‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 3)Chapitre 24 sur 37 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le séminaire des Gordeliers. — Fondation des Pénitents du Confalon, 1591. — Confrérie des tailleurs. -^ Confrérie des chirurgiens. — Confrérie du Saint-Sépulcre. — Confrérie des vignerons, avant 1333. — Confrérie de Toussaint, 1619.— Les quêtes des moines. — Revenus et charges du couvent.

Le couvent des Gordeliers était en même temps une espèce de séminaire où les jeunes profès étaient élevés et instrilîts de tous leurs devoirs jusqu'au jour où, revêtus du titre de Père, ils étaient envoyés dans les divers couvents de la province de Saint-Bonaventure. Cette pépinière de jeunes Frères donnait de Timportance au couvent, ce qui nous porte à croire qu'il avait d'assez bons revenus pour fournir aux dépenses d'uil nombreux personnel. C'est sans doute à cause de ces élèves que nos Cordeliers avaient construit le beau dortoir dont parle le P. Bazin, et qu'il désigne comme un des plus beaux de l'ordre en France.

Depuis leur soumission, en 1512, à l'étroite observance, les revenus des Cordeliers diminuèrent beaucoup; et, en 1680, ayant peine à subsister eux-mêmes, ils furent contraints de supprimer le séminaire des jeunes profès.

L'église des Cordeliers était le rendez-vous où les

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diverses confréries de Montbrison, organisées par plusieurs corps d'état, venaient célébrer leurs cérémonies religieuses.

Le 13 juin 1591, devant Duguet, notaire, les Pénitents du Confalon, qui venaient de s'organiser à Montbrison, firent avec les Cordeliers le traité suivant : Frère Jean Boucheti, docteur en théologie, gardien, et M" Gilbert Papon, procureur du roi au bailliage et syndic du couvent, cédèrent aux Pénitents, représentés par M*''' Pierre d'Urfé, marquis de Bagé, chevalier de Tordre du roi, capitaine de cinquante hommes d^armes et lieutenant-général du Forez en l'absence de Monseigneur le duc de Nemours, recteur de la confrérie, et par M''' Etienne Girard, chanoine de Montbrison, vice-recteur, la jouissance à perpétuité d'une grande partie des vieux bâtiments de leur couvent, qui était située au midi et au soir de l'église. Ces bâtiments consistaient en la grande salle qui servait autrefois de réfectoire au couvent. Nous avons vu qu'après la reconstruction de l'église, en 1271, l'ancienne chapelle avait été convertie en réfectoire. Par ce traité les confrères des Pénitents furent autorisés à faire en iceux bâtiments leur chapelle et sacristie. Ainsi ils furent rendus à leur destination première. Comme ces bâtiments étaient compris dans la clôture du couvent, les Cordeliers devaient ou\Tir le grand portail établi sur la rue Tupinerie, quand les Pénitents voulaient se réunir. Ils devaient, de plus, dire la messe dans cette chapelle les dimanches et vendredis de chaque semaine, et les jours de fête,

et les accompagner dans leurs processions et enterrements. En échange de ces services, les Pénitents s'engageaient à leur payer une pension de 50 livres monnaie du roi.

Le 22 septembre 1591, nouveau traité entre les Pénitents du Confalon et lesCordeliers, signé par les mêmes personnes et confirmant celui que nous venons d'analyser. En vertu de ces traités, la confrérie des Pénitents fit construire une chapelle dans les vieux bâtiments cédés. En 1640, devant Pugnet, notaire, ils acquirent des Cordeliers un espace de terrain autour de leur chapelle et le firent clore de murailles. Cet emplacement leur fut vendu « moyennant la rente « annuelle de 10 livres à ajouter à 50 livres qu'ils a doivent déjà. » Cet acte fut signé par PierreAllenat, gardien du couvent, d'une part, et noble André Gaingard, conseiller au bailliage, sous-recteur de la confrérie, Pierre Giraud, maître des cérémonies, noble Claude Giraud, conseiller du roi et receveur des consignations, Bernard de Gabrespine, avocat en parlement, noble Pierre Gonin, sieur de Lurieu, M" François Gaulne, Jean Martin, Benoît Fouyn, procureurs ez cour de Forez, et Claude Chassain notaire. En 1724, devant Poyet, notaire, nouvelle convention pour agrandir l'aisance cédée.

Il faut remarquer ici cet autre point de ressemblance entre nos Cordeliers et ceux de Lyon : ces dernier», comme ceux de Montbrison , avaient dans leur voisinage et attenant à leur monastère la belle chapelle que les Pénitents blancs de Lyon firent construire en

1636 (1). Ils faisaient les services religieux de œtte confrérie, et les Pénitents les appelaient directeurs et pères spirituels (2) .

On voit par là qu'en 1724 les Pénitents de Montbrison célébraient encore leurs cérémonies religieuses dans la vieille chapelle des Frères Mineurs de Saint- François qu'ils avaient restaurée. La jolie petite église qu'ils firent construire dans le quartier Saint-André n'est donc pas antérieure à 1724, quoiqu'en aient dit l'abbé F. Renon dans sa Chronique de Notre-Dame" d'Espéraiice de Montbrison^ p. 219, Aug. Bernard, dans son Histoire du Forez j t. 2, p. 187, et M. L.-P. Gras, dans la Revue Forézienne, 1869, p. 432, qui tous ont pris la date 1591, inscrite au fronton de la nouvelle église des Pénitents, pour celle de la fondation du monument, sans en remarquer le style qui no peut, sous aucun rapport, être attribué au XVP siècle. Toutefois, Aug. Bernard, dans ses notes manuscrites insérées dans l'exemplaire de son Histoire du Forez qu'il a donné par son testament à la ville de Saint-Etienne, n'a pas tardé à reconnaître que cette date de 1591 « est peut-être celle de leur « fondation et non pas celle de la construction de oc cette église. »

Cette date de 1591 est seule cause de cette erreur;

(4) Detcriftion de la ville de Lyov., par ***, imprimé à Lyon chez Aimé de la Hoche, 1741, p. 69.

(2) Fêtes à l'occasion de la canonisation de saint Jean de Capistran, par le P. Bazin (Lyon, 1693).

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mais il est évident qu'elle avait pour but de rappeler la fondation de la confrérie et non celle du monument. Au reste, sa façade, plus gracieuse que belle, porte évidemment le cachet du XVIIP siècle; de plus, elle est attribuée, à tort ou à raison, au célèbre Soufflot qui vivait au milieu de ce siècle.

Il est probable que cette église fut construite par les Pénitents peu après le terrible incendie de 1731, qui détruisit, comme nous le dirons bientôt, Téglise et le couvent des Cordeliers ainsi que la petite chapelle qu'ils avaient cédée à la confrérie des Pénitents.

C'est dans la nouvelle église des Pénitents qu'eut lieu, le 19 juillet 1789, une assemblée générale de tous les ordres de la ville de Montbrison , délibérant sur la situation des affaires de la nation, et votant des remerciments à l'assemblée des états généraux pour sa belle conduite. Cette église, vendue en 1 792 comme bien national, servait d'atelier de charronage, lorsque, vers 1840, elle a été rachetée et rendue au culte par la Société des Pénitents du Confalon.

D'autres confréries de la ville, sans avoir une église particulière, avaient une chapelle ou au moins un autel dans l'église des Cordeliers, où l'on célébrait, avec grande pompe, la messe du patron, où l'on priait pour les confrères défunts; les Cordeliers devaient aussi assister à leurs enterrements.

Ces petits services étaient payés au moyen d'une rente annuelle prise sur la cotisation fournie par chacun des membres de l'association; ainsi la confrérie de Saint-Claude payait 5 livres pour la célébration de Tome 1. 14

sa fête au mois de juin; celle des cordonniers (sous le vocable de Saint-Crépin) servait une rente de 30 livres; les tailleurs, qui avaient saint Jacques pour patron, payaient 16 livres; la confrérie des chirurgiens se réunissait dans la chapelle appelée du Saint- Esprit, « où elle faisait ses offices et dire messe so- « lennelle le jour de Saint-Côme et Saint-Damien, <c son patron. » En 1664, la voûte de cette chapelle, ébranlée par Tincendie de 1643 dont nous parlerons plus tard, menaçait ruine. Les Cîordeliers pensaient que cette réparation était à la charge de la confrérie, les chirurgiens refusèrent, se fondant sur ce que leurs cérémonies religieuses n'étaient pas célébrées dans l'intérieur de leur chapelle, mais à un petit autel « appliqué contre un des piliers de la chapelle. » (A l'autre pilier, qui supportait l'arceau de la même chapelle, était Tautel de Saint-Antoine de Padoue.) Les moines répondirent que cet autel n'était point une chapelle, mais bien « la sépulture de la maison rfe^Rote^ « famille de médecin^ de chirurgien et d'apothicaire. » Nous ne savons comment se termina ce différend.

Nous n'oserions affirmer que là était le tombeau de l'ancienne et puissante maison de la Roue (de Rota), seigneur de la Roue, Montpeloux, La Chaux, Saint- Anthême et Usson, dont un membre, Armand de la Roue, était en 1223 une des cautions du comte Guy dans la charte d'affranchissement qu'il donna à la ville de Montbrison, et un autre membre, Pierre de la Roue, signa, comme caution, la charte de franchise donnée en 1272 par Robert de Saint-Bonnet (le-Châ-

teau) aux habitants de la ville de ce nom. Ces changements dans les positions sociales^ produits par le temps et les événements^ étaient alors assez nombreux, en dépit du droit d'aînesse*, et il n'y aurait rien d'étonnant à voir la grande maison de la Roue finir en médecin et apothicaire; un de Couzan était, dit-on, valet d'écurie à Roanne il y a quelques années.

En 1663, et le 4 octobre, il s'établit aux Cordeliers, avec l'approbation de l'archevêque de Lyon, une nouvelle confrérie sous le nom de Saint-Sépulcre. Elle était composée d'hommes et de femmes, et se réunissait sans doute dans la chapelle Saint-Claude, au fond de laquelle Antoine de Sugny et Isabeau de Montaigu avaient fait poser le beau sépulcre dont nous avons parlé dans le premier chapitre.

La confrérie, toutefois, qui parait avoir été la plus nombreuse et la plus riche est celle des vignerons, appelée de Toussaint ou de Saint- Vincent, du nom de la chapelle où elle se réunissait, ou du Saint qui en était le patron. Cette confrérie existait avant 1333; nous avons retrouvé un acte du 30 janvier de cette année, par lequçl un nommé Laurent Tinet, de Montbrison, lui donne la rente d'un baral de vin, assise sur sa maison rue du Colombier. Toutefois, les statuts n'en furent dressés par écrit que le 4 novembre 1380; ils furent modifiés le 26 novembre 1 429 devant Mathieu Chalancon, clerc-notaire public. Les revenus de cette confrérie consistaient en cens établis sur divers immeubles, en dimes sur certains produits du sol, mais principalement en rentes fixes en vin assignées

sur des vignes; la rente la plus ordinaire était un baral de vin; nous en avons trouvé quelques-unes réduites à un seil de vin, mais par compensation quelques autres arrivaient à une asnée. Presque toutes ces fondations furent faites de 1333 à 1370 sur des vignes situées à Rigaud et à Pierre-à-Chaud. Ces immeubles étaient vendus grevés de ces petites rentes, aussi les confrères de la Toussaint avaient-ils leur terrier comme une véritable seigneurie; un acte de 1537, reçu par Ganieu, notaire, contient le renouvellement trentenaire d'une de ces rentes par le sieur Pierre Morel, « lequel confesse et reconnaît tenir de « la censive directe seigneurie et emphythéose de la « confrérie de Toussaint de Montbrison une vigne « contenant quatre journalées, sise au vignoble du <ic Bouchet, sous la rente d'un baral de vin. »

En 1591, Etienne Reynaud et Jean Chapot étaient élus par les sociétaires « maîtres de la boëte de la a confrérie pour quatre années. » C'étaient sans doute les recteurs ou administrateurs de cette association.

Cette confrérie tenait ses réunions dans une des salles du couvent, et ses cérémonies religieuses dans l'église des Cordoliers en la chapelle de tous les Saints; elle possédait les vases sacrés et tous les ornements nécessaires soit aux services religieux, soit à l'enterrement de ses membres.

Au commencement du X VIP siècle, toutes ces confréries, oubliant le but religieux qui les avait organisées, donnèrent lieu à des scandales tels qu'elles furent supprimées, vers 1612, par deux ordonnances

LES GORDELIEHS. 213

royales données à Orléans et à Moulins. Leurs revenus furent attribués à la municipalité de Montbrison.

Toutefois, une nouvelle confrérie des vignerons essaya de se reformer sous le nom de Saint- Vincent, et, le 4 juin 1618, devant Granjon, notaire, elle faisait un traité avec les Pères Cordeliers pour la célébration annuelle de deux grand'messes en la chapelle de tous les Saints, Tune pour les trépassés de la confrérie, et Fautre le jour de la fête de leur patron, « avec belle sonnerie. » Pour le prix de ces deux services, ils devaient à payer 4 livres 10 sols par an. En 1693 et le 27 juin, devant Chavassieux, notaire, ils s'engagèrent à contribuer pour deux tiers dans une importante réparation à faire dans leur chapelle de tous les Saints dont la voûte menaçait ruine.

Une autre confrérie de tous les ouvriers réunis de Montbrison se reforma aussi, par acte du 22 juillet 1619, reçu Granjon, notaire, sous le nom de Confrérie de Toussaint jÇX les Cordeliers s'obligèrent, moyennant une redevance dont le chiffre nous est resté inconnu, à célébrer tous les dimanches une messe en leur chapelle de tous les Saints ou en Tautel de Saint-Michel.

L'établissement de toutes ces confréries qui avaient leur centre religieux dans l'église des Cordeliers nous montre la popularité dont cet ordre jouissait à Montbrison.

Dans l'église des Cordeliers de Saint-Bonaventure de Lyon presque tous les corps de métiers de la ville avaient aussi une chapelle ou au moins un autel spé-

cialement affecté à ses cérémonies religieuses; sa bannière y était déposée^ et précédait la corporation dans les processions publiques (1).

Ces différents petits services religieux augmentaient les revenus des Cordeliersde Montbrison. Mais leur principale ressource, surtout dans les premiers siècles de leur fondation, consistaient dans les quêtes qu'ils faisaient dans les campagnes. G!omme à ces époques les moines étaient nombreux, chaque communauté mendiante avait le privilège, consacré par l'usage ou par quelque règlement qui nous est resté inconnu, de faire ses quêtes dans certaine partie de la province. Nicolas Gileton, Père gardien du couvent en 1558, a consigné sur un petit registre les usages relatifs à ces quêtes. Il nous apprend que les grandes quêtes (celles du vin, du blé, du fromage, du beurre et des oèufs)^ avaient lieu deux fois par an, en mai et novembre.

Les quêtes de vin se faisaient à Montbrison, Moind, Saint-Rambert, Sury-le-Comtal, Saint-Gâlmier, Pouilly, Néronde, Saint-Oermain-Laval, Boën et Chandieu, et non ailleurs.

Les quêtes du blé s'étendaient dans un plus grand rayon; d'abord, dans tous les villages de la plaine aux environs de Montbrison , plus, jusqu'aux termes de Saint'Bonnet'le'Chatelj Saint- Jean-Soleymieux, Marols, Chenereilles, Luriecq, Saint-Nizier, Saint-

(t) Féief à l occasion de la ranonitation de saint Jean de Capistran, par le P. Bazin. (Lyou, 1693.)

LES GORDELIBRS. 215

Marcellin^ Saint-Maurice, Périgneux, Rosier, Saint- Hilaire, Merle, Estivareilles, Appinac, Saint-Pal, Bas, Cornillon, Auriol, Chambles, Saint-Bonnet-le- Courreau, Saint- Anthême, Saint- Clément, Usson, Craponne, JuUianges, Grandris, Ambert, Saint- Pierre-de-Champ, Saint-André-de-Chalancon , Feurs, Panissière, Chazelles et quelques autres communes sur la rive droite de la Loire. On remarquera que les quêtes du blé s'étendaient principalement du côté du Velay.

Les quêtes d'huiles se faisaient à Trelins, Sailsous-Couzan, Saint-Georges-en-Couzan , Saint-Laurent-de-Rochefort, Saint-Didier, Saint-Thurin , La Brandisse, Palonieux, Saint-Julien et Saint-Priestla-Vestre. Les noyers sont encore de nos jours trèsrépandus dans cea communes.

Les quêtes du fromage et du beurre pouvaient se faire dans les mêmes paroisses que celles de l'huile, et de plus à Saint- Anthême, Saint-Clément, Saint- Rbmain-d'Urfé, Saillant, GrezoUes, La Chaud, Montarcher. Roche, Châteauneuf, Lérigneux, Bard, Essertines. Verrière, Chazelles-sur-Lavieu , Gumière, Lézigneux et Saint- Jean-Soley mieux. Les fromages de ces montagnes jouissent encore aujoiœd'hui d'une réputation méritée.

Les quêtes d'oeufs étaient faites dans toutes les paroisses de la plaine comme pour le blé, et de plus, au-delà de la Loire, à Bouthéon, Saint-Saubrin (ou Saint-Haubrin) , La Fouillouse, Saint-Jean, Saint- Bonnet-les-Oules, Veauche, Cuzieux, Meilleux, Saint-

André-le-Puy, Marclop, Sury-le-Bois et Saint-Laurent-la-Conche.

On voit par là que nos moines connaissaient bien les productions spéciales à chacune dô nos localités.

En sus de ces grandes quêtes, les Cordeliers avaient le droit ou l'usage d'aller quêter des andouilles à Chandieu, Mornand, Savigneux, Saint-Paul, Chalain-d'Uzore, Pralong-les-Moulins, Saint-Thomas, Saint-Georges, Précieux et Grézieu. Ils faisaient aussi une quête de fèves, pois et oignons à Sury et à Saint- Marcellin. Enfin, ils avaient droit de faire dans la ville de Montbrison, le dimanche et le vendredi, de petites quêtes pour épices^ sel et chandelles; aux bonnes fêtes de l'année, ils quêtaient l'encens chez les apothicaires et pharmaciens; les jours de foire avait lieu la quête du fumier; celle des ambres se faisait dans les vignes pendant les vendanges; enfin, celle du poisson, <c quand on pêche les étangs ou quand on le met aux « arches. »

Dans ces différentes quêtes, les moines se faisaient suivre d'un âne ou d'un mulet chargé de porter les aumônes; les Frères quêteurs se partageaient entr'eux le territoire qu'ils devaient parcourir; chacune de ces quêtes durait environ huit jours; et partout l'on s'empressait d'offrir au pauvre moine et à son humble suivant une place à la table et au râtelier; et, en échange de cette modeste hospitalité, le Frère de Saint-François donnait des images aux petits enfants, des chapelets aux femmes, et pendant la veillée au coin de l'âtre, il racontait aux hommes les nouvelles de la province.

LES GORDELIERS. 217

Ces quêtes étaient une dîme volontaire que les habitants des campagnes s'imposaient sans regret. Encore de nos jours, les curés de village ont conserve Tusage de faire après les moissons la quête du grain, et celle du vin après les vendanges.

II ne faudrait pas cependant exagérer l'importance des quêtes que faisaient nos moines; suivant une note de 1769 elles valaient, bien anciennement, 1,000 livres; au XVIP siècle elles rapportaient environ 500 livres; « mais depuis trois ans, dit cette note, elles a ne produisent rien, vu la misère des temps. »

C'est sans doute pour atténuer la diminution dans le produit des quêtes, qu'une ordonnance royale, rendue en octobre 1716, accorda à nos Cordeliers l'exemption de tous droits d'octroi sur les denrées nécessaires à leur nourriture.

Les fondations pieuses faites à nos moines se composaient, comme on l'a vu^ de sommes très-faibles; et si leur réunion arrivait à 1,000 livres, c'était par leur grand nombre. Mais la perception de ces petites sommes, et surtout le soin qu'il fallait apporter au renouvellement trentenaire des titres, demandaient un receveur particulier salarié.

En 1688, cette charge était remplie par Hugues Latannerye, marchand à Montbrison. Le receveur rendait ses comptes annuels au syndic ou a Père « temporel du couvent. » Cette dernière charge, purement honorifique, consistait à surveiller les intérêts temporels du couvent, à conseiller et diriger dans les affaires contentieuses, et à assister le Père gardien

dans les ventes^ échanges ^ marchés et autres transactions.

Cette charge fut remplie successivement en 1591 par Gilbert Papon , procureur du roi au bailliage de Montbrison; en 1603, par noble R. Sourley; en 1652, par noble Jacob Rival, son gendre, sieur de Pralong et de Résinet. Depuis lors jusqu'en 1733 cette fonction resta attachée à la famille Chassain, dans ses deux branches, les de Marcilly et les de Chabet.

Les Cordeliers avaient d'autant plus raison de choisir leur syndic dans les familles influentes du pays que très-souvent leurs débiteurs refusaient le payement des rentes, dans la pensée, assez accréditée à cette époque, que les Cordeliers réformés ne devaient posséder aucun bien, et ne pouvaient en conséquence diriger aucune poursuite contre leurs débiteurs.

Ces idées avaient pris une telle consistance que nos moines durent présenter à François P' une requête pour être autorisés à poursuivre leurs débiteurs, et le 13 décembre 1515, François P"" rendit une ordonnance, datée du couvent de Saint-Just, à Lyon, qui prescrivait à leurs débiteurs, quels qu'ils soient, de les payer, et leur maintenait le droit de les poursuivre légalement.

Un état ou budget dressé en 1755 par le P. Bourgeois, gardien, Curtel, vicaire, Delaire, sacristain, et Bronde, discret, et adressé à l'archevêque de Lyon, nous fait connaître avec quelques détails les revenus des Cordeliers.

LES GORDEUERS. 219

Les immeubles^ consistant en une maison située à Montbrison, rue des Bouchers, jardins, y compris une partie de celui du couvent, prés, terres et vignes, produisaient , 305 liv.

Rentes foncières (dont 148 livr. dues par par M. de Boubée) 206 »

P'ondations pieuses (y compris la rente de 148 livres servie par le trésor, pour fondations faites par la famille de nos comtes) . . 1087 »

Rentes dues par la confrérie des cordonniers 30 »

Par celle des tailleurs 16 »

Par celle des vignerons 9 »

Produit des messes, services, enterrements, assistances à iceux 850 »

Produit des quêtes 550 »

Total des recettes 3053 liv.

BSSSSlSSSSSBSSBa

Les dépenses arrivaient à 3032 liv.

et se décomposaient ainsi :

Décimes diocésains 32 »

Emprunts divers faits en rentes viagères pour la reconstruction de Téglise et du couvent détruits par Tincendio en 4 73 1 . . . . 300 »

Nourriture des religieux et domestiques au nombre de treize 1800 »

Entretien des religieux tant en santé qu'en maladie 400 »

A reporte?' 2532 liv,

Report 2532 liv.

Gages de trois domestiques 100

Entretien de l'église et de la sacristie. . . 200 Entretien des bâtiments 200

Total 3032 liv.

On voit par ce pauvre budget que la somme de 1800 livres affectée à la nourriture de treize personnes ne permettait pas à nos moines de faire des repas bien somptueux.

Un autre état dressé, en 1769, pour être envoyé au chapitre national tenu à Paris le 5 septembre de cette année, et signé par Denis Espailly, gardien, François Champagnac, vicaire, Bernard, Gaspard Laurent, Claude Girard, et par Jean-Marie Gondard, frère lai, nous apprend que le revenu fixe du couvent, provenant des loyers des maisons, vignes, terres et prés, et des rentes constituées par obligations, pensions, fondations et confréries, arrivait à seize cent six livres, ci 1606Iiv.

Le revenu éventuel ou casuel, consistant en grandes ou basses messes, offices des trépassés, assistances aux convois, est évalué à huit cent livres, ci 800 »

Le produit des quêtes était à peu près nul.

Revenu total environ 2406 liv.

Ce revenu, tout faible qu'il était, était encore grevé, en 1 769, des charges suivantes :

LES GORDELIERS. 221

Rentes viagères : au très-révérend Père Duby,

Taîné, docteur de Paris 601iv.

Au révérend P. Perrier 100 »

Au révérend P. Reviron 30 »

Au F. Ronati 30 »

Rentes constituées : au couvent des Cor-

deliers do Tanlay (Bourgogne) 100 »

A celui de Saint-Bonaventure (de Lyon) . . 12 »

Cens et servis 6 »

Décimes diocésains (1) 204 »

Réparations aux bâtiments 150 »

Total des charges 692 liv.

Restait environ 1714 »

Nous ferons encore connaître un état des revenus des Cordeliers dressé en 1 789, à la veille de leur suppression :

V Les rentes provenant de fondations pieuses n'arrivaient plus qu'à 520 livres 15 sols. . 520 15

Quelques-unes avaient été remboursées, le plus grand nombre était prescrit; on comprend en effet que plus d'une fois les Cordeliers durent négliger le renouvellement toujours coûteux d'une faible rente de 30 à 40 sols.

A reporte)^ 520 15

(1) .On appelait ainsi. la part à la charge de nos moines dans les dom forcée qne le clergé accordait au roi*, soos le nom de dont ^roUiito.

Report 520 15

2"* Une rente sur l'hôtel de ville (de Paris?)

arrivant à 80 »

3** La maison de la rue des Bouchers,

louée à M. Bourboulon 72 »

4"* Deux jardins loués à Sauzy 210 »

5" Un jardin loué à Midroit 44 »

6" Un dépôt loué à Daphaud 24 »

7** Quelques terres auprès de Moind

louées 60 »

8* Deux petites terres louées au sieur Gros 24 » 9** Un préàMontverdun, contenant 4 mé-

térées, louée à Deveau 33 »

La terre dite Grand-Champ, celle qui était

en vigne, sur le chemin de Chandieu , et celle

qui reste sur le fossé ne sont pas affermées. » »

Total des revenus fixes.. . . 1067 15

Plus un barail de vin dû par M. Thézenas, greffier du bailliage, un septier de seigle dû par M. deCuzieu (M. Denis) et un autre par M. d'Apchon de Montrond.

Des quêtes il n'en est plus question; quant aux messes, services, assistances aux enterrements, ils produisaient encore un revenu, mais il était d'autant plus faible que le nombre des Cordeliers allait diminuant avec leurs revenus.

Nos Cordeliers avaient encore un revenu accidentel dans ufi usage qu'ils faisaient remonter à l'époque de leur établissement à Montbrison, et qui leur accordait 5 livres par mille sur le prix des biens vendus

LES GOHDËLIERS. 223

par décret, à partager avec les Sainte-Claire de Montbrison. Les biens expropriés étaient sans doute chose rare à cette époque, car dans les différents budgets de cet établissement, nous n'avons vu aucune recette provenant de ce chef. Vers 1709, une charge de lieutenant-général au bailliage de Montbrison (celle de M. Antoine Pouderoux, seigneur de Bataillon (Saint- Marcellin) ayant été vendue par décret (par expropriation), au prix de 30,310 livres, les Cordeliers, représentés par le P. Gérando, gardien, et les Sainte- Claire^ par Sœur Marie-Thérèse de tous-les-Saints d'Urfé, leur indigne abbessCj réclamèrent le payement de ce droit. L'adjudicataire contesta, soutenant qu'une charge judiciaire n'était point un immeuble. Nous n'avons pu découvrir l'issue de cette contestation.

Remarquons, en passant, cette expropriation dirigée par ses créanciers contre le premier magistrat de la province dans l'ordre judiciaire, et reconnaissons, à l'avantage de notre siècle, que nos magistrats d'aujourd'hui ont assez de respect pour leurs fonctions pour ne pas s'exposer à de pareilles poursuites.

Les Cordeliers possédaient de plus des cens ou redevances directes en argent et en nature, que le comte de Forez Guy VI leur avait donnés en 1274 et 1275 à percevoir sur un grand nombre de maisons qui existaient déjà sur les bords du Vizézy, dans le lieu représenté aujourd'hui par la partie haute de la Tupinerie. Cette agglomération de maisons était alors appelée faubourg des Alves; ce nom lui venait sans

doute d'un nommé Jean Alves qui à cette époque possédait une maison affranchie de tous cens, ce qui porte à croire que c'était un fief ou habitation seigneuriale.

Ils avaient aussi des cens à percevoir en vertu des mêmes donations sur de nombreuses propriétés, spécialement sur des jardins que les habitants de Montbrison possédaient entre le faubourg des Alves et la confrérie de Saint- André (la partie comprise aujourd'hui entre la Tupinerie, la rue.de la Commune et la partie basse de la Grand'Rue (I).

Enfin, ils possédaient aussi une rente ou directe, appelée de Boissailles, assise sur des immeubles à Sury-le-Bois, qui parait leur avoir été donnée par nos comtes. En 1505, ils augmentèrent beaucoup l'importance de cette rente par l'acquisition qu'ils firent alors de dix-sept nouveaux débiteurs; mais cette rente ne resta pas longtemps entre leurs mains; dès le XVIP siècle, il n'en est plus fait mention. Nos Cordeliers, qui étaient d'abord conventuels, pouvaient alors posséder des rentes seigneuriales; mais en 1512 s'étant soumis à l'étroite observance, ils durent aliéner ces signes extérieurs de richesses. C'est alors, dit le P. Fédéré (p. 488) , que les cens qui leur avaient été donnés par nos comtes furent convertis en une rente d'argent.

C'est sans doute à ces changements que fait allusion le P. Jean-Baptiste Bazin dans la description

(1) Hiitoire des couvents de Saint-François, par le P. Fodéré.

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qu'il nous a laissée des fêtes qui eurent lieu dans le couvent de Montbrison, en 1691, à Toccasion de la canonisation de saint Jean de Capistran (p. 101), lorsqu'il dit : a Le couvent (des Cordeliers de Montbrison) a était autrefois d'un très-gros revenu lorsque les a Pères conventuels le possédaient avant le cardinal tt d'Amboise; mais aujourd'hui (1693) la misère des « temps l'a rendu fort pauvre et hors d'état de poua voir faire aucune dépense considérable. »

Le cardinal Georges d'Amboise, ministre de Louis XII, occupa les loisirs que lui laissaient quelquefois les affaires de l'Etat à réformer plusieurs ordres religieux, notamment les Cordeliers. Au mépris de la doctrine de saint François et de la réforme de saint Bonaventure, les Cordeliers renonçant à l'esprit de pauvreté de leur fondateur, possédaient en propre des biens et des rentes. Ce n'était plus, comme à l'origine, à titre de rémunération d'une fondation pieuse ou d'un service rendu; c'étaient de^ vraies donations qu'ils savaient se faire faire.

Georges d'Amboise, qui avait en cet ordre une grande confiance, comprit bien vite la pente dangereuse qui pouvait entrainer hors de leUr voie primitive les disciples de saint François, et, par une réforme devenue célèbre, il sut, en 1505, les ramener à une pauvreté réelle et qui ne consistait pas seulement en ce vœu stérile de pauvreté que faisaient tous les ordres religieux, même les plus riches et les plus puissants. C'est cette réforme qui valut aux Cordeliers qui l'adoptèrent le nom d'observance régulière.

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Toutefois, nous devons avouer que nulle part dans leurs archives nous n'avons trouvé de traces de ces gros revenus que, suivant le P. Bazin, possédaient nos Cordeliers.

Il est certain cependant que leurs ressources avaient bien diminué, puisque, vers 1680, on avait supprimé dans leur couvent « le séminaire ou collège où les « jeunes Frères étaient élevés et enseignés après « leur profession, ne pouvant plus y subsister (1). »

Ils prêchaient aussi quelquefois des carêmes ou des missions dans les villages de la province, mais nous n'avons jamais vu figurer dans leur compte une recette de ce chef. C'est peut-être à la suite d'une de ces missions qu'un Père gardien du couvent de Montbrison présida, en 1621^ à la bénédiction de la maîtresse cloche de l'église de Sauvain (2).

(1) Fêtei à Voccoiton de la ca/noninUUm de iaint Jean de Capittran, par le P. Jean-Baptiste Bazin, 2* partie, p. 101.

(2) Bévue Forizienne, 1870, p. 33.

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