‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 3)Chapitre 18 sur 37 · LES PÉNITBNTES DE SAINT-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

LES PÉNITBNTES DE SAINT-AUGUSTIN

de quinze deniers forts ^ assise sur le bois du Bovjohet près de Beauregard, sur les bords du Vizézy. Il est permis de croire que ce bois était un souvenir de la sainte maison du Bouchetj dont nous ayons parlé au commencement dé cette notice.

Les bâtiments déserts des Pénitentes de Saint- Augustin durent bientôt tomber en ruine. Une partie cependant fut conservée et convertie en un petit prieuré sous le nom de Saint-Eloy, où les Bénédictins de la Ghaize-Dieu essayèrent d'établir quelques-uns de leurs moines. Cette nouvelle maison ne prospéra pas mieux > et, dès Tannée 1489, les bâtiments étaient de nouveau abandonnés, et le service seul de la chapelle était fait par un moine de Savignieu qui prenait le titre de prieur de Saint-Eloy.

De La Mure, dans sa Chronique des religieuses de Sainte-Claire (page 30, édition de 1845), nous apprend aussi que le couvent des religieuses pénitentes existait au lieu où est à présent (1656) l'église de Saint-Eloy; mais il ne parle pas du prieuré, ce qui confirme sa suppression.

A partir de cette époque, en effet, nous n'avons trouvé aucune mention de ce prieuré jusqu'en 1732. En cette année , le chapitre de Montbrison , pour défendre ses droits sur la justice seigneuriale de Moind, qui lui était contestée par le procureur du roi, fit dresser un plan, aujourd'hui déposé à la biblothèque de la ville. Sur ce plan, dont l'abbé Renon a donné une réduction dans sa Chronique de Notre-Dame ^ p. 296, on voit, désignée sous le n"* 21 , la chapelle de

S8 liES GOUTENTS DE MONTBRâON.

Saint-Eloy. Grâce à ce plan, nous connaissons d'une* manière précise l'emplacement occupé par le couvent des Pénitentes de Saint- Augustin. Il était bien, comme dit La Mure, près de la ville de Montbrison, et la chapelle était construite sur le bord et au matin de la route de Montbrison à Moind, en face d'un chemin qui longe au midi les murs de la caserne actuelle de Montbrison.

Cette chapelle n'existe plus depuis longtemps, et à leur tour ses ruines mêmes ont disparu.

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IcCordeliers, fondé

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en provinces. La province de Bourgogne, une des plus considérables de Tordre, prit le nom de Saint- Bonaventure, après la mort à Lyon, en 1274, de ce grand réformateur des Cordeliers. Elle comprenait le Lyonnais, Forez et Beaujolais, le Maçonnais, le Dauphiné, TAuvergne, la Bourgogne, la Franche- Comté, la Savoie et la Bresse.

Après la réforme de 1503, la province de Saint- Bonaventure fut divisée en six custodies : celles de Dijon, d'Auvergne, de Dole, de Savoie, de Lyon et de Vienne; ces deux dernières furent elles-mêmes réunies en une seule, en 1613, au chapitre général tenu à Montf errant.

Les Cordeliers étaient habillés en gros drap gris, avec un petit capuce ou chaperon et im manteau de même étoffe. Ils étaient spécialement distingués par une ceinture de corde nouée de trois nœuds; c'est de là que leur est venu le nom de Cordeliers qui leur fut donné lors de la guerre de saint Louis contre les infidèles, en 1248, pondant laquelle les Frères Mineurs ayant repoussé les barbares, attirèrent l'attention du roi qui voulut connaître leur ordre; on lui répondit que c'étaient des gens de cordes liés (1). Ce nom leur resta et prévalut même dans la suite sur celui de Frères Mineurs.

L'époque de la fondation à Montbrison du couvent des Cordeliers est encore incertaine. Le P. Fodéré, qui a publié, en 1619, l'histoire des couvents de cet *' ■■ — • — - .. ■■ ■«■■■ .■■,■—,»....

(t) DictUmnaire dp la ComersfUimt.

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ordre dans la province de Saint-Bonaventure, parle d'un titre de 1252 qui fait mention du couvent des Cîordeliers de Montbrison. Auguste Bernard, dans son Histoire du Forez (t. 1^ p. 146 à 149 et 370), a démontré, jusqu'à Tévidence, Terreur commise par le P. Fodéré au sujet de l'acte do 1252 dont la véritable date est 1370. Au reste, le P. Fodéré se met en contradiction avec lui-même lorsque, rapportant une autre version sur la fondation de ce couvent, il dit (p. 478) que les premiers Cordoliers furent amenés et logés à Montbrison, en 1254, par un vicomte de Lavieu.

Dans cette incei'titude sur la véritable date de la fondation de ce couvent, nous avons été heureux de retrouver un titre qui la fait remonter au-delà de 1237. Ce titre est le testaoïent de Meillonnerius Berberii, croisé sur le point de partir pour Jérusalem, par lequel il donne vingt sols forts à chacun des couvents de Seauve (Bénite), de Joursey, de Saint-Thomas, de Lcigneux, de Bonlieu, de Beaulieu et de Pouilly; dix sols forts à la maison de Mallaval, pareille somme aux lépreux de Montbrison, aux bâtimeiits des Frères Mineurs de Montbrison, aux bâtiments des Pénitentes^ à Téglise de Savignieu, au chapelain de Saint- André, et aux pauvres de Montbrison; enfin, un lit garni aux infirmes de Montjbrison. Il nomme pour exécutem^s testamentaires son père et ses deux frères.

On voit par cette donation qu'un couvent de Cordeliers existait à Montbrison antérieurement à 1237.

Nous devons toutefois ajouter que nous n'avons pu retrouver dans les archives de cette maison Toriginal de ce testament, mais seulement une copie datée de 1655 et signée par le P. Martin, gardien du couvent, avec cette mention : « J'ai vu l'original de ce testament <( entre les mains de Jean-Marie de La Mure, con- « seiller aumônier ordinaire du roi, sacristain-cha- « noinede Montbrison et chapelain de l'Hôtel-Dieu. »

L'existence de ce testament entre les mains de notre historien de La Mure explique comment le P. Fodéré n'a pu mentionner un titre qui n'était pas dans les archives du couvent. Il ne pouvait pas non plus avoir connaissance d'une copie faite par le P. Martin longtemps après l'impression de l'ouvrage du P. Fodéré.

En 1753, le P. Michel-Bonaventure Duby, fils d'un greffier au bailliage de Montbrison, docteur en théologie de la faculté de Paris, ancien gardien du couvent de Montbrison, définiteur actuel de la province, a relevé sur un registre in-folio les titres de toutes les fondations 'pieuses faites aux Cordeliersde Montbrison. En tête de ce registre, il a écrit de sa main les lignes suivantes : « ïe crois que nous sommes fondés <t avant 1233, ayant des contrats antérieurs, même ce un de 1219, ce qui a fait dire à M. le chanoine « (Chapuis) de la Goutte, le plus grand chronologiste (( de la province, sans contredit, que nous étions « établis trois ans avant son chapitre. »

Toutefois, nous devons ajouter que, dans le dépouillement minutieux par nous fait de tous les titres

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des Cordeliers déposés aux archives départemeiitales de la Loire, nous n'avons pu retrouver les deux actes de 1219 et de 1233. Mais par suite des déplacements que ces archives ont subies depuis 1793 jusqu'à ce jour, quelques-uns de ces titres ont pu être égarés.

Un état du personnel , des revenus et des charges du couvent, dressé et signé par tous les Cordeliers de Montbrison et envoyé au chapitre national de Tordre, tenu à Paris le 5 septembre 1760, fait aussi remonter • la fondation de ce couvent à 1219, et en attribue Thonneur au comte de Forez. Cette date était donc une croyance admise dans cette maison. Cette croyance pouvait, au besoin, s'appuyer sur la charte des privilèges de Montbrison, octroyée en novembre 1223; il est fait mention, en effet, dans cette charte de plusieurs maisons religieuses, domus religiosae (1) existant à Montbrison. Cette dénomination vague, ne pouvant s'appliquer ni à l'hôpital Sainte-Anne, ni au prieuré de Saint-Eloy, alors occupé par les Filles Pénitentes, ni au couvent de Savignieu, tous construits en dehors de la commune de Montbrison, visait peutêtre le couvent des Cordeliers.

Quoi qu'il en soit de ces présomptions ,nous avons une date certaine sur l'existence des Cordeliers à Montbrison : celle de 1237.

Quant au fondateur de ce couvent, au lieu de donner ce titre à un comte de Forez, comme le fait

(1) HUtoire de* duct de Bourhonf par La UareetChantelauze, t. 3, preuvet p. 60.

Tacte de 1760 que nous venons de citer, nous croyons qu'il revient à. un membre de la famille de Lavieu; voici nos raisons.

Nous avons retrouvé plusieurs titres originaux établissant les nombreuses donations faites au cou* vent par les comtes et les comtesses de Forez. Dans aucun il ne leur a été donné le titre de fondateurs.

Le premier en date est un acte de juin 1274, par lequel Guy VI, considérant le pauvre état du couvent des Cordeliers, et l'affection que son père et ses prédécesseurs ont eue pour ce couvent^ lui fait don des droits de directes qu'il a sur quelques maisons du faul^ourg des Alves, situé entre le couvent et la frarie de Tcglise de Saint-André.

En 1303, les Cordeliers, pour mieux se conformer à Tesprit de pauvreté qui avait présidé à la fondation de leur ordre, et surtout aux réformes prescrites par saint Bonaventure, renoncèrent à ces rentes féodales en faveur du comte; mais ce dernier, en retour, leur fit don de 280 livres viennoises qui furent employées à parfaire la reconstruction de leur église (1). . Le même Guy VI, par son premier testament de 1275, avait donné aux Cordeliers 50 livres viennoises pour la toiture de leur église, et une rente perpétuelle de 20 sols viennois.

En 1280, Jeanne de Montfort, sa veuve, fit poser les vitres de Téglise et achever le dortoir. En 1285, elle leur fit cadeau d'un calice d argent doré, dont

(1) Histoire des dua de Bourbon, par La Mure et Chantelaoze, 1. 1, p. 329.

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nous parlerons au chapitre suivant. Enfin, par son testament de novembre 1293, elle donna au couvent des Cordeliers 27 livres viennoises de rente annuelle quelle avait à prendre sur les recettes de Montbrison, un capital de 30 livres viennoises pour l'œuvre de leur église, voulut être enterrée dans l'église des Cordeliers et prescrivit à ses héritiers de lui faire élever un tombeau de la valeur de 200 livres.

Ce tombeau fut en effet érigé; mais, conformément au dernier testament de Jeanne de Montfort, il ne reçut que son cœur et ses entrailles. Son corps fut déposé avec celui de Louis de Savoie, son second mari, dans l'église de Haute-Combe, en la chapelle Saint-Michel (1).

Le tombeau de Jeanne de Montfort, dans l'église des Cordeliers, reçut encore les restes de plusieurs femmes de la famille de nos comtes, ce qui lui valut, suivant une note écrite en 1753 par le P. Duby, en tète du registre dont nous avons parlé, le nom de tombeau des comtesses de Forez, Il était placé au coin du grand autels dans V arcade de la muraille, du côté de V évangile, derrière le nouveau treillage du chœur.

Ces donations et plusieurs autres faites par les membres de la famille de nos comtes, dont nous parlerons plus loin , ont suffi pour donner naissance à la tradition qui attribuait à un comte de Forez la fondation du couvent des Cordeliers.

(1 ) Hittoire des ducM de Bourbon, par La Mure et Ghantelauze, 1. 1 , p. 291 .

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