Tome
On voit par la description que nous venons d'en faire que Tcglise des Cordeliers avec son joli portail et sa flèche en aiguille offrait à Textérieur un monument gracieux. Quant à Tintérieur, il était encore plus remarquable. Sa voûte ogivale aux armes des Coucy, sa frise aux armes des Mercœur, ses murs où s'écartelaient les écussons de nos comtes et de nos comtesses, ses vitraux où resplendissaient à la rosace de la tribune les armoiries des ducs de Bourbon et aux baies du chœur celles de France et de Savoie, les tombeaux de nos comtesses à droite et à gauche de ce chœur, celui de Lavieu au centre et à la place réservée au fondateur, ceux des d'Entragues, des Couzan, des d'Apchon, qui ornaient les chapelles, le beau Saint-Sépulcre d'Antoine de Sugny avec ses personnages de grande stature, creusé derrière la chapelle de Saint-Claude, tout contribuait à faire de l'église des Cordeliers la plus remarquable de Montbrison après celle du chapitre de Notre-Dame. Aussi, elle était pour tous un lieu de prédilection où l'on aimait à venir prier vivant et à reposer après la mort.
Le vaisseau de l'église des Cordeliers existe encore; il est divisé dans sa hauteur par un plancher; la partie basse est convertie en grenette; le théâtre de la ville est installé dans la partie supérieure. La coquille du chœur est détruite, la foudre a renversé la flèche qui la surmontait et une salle de café occupe la place du sanctuaire.
Le cloître était une cour carrée entourée de trois côtés par des arcades cintrées couvertes et adossées
LES GORDELIERS. 115
aux bâtiments. Le quatrième côté ouvrait à l'ouest sur le cimetière du couvent.
Sous ces arcades on voyait encore en 1693, dit le P. Bazin, dix à douze tombeaux élevés dans les murs du cloître aux principales maisons du pays (1). Nous pensons que c'étaient simplement des inscriptions funèbres ou commémoratives comme celles d'Antoine de Sugny. Le même auteur, dans le même ouvrage, nous apprend que, de son temps, on voyait aussi « dans le cloître de Saint-Bonaventure à (c Lyon les vestiges de plusieurs tombeaux des pre- « miers fondateurs dans le mur contre l'église. »
Nous aurons plus d'une fois lieu de remarquer la ressemblance au physique et au moral qui existait entre les deux couvents des Cordeliers de Lyon et de Montbrison.
C'est dans ce cloître que l'on a construit dernièrement une nouvelle halle aux blés. Cette cour intérieure renfermait dans sa partie ouest l'ancienne chapelle qui servait aux Cordeliers avant la construction, en 1272, de leur nouvelle église; cette chapelle, convertie en réfectoire, fut cédée aux Pénitents du Confalon en 1591, comme nous le verrons bientôt. On avait agi de même à Saint-Bonaventure de Lyon dont le réfectoire devint, en 1578, l'église des Pénitents blancs du Confalon.
Dans cette même cour, il y avait aussi une chapelle
(i) Ducriftion des toUnnitéi qui eurent lieu à MontbrUon à la eanoniMtUm de saint Jean de Capittran, par le P. Bazin (1693), 2** partie, p. 100.
116 LES GouvE^*tâ de moxtbrison.
dédiée à sainte Anne « à laquelle les habitants onttine (c grande dévotion; maïs je h'aï pu savoir, dit lé « P. Fodéré (p. 484), qui Ta fait bâtir. Elle est voûtée « en berceau, ou voûte de cave, et toute revêtue . (( d'images de vieilles peintures; elle n'a pas été déh « diée pour la sépulture d'aucun; car le dessous e&t « planché de bois. » Cette chapelle existait encore eh 1731, on l'avait môme agrandie d'une seconde sous le vocable de Saint-Bonaventurc.
Nous avons vu jusqu'à présent que l'église des Cordeliers n'avait qu'une seule porte ouverte an couchant selon l'usage liturgique. Le comte de Forez Jean n de Bourbon changea cette distribution. En 1464, il fit ouvrir, pendant son séjour à Montbrîson, dans une des chapelles qui sont à droite de la nef de l'église, une grande porte, par laquelle on entrait du temps du V. Fodéré; et devant l'ancienne porte il fit construire une belle et dévote chapelle dédiée à Notre- Dame, sous le vocable de Porta cœlL Son autel était adossé contre l'ancien portail , et à droite et à gauche de cet autel on avait pratiqué deux petites ouvertures pour entrer dans la nef. Cette chapelle avait deux autres portes, l'une au midi ouvrant sur le cimetière qui entourait l'église, l'autre au nord conduisant au cloitre. Quelle qu'ait été l'élégance de cette belle et dévote chapelle j il me semble que ce n'était autre chose qu'un porche couvert et fermé, donnant accès au cloître et à l'église. Quoi qu'il en soit, de grandes indulgences, accordées par le pape, en 1475, et un miriacle opéré dans cette chapelle sur un possédé, 'fë 5 mai 1531, la mirent en grande réputation.
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Suiyaat M. Steyert C Armoriai du Lyonnais j Forez et Beaujolais^ p. 92), les armes des Verd, seigneurs de Valprivas, du Perrier, Chenereilles et ChazelleS'Sur-Lavieu, étaient sculptées dans la chapelle Porta cœlij ce qui ferait croire qu'un membre
de cette famille avait contribué à 9a fondation. Toutefois, il est assez difficile d'expliquer la présence, dans une chapelle bâtie en 1464, des armes de cette grande famille forézienne éteinte en 1448, suivant M. Steyer lui-même.
Cette chapelle n'existait plus en 1731, la portç latérale ouverte par Jean do Bourbon était murée et la grande porte avec ses gracieux ornements gothiques était redevenue l'entrée principale de l'église (1).
Les autres bâtiments du couvent consistaient en un principal corps perpendiculaire au^chœur de l'église; sa façade tournée au matin était flanquée à ses extrémités d'un avant-co.rps (il sert aujourd'hui d'hôtel de ville). Ce bâtiment renfermait au rez-de-çl^aussée le réfectoire, la cuisine, les offices, la grande salle capitulaire, un dépôt pour l'artillerie de la ville; au premier étage, une infirmerip, la bibliothèque et Ip dortoir que le P. Bazin appelle un des plus beaux de l'ordre en France. Le second corps de bâtiment perpendiculaire au précédent était parallèle à l'église dont il était séparé par le cloître, il renfermait les écuries, celliers, bûchers, avec chambres et greniers
(1) De La Mure (Bistoire des ducs de Bourbon, t. 1«% p. 372) fait aussi nieoUon de celte porte ouverte au midi eu 1464 , et il eu parle coinitie existant encore de son temps en 1 66 1 .
au-dessus. Ce bâtiment^ agrandi et réparé^ renferme aujourd'hui les pompes à incendie, la justice de paix et l'école normale de la ville. Il était séparé par ime cour du bâtiment qui servait alors d'hospice de charité.
Le cimetière du couvent s'étendait au soir et au midi de l'église. Avant l'année 1270, époque où fut commencée la reconstruction du couvent et de l'église, sur une plus grande échelle, le cimetière était sans doute très-petit, peut-être n'y en avait-il point d'autres que l'intérieur du cloitre et de l'église. Quoi qu'il en soit, l'ordre de Saint-François-d' Assise avait fait de grands progrès; ces hardis novateurs, qui prêchaient aux moines la pauvreté et leur défendaient la possession d'aucuns biens, alors que les autres ordres religieux devenaient les puissants de la terre, ces novateurs, disons-nous, exerçaient sur la société une telle influence que chacun tenait à honneur d'avoir part à leurs prières, de leur faire une aumône plutôt qu'une donation, et de choisir son dernier asile à l'ombre de leur couvent. C'est sans doute ce qui les décida à donner à leur cimetière plus d'étendue. II fut limité et béni le 26 février 1275 par X..., délégué de l'archevêque de Lyon, en présence de Hugues (Bossonelle), doyen du chapitre de Montbrison, de P. de Vilareis (1), chanoine, de P. Ypolite, juge du château
(I) En la même année 1275, Guy VI, comte de Forez, donne par son testament à Guillaume de Vilareis, son clerc, dix livres viennoises de rente viagère, plus une autre rente de quinze livres viennoises, mais seulement usqu'au jour où il sera pourvu d'un canonicat à Notre-Dame.
LBS GORDBLIERS. 119
de Montbrîson, de Hugues du Poyet, et d'Etienne, vicaire de Saint-André. Il est dit dans l'acte de consécration que ce cimetière est situé entre la confrérie de SainlrAndré-d'une part, le jardin qui appartenait autrefois à Hugues de Sal, d'autre part, et l'eau qui coule vers le vieux marché par le milieu de la ville, le bourg des Salves (1) et le surplus de la terre des Cordeliers. Ainsi les terrains appartenant à cette époque aux Frères Mineurs, comme on les appelait alors, étaient limités au midi par la rivière de Vizézy, sur le bord de laquelle était le bourg des Salves, vers l'ancien pont Rouge; au nord par le bief qui arrosait le vieux marché de la ville; au matin par la frarie de Saint-André, établie sur le pré du comte, aujourd'hui rue Pracomtal, et au soir par le bief qui de nos jours alimente encore le moulin placé dans la partie supérieure de la Tupinerie.
Montbrison à cette époque, déjà trop resserré dans l'enceinte du château qui couvrait sa butte, commençait à s'étendre du côté de la chapelle de Saint- André (plus tard la boucherie (2)); mais la Grand'Rue, celle appelée rue Neuve et la rue Pracomtal n'existaient pas alors, au moins dans la partie basse, c'est ce qui semble résulter d'une contestation qui s'éleva au milieu du XIV* siècle entre le vicaire de Saint-André et les Cordeliers au sujet de la propriété d'un champ
(1) Aug. Bernard dans son Histoire du Forez, t. 1, p. 259, donne à ce faubourg le nom d'Alves.
(2) Cette église, qui devint plus tard une paroisse, n'était alors qu'une chapelle dont le vicaire relevait du prieur de Savîgnieu.
lâO LBS GOUVBNSS BA MONTBRISON.
situé devEHt une maison où se tenait la froFie à% la Toussaint de Saint- André. Jean Frénérii^ bailli de Porez^ fut chargé par le comte de régler ce différend^ et, en 1^74, il rendit une sentence qui reconnut les daroitsT des Cordeliers^ à ta charge tautefois de payer dix franca d'or au vicaire de Saint-André.
Cette transaction- permit aux moines d'ouvrir^ en 1400^ une rue tendant de Téglise de Saint- André à leur couvent (aujourd'hui rue de laCommance)^ et le 26 juillet 1 408 le comte de Forez^ Louis II de Bourbon^ les déchargea des cens et redevances qu'ils lui devaient sur diverses terres et masures par eux acquises pour l'établissement de cette rue. Cette rue^ en établissant une communijcation facile entre le quartier Saint- André et le couvent, ne pouvait manquer d'amener des rapports plus fréquents entre les habitants et les moines.
Le XIV* siècle fut marqué dans notre province par les invasions et les ravages des Anglais (1), Montbrison fut même brûlé et détruit par eux (2). Aussi noua avons été grandement surpris de ne retrouver dans les titres des Cordeliers aucuns renseignements sur cette époque maJheureuse, aucune allusion aux pertes qu'ils eurent à souffrir. Elles durent toutefois èti-e importantes, à voir l'empressement que mirent les
(i) Histoire de Feurs, par Aug. Broutin, p. 134.
(.:) Histoire du Forez, par Aug. Bernard, 2' vol., p. 7&.
moin^ à contribuer à 1^ constFuctioja des Fempajpts de la ville qui devaient protégé leur couvent.
Les historiens qui ont écrit sur le Forez ont répété que la ville de ^lohtbrisoi^ n^avait été jusqu'alors protégée par aucune clôture. C'est aussi ce qui semble résulter des termes inêmes de la charte de Marie de Berry de 1428, dont nous allons parler, qui nous apprennent que Montbrison avait été brûlée et détruite par les Anglais par défaut de clôture. Cependant un acte du 4 décembre 132& mentionne l'existence d'un pressoir au portctil de Mo7itbrisonj près de la maison du poix (public?) (1). Un autre acte de 1360 nous apprend qu'Albert de Kocliebaron, prieur de Savignieu , loua à Jean Tixior une masure située vers la porte de Savignieu de Montbrison. La charte même de Marie de Berry mentionne aussi l'e^^istenco de quatre portes auxquelles devaient venir se souder les remparts à construire. Il me semble que la mention de ces portes prouve l'existence d'une fortification antérieure à celle de Marie de Berry. Je ne pense pas que l'on ait voulu dans les actes de 1326 et 1360 parler des portes du château de Montbrison; je crois plutôt que l'on avait en vue l'enceinte de la ville, moins étendue sans doute que celle tracée par Marie de Berry, mais qui, cependant, couvrait les pentes de la rue de la Madeleine et de la Grand'Rue jusqu'à l'église de Saint-André. La porte de Savignieu était
(1) Inventaire des iUres (iu comté de Forez, publié par Aug. Chaverondier,
certainement au nord de la ville, tournée vers le chemin qui menait au prieuré, et devait être la même que la porte de la Madeleine dont parle la charte de Marie de Berry; quant à l'autre porte, placée auprès du pressoir et du poids public, nous ne pouvons en préciser la place , mais ce devait être auprès du vieux marché, au-dessous de l'église Saint-Pierre.
Dans tous les cas, Texistcnce de ces portes suppose une enceinte. Il est difficile en effet d'admettre que Montbrison, qui était déjà capitale en fait sinon en droit du comté de Forez, n'ait pas été clos de murailles avant 1428, alors que des villes moins importantes l'étaient depuis longues années, comme Boën dont les murailles furent bâties en 1320 (1), Saint-Bonnet-le- Château en 1365 (2), Feurs avant 1369 (3).
Quoi qu'il en soit, Marie de Berry, en l'absence de son mari Jean I", alors prisonnier des Anglais, par une ordonnance datée de Sury-le-Bois, le 23 septembre 1428, autorisa les habitants de Montbrison à clore de murailles la nouvelle ville qui commençait à oublier les ravages des Anglais; elle leur accorda môme, pour les aider dans ce grand travail, l'exemption de tous impôts pendant dix années et l'autorisation d'établir un droit d'octroi sur certaines marchandises vendues dans la ville et dont le produit devait être spécialemnt affecté aux frais de construction de ces murailles.
(1) Histoire du Forez, par Âug. Bernard, t. 4, p. 292.
(2) Id. id, id. p. 336.
(3) Histoire de Feurs, par Aug. Broutini p. 120.
LES GORDELIERS. 123
Cette charte de la clôture de Montbrison, si intéressante pour notre histoire locale, a été publiée d'après les manuscrits du chanoine La Mure, par Aug. Bernard CHistoire du Forez^ t. 2, p. 27) et par M. Chantelauze, le savant éditeur des ducs de Bourbon (t. 3, preuves, p. 191). L'un et Tautre, en copiant La Mure, ont publié une charte incomplète. Notre chanoine cependant croyait bien donner une copie entière de cette charte; il le dit lui-même page 143 de son Histoire des ducs de Bourbon,
M. de La Roa, chef de bureau au ministère de Tintérieur, ancien membre du Conseil général de la Loire, à qui nous devons personnellement plusieurs notes sur les Oratoriens de Notre-Dame-de-Grâces (1), nous a envoyé une copie, qui paraît complète, de la charte de Marie de Berry et de trois autres chartes confirmatives, données par son mari, prisonnier des Anglais, et par ses deux fils les comtes de Clermont et de Montpensier. Cette copie, de la fin du siècle dernier, a été faite sur un vidimus du 20 février 1677, signé Barrieu, notaire à Montbrison, existant aux archives du chapitre de cette ville.
Vu l'importance de la charte de Marie de Berry, et malgré sa longueur, nous croyons utile de la reproduire dans son entier, en ayant soin d'écrire entre des guillemets les fragments omis par La Mure et après lui par MM. Bernard et Chantelauze.
(I) Notice historique sur Notre- Dame-de-Gr aces, par Aug. Broutin , p. Gl.
tM LES COUYBNTS PJB MON^BRISON.
charte: de CLOTURE DE IK VILLE DE MONTBRISON
PAR MARIE DE BERRY (2a septembre 1428)
A taus ceux qui ces présentes lettres verront, etc.
Marie de Berry, duchesse de Bourbonnais et d' Au,vergne, comtesse de Forez, etc., ayant pouvoir de Monseigneur, à tous ceux qui ces présentes lettres
verront, salut I
De la partie des bourgeois, manants et habitants
de la ville de AJontbrison en }a comté de Forez et des doyen et chapitre de Téglise collégiale de Notre-Dame du dit lieu^ nous a été très-humblement exposé que, pour ce que la dite ville, qui est grande et spacieuse, fut, Ja pièça, par les Anglais arse, brûlée et mise à destruction par défaut de clôture, feu, de très-noble mémoire, notre très redouté seigneur et père. Monseigneur le duc Louis, voyant que la dite ville s'était de noiivel remise sure et grandement réédifiée, d*outant les divisions de ce royaume et les très grg^nds inconvénients qui se sont ensuivis pour occs^ion d'icelles, proposa à grande et mure délibération de plusieurs gens des trois états du dit pays de faire clore la dite ville qui était encore en champostre , Va fait traiter en sa présence, et à ce faire appelé la plus grande et saine partie des dits bourgeois et habitants; mais , obstant le cas de la mort qui surprit notre dit feu beau-père, la chose dessus dite demeura en tel état; et est devenu que les dits exposants, ayant bonne
LES CORDELffiRS. 125
méittoire de notre dit feu beau-père, voulant adhérer àîcelui, et pour la sûreté de leurs personnes et biens à toujours mais, eux assemblés plusieurs fois sur ce, en la présence du conseil de mon dit seigneur en la dite ville de Montbrison, ont conclu et accordé, à grande et mure délibération, de clore la dite ville et le dit chapitre, si c'est la plaisance de mon dit seigneur et de Nous, leur octroyer les requêtes qui s'ensuivent :
Et premièrement, que les dits exposants soient tehus quittes, francs et exempts de toutes aydes, impôts, tailles, subsides qui pourraient avoir cours, pendant le temps de la dite fortification, en ce royaume, de part de mon dît seigneur et Nous, ou de part nos enfants, et aussi de part Monsieur le Roi, en quelle manière que ce soit;
Item, qu'ils puissent prendre et faire tracer les fondements de la muraille, des fossés de la dite ville parmi les terres, maisons, jardins, prés, vignes, verchères et vieilles masures qui sont assises sur les lieux où conviendra prendre le circuit et enceinte de la muraille de la dite ville, pour juste et raisonnable prix, et sur toutes gens d'églises, nobles et autres du dit lieu , sans contredit ;
Iteni, que l'estimation des dites terres et possessions soit faite par les commissaires qui seront sur ce ordonnés, quatre prud'hommes adjoints avec eux, appelés à ce les gens du conseil de mon dit seigneur étant à Montbrison et les consuls d'iccUe ville;
Iterrij que les dits exposants ayent respect de i^endre et payer le prix de l'estimation des dites possessions,
deux ans après la perfection de la dite fortification , à ceux aux quels les dites possessions appartiennent ;
Item, que les rentes et servis appartenant à mon dit seigneur et à Nous, si aucun y a, et à tous autres sujets de mon dit seigneur, assises sur les dites terres et possessions qui seront tracées pour les dites murailles et fossés, soient amorties à toujours mais;
Item, que les fossés qui seront faits tout autour de la dite ville, du côté du châtel, jusqu'à la rivière de Vizézy, jusqu'à la porte du faubourg de Saint-Jean d'une part, et du côté de la porte de la Madeleine jusqu'à la porte du Colombier, en comprenant le couvent des Cordcliers, soient et appartiennent de plein droit, avec l'usufruit, proffit et revenu des pêcheries d'iceux, à la communauté de la dite ville; pour aider à maintenir à toujours la fortification des susdits.
Et, pareillement, que les fossés qui seront faits du coté de la dite église et cloitre Notre-Dame, attendu qne les dits fossés seront faits, pour la plus grande partie, sur le territoire du dit chapitre, compétent et appartiennent, doivent compéter et appartenir aux dits doyen et chapitre et à leurs successeurs à toujours, depuis le pont neuf joignant à la dite rivière de Vizézy d'une part, jusqu'à l'opposite de la dite porte Saint-Jean, aboutissant sur la dite rivière d'autre part, en comprenant le dit cloitre et la maison-Dieu, pour convertir et employer les proff its et émoluments d'iceux fossés à la fortification et réparation de la muraille du dit cloitre;
Item, que les dits exposants, c'est à sçavoir les
bourgeois et habitants de la dite ville, puissent faire double fossé pour la fortification de la partie du chatel qui demeurera hors de la pourpointe et circuit de la dite ville, c'est à sçavoir depuis Téchiffe de Juchériot jusqu'au carrefourt de l'hôtel de feu Denis Sourt appelé Paradis, et que la pêcherie des dits doubles fossés soit et appartienne à la dite ville pour convertir et employer les revenus d'icelle pêcherie ez réparations de la fortification du dit châtel.
Item, que les exposants, c'est à sçavoir les bourgeois et habitants, et les doyen et chapitre, chacun en droit soi, puissent prendre un ruisseau do la rivière dessus dite, au dessus de la dite ville en montant vers le pont de la Guillanche, et dessus si nécessaire eet, et le faire passer là où bon leur semblera, pour remplir et abreuver les dits fossés, et pour aider à la façon d'iceux, toutes et quantes fois que besoin sera, sans contredit;
Item, que les dits exposants, d'un côté et d'autre, aient pouvoir, chacun en droit soi, de prendre pierres, chaud et arenne, pour juste et raisonnable prix, en et dedans les carrières, fournaises et places voisines plus propres et convenables de la dite ville;
Item, que toutes manières de gens, de quelqu'état qu'ils soient, gens d'églises, nobles et autres, cessants tous privilèges, toutes prérogatives et exemptions, soient tenus de contribuer à la fortification dessus dite selon faculté et valeur des biens, terres et possessions, cens, revenus et héritages qu'ils ont^ tiennent et possèdent en et dedans la ville, mande-
198 LES GOUVï:KTS DE MONtBRISON.
ment, franchiseis et territoire d'îcelle; excepté les dite doyen et chapitre et ^lïppôts de la dite église Notre- Dame; les quels sefnont tenus quittes, francs et exempts 'de la réparation et fortification d'icelle ville à toujotrrs, 4;ant pour raison des biens, possessions, rentes, cens et anniversaires qu'ils tiennent et tiendront ores et poiïr le temps à venir, tant à cause de la dite église qu'autrement, de loyale échute et conquêt dedans la dite ville et franchise d'icelle, pour ce qu'ils sont et seront tenus d'eux fortifier à leurs propres coûts et dépends et de maintenir leur dite fortification en était d toujours; et qu'au regard de la fortification du chatel , à quoi les consuls de la dite ville disaient que le chapitre était tenu, le débat, du consentement des dites parties, demeurera en l'état qu'il est, sans faire sur ce, à présent, aucune déclaration, et sans préjudice du droit des parties d'un coté et d'autre pour le temps à venir;
Item^ que les marchés de plusieurs denrées qui se tenaient et soûlaient tenir hors du circuit et pour^ pointe de la dite muraille soient établis et ordonnés de nouvel ez lieux et places plus convenables dedans la dite muraille, eue considération aux dites denrées, par l'ordonnance des commissaires et par l'avis des gens du conseil de mon dit seigneur et des consuls et autres quatre prud'hommes dessus dits;
Itenij que leur voulussions octroyer un oei*tain tinaige, ayde et impôt sur le vin et sur le pain efr autres •denrées qui se vendront pendant le temps sus dit en "la dite ville, dedans 'la franchise d4célle, -pourcon^
LES GORDELffiRS. 129
vertir et employer les deniers qui y seront du dit tinaige à la dite fortification;
Item^ que les dits consuls, appelés avec eux le conseil de mon dit seigneur au dit lieu , les commissaires sur ce ordonnés, avec douze des plus notables bourgeois de la dite ville, puissent imposer sur eux une ou plusieurs tailles , pendant le temps de la dite fortification, et employer les deniers d'icelles tailles en la fortification de la dite muraille;
Item^ que les Frères Cordeliers dudit lieu soient tenus d'eux clore dedans le circuit de la dite ville, à leurs propres coûts, sans que les dits bourgeois et habitants soient tenus de contribuer à la dite clôture en aucune manière;
Item, ont requis et supplié que à chacun des dits habitants, en droit soi, soit baillée sa partie et portion de la dite muraille et des dits fossés, selon la valeur et faculté des biens, possessions et héritages qu'ils ont, tiennent et possèdent dedans la dite fortification de la dite ville, le mandement et franchise d'icelle, à Tostimation des dits commissaires et prud'hommes. Et que si mon dit seigneur et Nous voulons octroyer aux dits habitants les dites requêtes et les faire confirmer par Monsieur le Roi, et consentir par nos enfants les comtes de Clermont et Montpensier (1), « ils comprendront et feront comprendre l'enceinte
(I) Nous imprimons entre guilloments la partie de cette cliarte omise dans VBUtoire de» duc$ de Bourbon, t. 3. Preuves p. 193, ligne 14, et dans celle du Forez.