Toutefois, il existe encore sur une place de ce village, au midi de réglise, une construction monumentale qui paraît être du XIV* siècle; le XV* et le XVP siècles y ont fait diverses modifications; elle est flanquée à son extrémité sud d'une tour carrée, percée d'un portail en ogive aiguë. Cette construction pourrait bien avoir quelques rapports, aujourd'hui inconnus, avec le souvenir des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalcm.
Le commandeur de Chazellcs était en même temps seigneur de Chazelles en toutes justices. Ces droits s'étendaient aussi sur les paroisses environnantes.
Au sujet de ces droits eut lieu en mars 1.267, entre Renaud, comte de Forez, et Robert de Mont-Ridé (de Monte-RugosqJ j prieur de Chazelles, un traité qui réglait les droits respectifs du comte et du prieur sur toutes les localités situées entre le château de Saint-Galmier et celui de Saint-Symphorien-sur-Coise, et depuis les châteaux de Meys et de Bellegarde jusqu'à celui de Chatelus (1).
Outre ces droits seigneuriaux, la commanderie de Chazelles possédait de grands biens en immeubles, dîmes et cens, sur la paroisse de Saint-Martin-des- Anneaux (aujourd'hui St-Martin-d 'en-Haut, Rhône), au territoire dit de Rochefort (2).
(I) Let Fiefê du Forez, par Sooyer du Lac , publiés par d'Âssier, p. bb. (•2) Notice hiiiorique iur Saifit-Symphorien'le'Chàteau, par Cocbart, p. 187.
Une localité de Saint-Martin porte encore le nom de Templiers, soit que les Templiers y aient fait un établissement, soit que le nom de cette grande et célèbre institution ait été donné plus tard à la maison que les chevaliers de Sainfc-Jean-de-Jérusalem y possédaient. Nous ne croyons pas cependant que les Templiers, supprimés en 1312, aient rien possédé à SaintrMartin-des-Anneaux", puisque dès Tannée 1302 Arthaud de Saint- Romain, commandeur de Chazelles, y possédait déjà des droits et cens, et faisait au sujet de ces droits un traité avec les comtes de Saint-Jean de Lyon. Nous pensons plutôt que le nom de Templiers est resté attaché à cette localité en souvenir de cet ordre puissant qui a dû se confondre quelquefois dans Tesprit des populations avec celui de Saint-Jean-de-Jérusalem.
La commanderie de Chazelles possédait aussi de grands biens en immeubles, dîmes et cens sur les paroisses de Saint-Galmier et de Chambœuf , sur la parcelle de Bouchalas à Saint-Martin-Lestra, à Duerne^ à la Rajasse, Saint-Bonnet-lcs-Places, Courzieu, Bessenay, Saint -Denis-sur-Coise, Saint- André- la- Côtc, Saint-Jean-de-Chaussan et à Marlhes. Les biens do Marlhes leur provenaient de la succession des Templiers (1).
Un terrier de la commanderie de Chazelles, en
(I) chronique des Châteaux et Ahhayei du Forez, par de la Tour- Varan, t. 2, p. 299.
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date de 1290, existe aux archives départementales du Rhône, 32 feuillets, n" H, 2316 (1).
La commanderie de Montbrison avait aussi de grands biens avec droits de justice, dîmes et cens sur un vaste territoire situé près de Montbrison, connu sous le nom de Messilieux ; ils s'étendaient sur les paroisses de Prétieux et THôpitaUe-Grand; on retrouve encore leurs souvenirs dans la partie de ce territoire appelée des Chevaliers et dans le nom même de l'Hôpîtal-le-Grand. Les dîmes de Messilieux étaient encore affermées en 1751 par le commandeur aux Visîtandines de Montbrison au prix annuel de 400 livres. Le commandeur jouissait aussi d'une dîme appelée de Charmillange, près de Châtel (Clépé).
Le village et territoire de la Haute-Cruzille près de Saint-Jean-Soley mieux appartenait aussi presqu'en entier aux chevaliers de Montbrison.
Les droits de justice que le commandeur prétendait sur le territoire de la Cruzîlle donnèrent lieu à de longs débats avec le comte de Forez. Un premier accord fut fait en 1272, entre le comte et le commandeur d'Auvergne au nom du prieur de Montbrison. Plus tard le châtelain de Lavieu, au nom du comte, fit dresser sur le pont de la Cruzille un pilori, signe de haute justice. Arthaud de Saint-Romain, commandeur de Chazelles, s'en plaignit au comte comme
(t) Bùîoire da duc$ de Bourbon $t de$ comfet de Forez, par La Mare et Chantelaïue, t. 3*, p. 164 des suppléments.