‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 7 sur 69 · LES PÈRES DE X'ORATOIRE · texte numérisé non relu

LES PÈRES DE X'ORATOIRE

On remarquera, par les dates que nous venons de citer, que Claude de Tournon, l'élu de Forez, décédé le 36 février 1522, est un personnage bien distinct de Claude de Tournon, le conseiller de Dijon, dont le testament est à la date du 31 août 1538; mais Tun et l'autre appartenaient évidemment.à la même famille, et l'inscription ci-dessus, comme le testament que nous allons analyser, nous montre que dans cette famille la charité chétienne était une vertu héréditaire.

Je crois même que le conseiller de Dijon dont nous allons analyser le généreux testament était le neveu de l'élu de Forez. C'est peut-être en souvenir des hautes fonctions de son père que Claude de Tournon, le conseiller, prêtait à la ville de Montbrison une somme de cent livres pour être distribuée, selon l'usage, aux fourriers, laquais, trompettes, pages, hérauts du roi, à l'occasion de l'entrée solennelle de François F', de la reine et de ses enfants, dans la ville de Montbrison, le 24 avril 1536. Le registre des délibérations de la ville qui nous a conservé le récit des fêtes qui eurent lieu à cette occasion, qualifie Claude de Tournon de Monseigneur (1). Cette qualification, exagérée sans doute, nous montre au moins la haute estime dont il jouissait auprès de ses concitoyens.

Parmi les dispositions que renferme le testament de Claude de Tournon nous avons remarqué les sui-

(1) Hiitoirt âM Forez, par Aug. Bernard, t. 2, p. 106. — Bittoire de$ ducs d$ Bowrbon, par La Mare et CSbantelauze, t. 3, p. 278,

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vantes : il prescrit pow le jour de son enterrement une aumône générale de trois deniers et un pain à tous allant et venant; il donne cinq sols à chacun des hospices de Dijon et aux paroisses de Saint^ Michel et de Saint-Médard (en souvenir sans doute du séjour qu'il avait fait dans cette ville comme conseiller à son parlement). Il fonde ^ dans T Hôtel-* Dieu de Montbrison^ deux lits garnis et une rente annuelle de dix livres pendant dix ans^ à partir du jour de son décès ^ laquelle sera employée en riz^ amandes^ pruneaux^ raisins et autres confitures pour les pauvres malades. Il fait donation à la confrérie de Saint-Michel; de Montbrison^ d'une vigne située à Moind; aux pauvres de Montbrison^ d'un boisseau de blé; moitié seigle^ moitié froment^ qui devra être converti en pain et leur sera distribué^ chaque année, au jour anniversaire de son décès. Il fonde , pendant treize années consécutives , une rente annuelle de vingt livres tournois, qui sera payée à treize filles pucelleSj le jour de leur mariage; enfin, il donne a aux pauvres malades de lèpre, résidant en la ma* oc ladrerie étant auprès de Montbrison, tirant Moind, d une rente perpétuelle ou aumône de vingt sols tour* nois, qui devra leur être payée le jour de son enterrement.

Aug, Bernard, dans V Histoire du Forez (t. 1^% p. 276), dit cependant : a Cette maladrerie fut annexée, « vers 1325, à l'hôpital Sainte-Anne de Montbrison. » Le testament de M. de Tournon, de 1538, prouve évidemment le contraire.

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Après les legs faits aux pauvres et aux infirmes^ Claude de Tournon se préoccupe de Tinstruction^ comme moyen sans doute de prévenir bien des misères; en conséquence^ il donne aux Pères Cordéliers, de Montbrison^ une rente annuelle de douze livres dix sols toiimois pour Ventretiennementj à TUniverslté de Paris, d'un jeune minoré, natif de Montbrtson, qui sera préféré aux étrangers; de plus, il fonde une rente perpétuelle de vingt livres tournois pour y entretenir aussi, pendant cinq années, un de ses parents qui voudra étudier dans la même Université; et, après l'éducation de ce premier élève, il en substitue d'autres qui devront toujours être pris parmi les membres de sa famille.

Elle était nombreuse alors la famille de Tournon , à en juger par les legs qu'il fait à ses parents; ainsi, il donne une rente annuelle et perpétuelle de vingt livres tournois, ou un capital de 400 livres une fois payé, à Pierre Palerne, son neveu; pareille somme à chacun des enfants de Pierre-François de Tournon, son frère ; de feue Marguerite de Tournon , sa sœur, femme de Jean de Jaligny; de feue Catherine de Tournon, son autre sœur, mariée à Denis Puy et à Jacques Briton; à son petit-neveu, Philippe du« Colombier, fils d'Antoine et de Jeannette , sa nièce;

à chacun des enfants d'Agnès de Tournon, sa sœur, femme de Jean de Murât. Il lègue spécialement à son neveu, Thomas de Murât, les livres de lois qu'il lui a prêtés; à son neveu et filleul, Claude de Tournon, quand il aura atteint sa 25"" année, sa grange de Cro^

mérieux^ et à son cousin^ M. Guillaume de Tournon^ l'un des élus de Forez ^ la moitié des moulins de Sury-le-Comtal et la moitié de celui de la Chaud. Enfin^ il institue Catherine de Bilhon sa légataire universelle pour le surplus de ses biens ^ <t en sus de sa dot qui est de mille écus d'or. j> Mais après le décès de sa femme ^ ou de son vivant si elle passe à de secondes noces ^ il double les legs de 400 livres tournois faits à chacun de ses neveux^ ainsi que les autres fondations, et institue les pauvres de Montbrison ses héritiers universels.

Parmi les legs si nombreux que renferme encore ce testament, nous remarquons ceux qui suivent : Au couvent de Sainte-Claire, de Montbrison, cinquante livres tournois, pour réparer les bâtiments; aux Cordeliers, cent livres pour le même objet; à l'église de Saint-Pierre, 50 livres pour réparation au clocher. Puis viennent les fondations d'anniversaires et d'annuités de messes à dire dans les églises des Cordeliers, de Sainte -Madeleine, de Saint- André et de Saint- Pierre, et spécialement dans cette dernière église, à la chapelle des Tournon. De plus^ il organise et dote dans cette paroisse le service des sociétaires qui devront assister aux offices divins, au nombre de six au moins et deux clerjons, y compris le curé de la paroisse et son vicaire. Enfin^ il fonde deux prébendes dans la même église de Saint-Pierre, l'une en la chapelle des Tournon, et lui donne la dîme qu'il a acquise de noble Jean de TréméoUes, écuyer, assise en la paroisse de Saint-Georges de Couzan , et nomme pour

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premier prébendier son neveu et légataire Pierre Palerne. Quant à la seconde prébende, il la dota d'une rente de 50 livres tournois, qui ne devait être payée cependant qu'après le convoi ou le décès de sa femme Catherine de Bilhon.

Il y a dans ce testament une fondation qui rappelle un vieil usage de nos pères, et, à ce titre, nous la citerons dans son entier : « Item, le testateur veut et « ordonne que par celui qui a la cloche Saint-Michel « dudit Montbrison, un chacun lundi matin, sur la « pointe du jour, soit crié parmi la ville dudit Montée brison, à la manière accoutumée : Réveillez-vcms t a révemez-vous ! Et pour ce faire lui donne, pour « chaque jour qu'il l'aura fait, 10 deniers tournois. »

La même coutume existait encore à Saint-Rambertsur-Loire, au commencement de ce siècle, et le crieur de nuit parcourait les rues de la ville en répétant de sa voix la plus forte le quatrain suivant :

Réveille-toi , peuple chrétien , Réveille-toi , c'est pour ton bien :

Sors de ton lit , prends tes habits , Bt pour les morts prie Jésus-Christ.

Ce testament, fait dans la maison du testateur, rue de la barrière, la veille de sa mort, eut pour témoins : Vital Chalancon, juge de Forez; noble Jean de TréméoUes, écuyer, sieur dudit lieu; frère François de Montjournal, commandeur de Saint-Jean-des-Prés de Montbrison; MM'* Pierre Chatillon, avocat, et Philippe Yppolite, procureur du roi. Il devait avoir pour

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exécuteurs testamentaires le Gardien des Cordeliers^ le Père confesseur des Sainte-Claire, le curé de Saint- Pierre et le juge de Forez, Vital Chalancon; mais le lendemain de Tenterrement du testateur, le 2 septem-bre 1538, lors de la lecture de ce testament, qui fut faite publiquement et solennellement en la chambre du conseil de Forez, en présence de MM. Jean Geoffroy, lieutenant du roi, et Philippe Yppolite, son procureur général, et de tous les nombreux intéressés, M. Vital Chalancon déclara ne pouvoir, à cause de sa charge et de sa maladie, accepter les fonctions d'exécuteur testamentaire.

Nous n'avons pu découvrir à quelle époque mourut Catherine de Bilhon, veuve et héritière de Claude de Tournon ; .mais nous savons que, pour se conformer sans doute aux généreuses intentions de son mari, elle institua le collège de Montbrison son héritier universel, et lui fit don, en conséquence, des mille écus d'or qui composaient sa dot. Elle était décèdée avant 1578, car nous voyons qu'à cette date la communauté des habitants de Montbrison nomma pour exécuteur honoraire de V hérédité de feu M. le conseiller de Tournon j affectée pour Ventretiennement du col- , lége de Montbrison, noble homme et sage maître Jean Papon, conseiller du roi au bailliage de Forez, et pour commis à la recette des droits de la même hérédité W Claude Henrys.

En sus de sa grange de Cromérieux, donnée à son neveu et filleul, et des moulins de Sury et de la Chaud légués à son cousin, M. le conseiller de Tournon pos-

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sédait encore de grands biens situés en la paroisse et mandement de Lavieu; ils furent vendus pour Taoquittement de ses œuvres pies et de ses nombreux legs; le reliquat fut réuni à diverses rentes qui dépendaient de la même succession^ et résultaient d'un terrier assis au faubourg de la Croix à Montbrison et sur les paroisses de Marcilly et de Chandieu. Ce terrier, appelé Terrier du CoUége^ contenait plus de 76 feuillets, ainsi que le prouvent plusieurs reconnaissances faites par les débiteurs, en 1578, 1593 et 1613, devant MM* Charbonnier, Caze et Pouin, notaires à Montbrison. La réunion de tous ces biens formait en faveur du collège un revenu de 183 écus 35 sols 5 deniers, comme on le voit par un état dressé en 1614 par Hippolyte Cleppier, châtelain de Montbrison. De la même succession, le collège possédait encore quelques immeubles situés à Montbrison, au quartier du Bourg-Neuf, qu'il vendit en 1634 et en 1767. La succession de M. de Tournon, ou celle de sa femme, était grevée des charges ou pensions suivantes :

1* Aux Cordeliers de Montbrison, pour un novice étudiant à Paris, 25 livres;

2^ Aux religieuses de Sainte-Claire, 4 livres 6 sols 3 deniers;

3'' Au crieur ou réveilleur, 4 livres 4 sols- 6 deniers;

4"* A MM. du chapitre de Montbrison, 10 livres;

5"* Aux deux clerjons de Saint-Pierre, 10 livres;

6*" Au domaine, 15 écus.

Ces diverses charges réduisaient l'actif de la suo-

œssion de M. de Tournon ou de sa femme à un revenu net de 150 écus.

Le testament, dont nous venons de reproduire les principales dispositions, nous apprend que M. de Tournon habitait la rue de la Barrière (petite rue sur laquelle furent construits, plus tard, le couvent et l'église de la Visitation, aujourd'hui le tribunal); qu'il possédait de grands biens à Cromérieux, à Suryle-Comtal et à Lavîeu; enfin, que sa famille avait contracté de bonnes alliances avec Denis Puy, d'une ancienne famille montbrisonnaise, avec Jean de Jaligny, trésorier des finances de Forez, et avec les de Murât, qui ont donné, en 1513, un commandeur de Malte à Montbrison. Cette famille de Tournon n'a cependant rien de commun, je crois, avec la grande et illustre maison de Tournon en Vivarais; leurs armes sont entièrement différentes; de plus, la grande noblesse des Tournon du Vivarais aurait certainement cru déroger en acceptant une charge de conseiller au parlement de Dijon.

Les de Tournon du Forez étaient cependant déjà anciens dans notre province; on trouve en effet, en 1383, Pierre de Tournon, chanoine de Montbrison (l'abbé Renon en parle dans sa Chronique de Notre- Dame^' Espérance^ p. 112, comme ayant été présenté au chapitre par la duchesse Jeanne de Bourbon; mais il le nomme Pierre de Châte ou de Tournon). En 1460, Claude de Tournon était seigneur engagiste de Feurs; en 1479, Antoine de Tournon était l'un des quatre consuls de Montbrison; en 1522, autre

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Claude de Tournon était conseiller du bailliage et élu en Forez. C'est à lui que du Verdier a consacré, dans Téglise de Saint-Pierre, Tépitaphe dont nous avons parlé. En 1600, on retrouve encore Jean de Tournon, notaire à Montbrison; il laissa deux fils : Jean, curé de Sury-le-Comtal en 1636, et Charles, élu en Téleotion de Montbrison, en 1649. Ce dernier fut accusé et convaincu d'avoir obtenu de sa femme, Jeanne Garet, par menaces et violences, un testament en sa faveur qui fut annulé. Vers 1700, Jeanne de Tournon était mariée à Charles-Joseph Mazenod, sieur de Pavézin, écuyer. Ce sont les armoiries de cette dernière qui nous ont fait connaître les émaux des armes des de Tournon de Forez. A partir de cette dernière date, nous n'avons plus retrouvé les traces d'aucun membre de cette famille, et nous avons tout lieu de croire qu'elle est éteinte. Mais son souvenir vit encore à Montbrison, grâce à l'inscription que du Verdier a consacrée à un de ses membres, et grâce surtout à la générosité que Claude de Tournon a montrée à l'égard du collège de Montbrison.

La ville de Montbrison a fait reconstruire en 1873 l'église de Saint-Pierre qui renfermait la chapelle et l'inscription de Tournon. Nous aimons à croire qu'elle aura conservé une place d'honneur à l'inscription qui rappelle une famille recommandable à plusieurs titres.

Nous venons de voir parmi les charges grevant la succession de M. de Tournon une rente annuelle de 25 livres en faveur des Pères Cordeliers de Montbri-

son, pour l'entretien à TUniversité de Paris d'un minoré ou novice de leur ordre. Je ne sais si les moines ne remplirent pas les conditions imposées à cette rente, ou si les directeurs du collège crurent pouvoir légalement en faire profiter leurs élèves, mais, dès l'année 1614, ils en refusèrent le payement. Les Cordeliers réclamèrent, et un jugement du bailliage condamna M" Philibert du Cîolombier, chanoine préceptorial et principal du collège, à payer en cette qualité la rente de 25 livres.

Le collège de Montbrison possédait encore, dès 1619, un domaine appelé Rhéty, situé sur les bords du Lignon, en la paroisse de la Celle et de l'Olme^ annexe de Cleppé^ nous n'avons pu découvrir quel en avait été le donateur; nous savons seulement, par un acte de 1748, dont nous parlerons plus tard, que ce domaine appartenait au collège depuis plus de 130 ans.

Un autre acte du milieu du XVIP siècle, dressé par les Oratoriens eux-mêmes, alors qu'ils dirigeaient le nouveau collège de Montbrison , nous apprend que les revenus de Vancien collège de Montbrison étaient évalués à 688 livres et composés ainsi :

1** Un domaine, celui de Rhéty sans doute, affermé 240 liv.

2" La rente dite du SainlrEsprit(l). . 68

A reporter. . . . 308 liv.

(1) Cette rente avait de* nombreux terriers mentionnés aux archives du département de la Loire, série V, n« 24.

LBS PàBBS MB L'ORATOIRB. 25

Report. . . . 308 liv.

3^ Revenus de la préceptoriale (fixés par transaction entre les chanoines et les PèresderOratoirelellmail623). . . 180

4* Rentes foncières ou constituées. . 100

Total 628 (i)

Ce revenu était évidemment bien faible pour un établissement de ce genre.

Aussi, par une cause qui nous est restée inconnue, le collège, dirigé par le chapitre de Montbrison, ne prospérait plus dès les premières années du XVII* siècle, ou ne répondait plus aux besoins de la population. Une assemblée générale des habitants, tenue en 1620, résolut d'appeler à la direction du collège les Pères de l'Oratoire de Jésus.

L'ordre des prêtres de l'Oratoire, ou Oratoriens, comme on les appela phis tard, fondé à Rome, vers 1550, par saint Philippe de Néri, avait été établi à Paris en 1611 par les soins du cardinal de BéruUe, à l'instigation du Père Cotton, confesseur d'Henri IV. Grâce aux sollicitations de Marie de Médicis, cet ordre fut approuvé en 1612 par lettres patentes et déclaré de fondation royale. Mais il dut subir quelques modifications, dont la plus importante fut celle d'un chef ou général nommé à vie. Le but primitif de cette institution avait été l'éducation du clergé, mais elle ne

(1) Archives de la biblloûiôquâ nationale de Paris, manuscrits. Kote envoyée par 11. de la Boa, «mployé an mloistôre des finances.

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