‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 3)Chapitre 19 sur 37 · Tome · texte numérisé non relu

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yi l'un d'eux eût été fondateur de ce couvent, il est évident que le tombeau de Jeanne de Montfort, veuve de Guy VI, eût été élevé au milieu du chœur, devant le maitre-autel , selon un usage devenu un privilège. Mais cette place était déjà occupée par le tombeau d'un membre de la famille de Lavieu.

Le testament d'Alix de Beaujeu , dame de Couzan, du 21 août 1419, est l'acte le plus ancien que nous ayons retrouvé mentionnant ce tombeau. Par cet acte, elle élit sa sépulture dans l'église des Frères Mineurs de Montbrison, au tombeau de ses parents de Lavieu.

Un autre testament reçu par Duguet, notaire à Montbrison, le 11 novembre 1572, fait aussi mention du tombeau du comte de Lavieu, au milieu du chœur des Cordeliers.

Le P. Fodéré en parle aussi (page 479); selon lui, le vicomte de Lavieu, fondateur du couvent, mourut en 1279, et fut inhumé « au milieu du chœur « de V église, comme on Je voit par son écu, qui est « une bande dentelée, qui sont les vraies armes de la « famille de Lavieu. Ce sépulcre était d'un superbe « artifice de pierre de taille fort élevé de terre et au a dessus d'icelui l'effigie en relief du dit seigneur « armé, et tout autour une singulière et riche manu- (c facture. »

Le P. Duby mentionne aussi ce petit monument, « Le tombeau du vicomte de Lavieu, dit-il, était au « milieu du chœur; au dessus se trouvait une statue « de saint François, portant la date de 1233; elle

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« était soutenue par des lions. Brisée par les héré- « tiques lors de la prise de Montbrison, le 14 juillet « 1562, elle fut rétablie et remise au milieu du « chœur, ainsi que le tombeau. Le tout exista jusa qu'au 6 août 1731, jour auquel arriva le trop fu- « neste incendie général de l'église et de tous les « bâtiments du couvent. »

Cette statue de saint François , couchée sur le tombeau des Lavieu , et reposant sur des lions, pourrait bien être la statue elle-même du vicomte, mutilée par les hérétiques de 1562. M. Steyer, dans une note de la page 372 de V Histoire des ducs de Bourbon, 1" vol., dit, en effet, qu'au-dessus du tombeau d'un seigneur de Lavieu, élevé au milieu du chœur des Cordeliers, la statue de ce seigneur était représentée dans le costume militaire du XIV siècle, revêtu d'un haubert court et étroit et pardessus d'une cotte d'armes armoriée. Quant à la date de 1233, elle justifie l'ancienneté que nous donnons à ce couvent.

Nous croyons donc, comme le P. Fodéré, qu'un membre de la famille de Lavieu fut le fondateur du couvent des Cordeliers.

Cette opinion est encore appuyée par les lettrespatentes données à Montbrison, le 7 août 1377, par le duc de Bourbon Louis II, comte de Forez, en faveur des Cordeliers. Par ces lettres le duc de Bourbon , rappelant les aumônes faites à ce couvent par ses prédécesseurs, donne aux comtes et aux comtesses de Forez le titre de fondeurs de l'église des Cordeliers de Montbrison. Remarquons que ce titre ne

s'applique qu'à l'église et non au couvent lui-même.

Nous verrons, en effet, dans le chapitre suivant, que la famille de nos comtes et notamment la comtesse Jeanne ont contribué pour de fortes sommes à la reconstruction de l'église qui eut lieu vers 1270. Il est donc permis de croire que pour rendre à chacun selon ses œuvres, on rétablit alors au milieu du chœur de la nouvelle église le tombeau et la statue de Lavieu , qui existaient dans l'ancienne, comme l'indique la date de 1233 rapportée par le P. Duby.

Le couvent des Cordeliers existait, selon nous, avant 1237, peut-être même dès 1219; mais il est certain qu'il fut reconstruit sur de plus grandes proportions vers 1270. Le P. Fodéré nous apprend que « les religieux commencèrent leurs bâtiments par « l'église, laquelle fut parachevée l'an 1271, et l'année (( suivante fuit consecrata et Deo dicata sub no- « mine et favore Virginis sacro sanctœ Mariœ, a die 14 mensis martii^ anno Domini 1272^ per a référendum Jacobum^ episcopum Trieriensem, ainsi que porte l'inscription (1).

a Depuis la consécration de l'église, ajoute le P. « Duby, les religieux firent leur réfectoire dans la

(1) L'inscription rapportée par le P. Fodéré n'existe plus. L'adverbe ^H<^ritnttim contient évidemment une faute commise par le graveur, ou par le copiste (le P. Fodéré) . Les noms des évéchés qni se rapprochent le plus du mot fautif sont : Tricoisemem (Troyes), TricoAirentem (Saint-Paul-trois-GhAteaux) et TrefaWentem (Trêves) . Nous croyons que ce dernier mot doit être la bonne version. Toutefois , nous devons ajouter que le GaVLia Chrittiama ne mentionne dans ces trois diocèses aucun évoque du nom de Jacques vivant en 1272; mais une omission a pu être faite sur une époque aussi reculée.

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a Balle qui leur avait servi de chapelle; et à présent « elle sert encore de chapelle aux Pénitents du C!ona talon. »

Cette chapelle^ dont nous parlerons plus tard^ était un petit édifice religieux, construit, lors de la fondation du couvent, à cent mètres environ et à l'ouest de la nouvelle église.

Le chœur seul de Téglise neuve était voûté; il était fait, dit le P. Duby, en forme de coquille, percé de grandes baies sous lesquelles était plaqué le maitreautel.

A l'entrée du chœur étaient sculptées en relief les armes de Jean II, duc de Bourbon, comte de Forez, entourées du grand collier de l'ordre de Saint-Michel, don de Louis XI son beau-fi^ère, et surmontée^ d'une couronne ducale (1).

Un autre écusson peint en recuite dans le grand vitrail du chœur, en 1530, représentait les armes de la reine-mère, Louise de Savoie, qui fut maintenue en possession et jouissance du comté de Forez, après sa saisie sur le connétable de Bourbon. Louise de Savoie fit passer plus tard le comté de Forez à la couronne de France. Ces armes étaient mi-parti d 'Orléans- Angoulème (trois fleurs de lys avec un lambcl à trois branches) et mi-parti de Bourbon (trois fleurs de lys avec un bâton en bande), écartelé au 2' et 3* de la croix de Savoie (2) .

(1) Histoire det couoentt de SainUFrançois , par le P. Podôré, p. 483.

(2) Hittoire clés dttet de Bourbon, par La Mare et Cbaatelauze, t. 2, p. 283.

Ces riches armoiries étaient moins un ornement dans réglise des Cordeliers qu'une prise de possession du couvent au nom de la couronne de France^ un sceau de vassalité imprimé au front du monument.

La voûte du chœur supportait le clocher couvert en chef-d'œuvre de ma^nnerie d'une aiguille française (selon l'expression du P. Fodéré, p. 479). C'était sans doute une flèche à jour, ornée de rinceaux, de choux et de clochetons. Quant au surplus de l'église, il était lambrissé d'arcades en bois. Cotte charpente intérieure avait été faite vers 1285, aux frais du seigneur de Coucy, marié à la fille d'un comte de Forez. En reconnaissance, on fit poindre « ses armes « de deux pieds en deux pieds, sur tous les liteaux a qui traversent ledit lambris, qui sont trois bandes a d'argent en champ de gueules, et sur chaque bande a trois clochettes d'azur renversées (1).

De plus, une litre régnait en forme de frise autour de l'église des Cordeliers, et portait sur chacun de ses caissons le blason de Morcœur (do gueules à trois faces de vair), en souvenir d'Isabeau de Forez, dame de Mercœur, qui avait contribué à la restauration de l'église, et qui fut enterrée dans le tombeau des comtesses, comme nous le dirons plus loin. (2).

Ces arcades en bois, ces écussong peints de deux en deux pieds sur les liteaux qui les traversent, cette frise armoriée, tout cela ressemble à la voûte ogivale

(1) Hittoire des duci de Bourbon, par La Mure et Ghantelauze, t. 2, p. 73 1 . {'2) Id, id. id. id. t. !•% p. 373.

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de la salle de la Diana avec ses nombreuses armoiries^ et lui a peut-être servi de modèle; car la Diana, si heureusement restaurée de nos jours, grâce à l'intervention de M. le duc de Persigny auprès du gouvernement, fut construite au commencement du XIV* siècle; elle est par conséquent postérieure à celle des Cordeliers.

Le cloître du couvent, qui était situé au nord de l'église, fut construit en 1282, d'après Fodéré (p. 483), aux frais « d'une riche bourgeoise de Montbrison, « Marguerite Chapuis, dont le fils Pierre était relief gieux au couvent, à la sollicitation duquel elle (t s'était mise du tiers-ordre de Saint-FYançois et en « portait l'habit, dont elle se faisait appeler sœur « Marguerite. Ce cloître était établi à la manière de « Saint-Bonaventure de Lyon; car il avait de beaux a oratoires^ pour ouïr les confessions, contre la mu- « raille de l'église tout au long dudit cloître. »

On retrouve de nos jours l'emplacement de ces oratoires dans les sept petits arceaux qui se voient encore dans le mur nord de l'église des Cordeliers. Au milieu de chacun de ces arceaux on avait sans doute pratiqué une petite ouverture qui permettait au pénitent placé dans l'église de communiquer avec les moines qui étaient dans le cloître. Ces arcades furent plus tard murées par une maçonnerie moins épaisse que les murs de l'église.

Nous avons retrouvé le testament de Marguerite Chapuis. Il est du 3 mai 1300; elle y prend les noms et qualité de Margarita Chapusaj de tertio ordine

beati Francisi de Montehrisonis. Après avoir élu sa sépulture au cimetière des Cordeliers, dans le tombeau de son fils Pierre, elle institue les moines ses héritiers et leur donne une maison qu'elle possède auprès de la porte de leur couvent, à la seule condition de dire quelques messes et faire quelques processions à son tombeau le jour anniversaire de son décès.

Le tiers-ordre de Saint-François était dans son origine, qui remonte à 1210 environ, une association libre de pénitents de toutes qualités et conditions, hommes ou femmes, filles, mariées ou veuves, se soumettant à certaines règles et portant certain costume. Plus tard, vers 1595, il devint un ordre religieux.

Je suis cependant assez porté à croire que Marguerite Chapuîs, du tiers-ordre de Saint-François de Montbrisonj appartenait à cette maison religieuse dss Pénitentes de Montbrisonj fondée vers 1224, par Guy IV, comte de Forez, et qui subsista seulement jusqu'en 1362 (1).

Le couvent des Cordeliers sert aujourd'hui de mairie; une partie du cloître existe encore, mais, comme on le pense bien, ce n'est plus le cloître construit en 1282 aux frais de Marguerite Chapuis. Il fut détruit par deux incendies qui ruinèrent le couvent en 1643 et en 1731, et dont nous parlerons bientôt. Je crois même que le cloître actuel fut construit après ce dernier incendie.

(I) Voir notre article sur les Pénitentes de Saint-Augustin et le prieuré de Saint-Eloy, p, 79,

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Quant à Téglise^ elle a bien le cachet du XIIP siècle; sa porte en ogive aiguë était ornée dans ses voussures peu saillantes de guirlandes de fleurs, de raisins et d'oiseaux dont on aperçoit encore quelques traces. Elle était surmontée d'une grande rosace aux gracieuses arabesques, au milieu desquelles resplendissait un vitrail aux armes de Pierre II duc de Bourbon. Le chœur, fait en coquille, selon l'expression du P. Duby, était moins large que la nef; il était flanqué à gauche d'une infirmerie, d'où les moines malades pouvaient assister aux offices par une grille qui s'ouvrait sur le chœur. Cette infirmerie, qui servait de réfectoire aux moines en 1619, avait été construite en 1441, et dotée d'une rente annuelle d'un septier de froment (16 boisseaux) par Antoine de Sugny et Isabelle de Montaigu sa femme (1).

A droite du chœur, les mêmes seigneurs firent aussi construire une chapelle dédiée à saint Claude, et, derrière l'autel de cette chapelle^ « un beau séoc pulcre de Notre-Seigneur, avec les personnages de « grande et grosse stature en relief de pierres de « taille, dans lequel sépulcre on entre par deux a portes collatérales à l'autel de la chapelle Sainta Claude (2). »

M. d'Assier, dans une note insérée au Journal de

(i) Le P. Fodéré la nomme par erreur Isabelle de Montigny. Cette rente était assise sur la terre de Sugny (paroisse de Nervieux). Cette terre appar* tient pi^ourd'hui, pour une partie, à M. Meaudre qui en a pris le nom»

(-2) Le P. Fodéré, p. 484.

Montbrison, le 3 mai 1863, fait mention d'une tête de Christ brisée^ provenant du couvent des Cîordeliers, et religieusement enchâssée dans le mur intérieur d'une maison construite sur le cimetière de ce couvent (1). Il fait remarquer l'expression et la bonne exécution de cette tête , mais il ne sait à quel monument la rattacher. Pour nous, nous n'hésiterons pas à y voir un précieux débris du saint sépulcre fondé par Antoine de Sugny, et un témoin du vandalisme révolutionnaire de 1793.

Antoine de Sugny et Isabelle de Montaigu furent enterrés dans cette chapelle. Une inscription gravée sur pierre, en caractères du XV* siècle, enchâssée autrefois dans le mur de la chapelle de Saint-Claude, a conservé le souvenir de cette fondation. Quand Téglise des Cordeliers fut convertie, au commencement de ce siècle, en une halle aux grains, cette inscription fut recouverte d'une couche de mortier. C'est à M. Henry Gonnard, de Montbrison, aujourd'hui directeur du musée de Saint-Etienne, que l'on doit la découverte et la conservation de ce titre au musée de Montbrison.

Cette pierre a la forme d'un carré long, de 70 centimètres sur 45; une moulure saillante ornée de feuilles de chênes encadre l'inscription. A l'angle supérieur de droite est l'écusson sculpté et peint des deux fondateurs : au 1*', d'azur à la croix angrelée

(1) N' 24 du boulevard de la mairie.

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d'or, qui est de Sugny; au 2°", de gueules au lion couronné d'ôr, qui est de Montaigu.

M. Gonnard, qui a bien voulu faire pour nous une réduction mathématique de cette inscription, croit, et nous sommes de son avis, qu'un écusson semblable ornait l'angle supérieur de gauche. La brisure de cet angle a détruit quelques mots des quatre premières ligues. M. Gonnard les restitue dans son dessin, en pointillant, toutefois, l'écusson et les lettres qui manquent. Nous imprimerons en italique les mots qui ont disparu par la fracture, et les lettres omises par abréviation.

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Sugny et ysabeau de motitagu sur CHAmpETS

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