CHAPITRE V
Grande solennité à Toccasion de la canonisation de saint Jean de Capistran, 1691. — Les Gordeliers de la Bâtie. — Ceux de Saint-Oalmleret les Minimes de Peurs.
La sympathie que les habitants de Montbrison avaient toujours témoignée aux Gordeliers prenait certainement sa source dans la conduite sage et édifiante de nos moines; car il est bon de remarquer ici que dans leurs nombreuses archives dépouillées par nous avec un soin minutieux, nous n'avons jamais rencontré aucun reproche à l'adresse de la régularité de leurs mœurs.
L'harmonie et l'union paraissent avoir toujours régné au milieu d'eux et dans les rapports continuels qu'ils avaient avec toutes les classes de la population nous n'avons jamais rencontré la trace d'aucune mésintelligence.
Les petites rivalités qui avaient autrefois existé entre eux, le chapitre et les curés de Montbrison, étaient éteintes depuis longtemps, nons en avons une preuve dans le récit que nous allons faire de la solennité religieuse qui eut lieu dans leur couvent en 1691 à l'occasion de la canonisation de saint Jean de
Capistran, un moine de leur ordre, prononcée par l'Eglise en 1690.
Nous ne savons si une pareille solennité eut lieu dans tous les couvents de la province de Saint-Bonaventure. Le P. Jean-Baptiste Bazin nous a conservé dans un petit volume imprimé à Lyon en 1693, par Claude de la Roche, le récit des fêtes de la canonisation à Rqme, à Lyon^ à Montbrison, à Villefranche et à Châlons-sur-Saône.
Le couvent de Montbrison fut le premier à célébrer l'anniversaire de la canonisation de saint Jean de Capistran, et il le fit avec une solennité qui fut suivie mais non dépassée par les autres couvents que nous venons de mentionner.
L'église, ornée comme aux plus grandes solennités de la religion , était tendue dans le chœur de deux rangs de très-belles tapisseries à haute lice, et le corps de l'église tapissé d'un nombre infini de tableaux qui composaient la galerie du Père gardien François du Puis, « très-habile peintre qui s'était fait depuis longa temps un petit amas de tableaux curieux, et même « des originaux de ces grands hommes qui ont excellé
« en cet art Le grand autel surtout eut de nou-
(( veaux agréments qu'on n'avait point encore vus à ce Montbrison. Saint Jean de Capistran y fut admiré a au naturel , par une belle figure en relief qui le re- « présentait revêtu de l'habit de l'ordre, mais si bien a qu'on aurait dit qu'il était effectivement vivant, a II tenait en main son petit étendard de la ci'oisade, « et il était comme enveloppé dans une gloire écla-
LES CORDELIEnS. ?57
« tante entourée d'anges et de cliénibîns, au milieu <r d'un grand nombre de lumières qui représeniaîen! « la splendeur des Saints (1). j^
Cette solennité dura huit jours; elle fut ouverte le lundi 2? ôcfabre 1691 et close le mardi suivant 30 par deux processions présidées par le chapitre de Notre-Dame, et auxquelles assistèrent les clerçés des trois paroisses « suivis d'une grande multitude de < peuple et de tout ce qu'il y avait de phis considé- « rable dans le Keu (2). »
En tête flottait la bannière de saint Jean de Capistran « représenté sur un très-beau taffetas Wanc, <r orné de crépines d^or. Cest assez dire que le R. P. « du Puis, gardien, y avait rais la main. Aussi,, tous « ceux qui le connaissent lui rendent cette Justice « que tout ce qu'il feiît est hardi et à durer des siècles, a que son coloris est des plus doux, des plus délicats » et des plus solides, et que l'on remarque toujours « dans SCS ouvrages quelcfue chose de singulier qu'on « admire (3) . »
Si nous ne savions ce que Kon doit penser des louanges inspirées par esprit de corps au P. Bazin , nous SOTîons tenté de voh^ dans le P. François du Puis (nom essentiellement forézien)> un artiste d'un grand mérite.
{\\ Bécit de» fêtes de la canonitation de taint Jean de Capittran, par le P. Bazin, p. 102, 103.
^{2) I(ï. id. id. id.
p. lOS.
(3) Id. id. id. id.