CHAPITRE VI
Reconstruction des halles de Monibrison. — Salle municipale. — Deuxième incendie du couvent en 1731. — Sa reconstruction. — Destruction de sa Hècbe par la foudre en 1768. — Personnel des Gordeliers. — Leur suppression en 1791. — Vente de leurs biens.
L'héritage des Cordeliers de la Bâtie était, comme on vient de le voir, de mince valeur, et compensait faiblement les pertes que nos moines éprouvaient dans leurs quêtes et dans leur casuel ; aussi nous les voyons accueillir avec empressement la demande qui leur fut faite, en 1691, par les recteurs de l'hôpital de Montbrison de leur vendre la partie de leur enclos située à l'extrémité ouest de la rue Tupinerie, pour y transporter la grenette. Jusqu'alors les halles ou grenettes avaient été placées dans l'enceinte même de l'hôpital Sainte-Anne.
Le bruit de ce marché et les mauvaises odeurs qu'il exhalait incommodaient beaucoup les malades; de plus, son emplacement trop restreint nuisait aux approvisionnements de la ville; telles furent les raisons qui décidèrent les recteurs à transporter ces halles à l'extrémité ouest de la rue Tupinerie, sur un emplacement qui leur fut vendu moyennant une rente de 18 livres au capital de 360 livres. Nos vieillards
en ont conservé le souvenir, et elles ont laissé leur nom à la rue qui conduisait des Cordeliers à la Tupinerie.
La principale entrée du couvent, qui ouvrait sur la partie haute de la Tupinerie vers la porte de ville dite du Colombier, menaçait ruine; on plaça donc le nouveau mur de clôture sur la limite du terrain vendu et Ton fît reconstruire cette porte du couvent.
Cette porte était jusqu'à la fin du XV siècle la seule qui donna entrée dans l'enceinte du couvent; mais en 1475, le comte de Forez Jean II fit ouvrir en face d*une rue nouvelle qui commençait à s'établir entre Féglise Saint-André et le couvent (aujourd'hui la rue de la Commune) un grand et riche portail. Il épargnait ainsi à la population qui se rendait au couvent les contours qu'elle était obligée de faire en passant par la porte placée dans la partie haute de la Tupinerie (!).
La halle aux grains avait été primitivement établie dans l'intérieur des bâtiments de l'Hôtel-Dieu, pour faciliter la perception des droits prélevés sur les graine vendus. Ces droits, connus sous le nom de layde, avaient été donnés à l'Hôtel-EHeu par lecomte Guy II, en échange d'une dime créée par ses prédécesseurs. Les recteurs, en échange de ces droits, étaient tenu» de fournir un local propice à l'exposition des grains et une mesure qui seule faisait foi dans les ventes. Cette grenette était établie dans la nie de Mbind, au midi de l'hôpital; elle fut en partie détruite^ en 1&7?,
(1) Notes manuBcrites d'Aug. Bernard. {Hiitoiredu Forez, 2* vol., p. 65.)
LBS GORDELIBRS. 273
par une crue subite de la rivière de Vizézy. Cette inondation eut lieu le 4 juin, à 10 heures du soir; elle causa de grands dommages dans la partie basse de la ville, renversa un pont au quartier de la Porcherie, plusieurs maisons de la rue de Moind et une des tours de la porte Saint-Jean (1).
Nous avons déjà dit que les Cordeliers formaient un corps religieux sympathique au peuple de Montbrison ; nous avons une nouvelle preuve de la bonne harmonie qui régnait entr'eux, dans les assemblées générales et particulières du corps de ville, qui, dès le XV* siècle, se tenaient dans le couvent. Ces réunions avaient lieu dans la salle capitulaire au rez-de-chaussée du bâtiment central. Vers 1730 (Ribier gardien) cette salle fut restaurée aux frais sans doute de la municipalité, et Ton y appliqua une ornementation en rapport avec la destination nationale de l'édifice.
C'est dans cette salle qu'eut lieu, le 29 juillet 1789, ime assemblée générale des trois ordres réunis de la population montbrisonnaise, pour l'organisation d'une nouvelle milice bourgeoise en sus de celle qui existait déjà. Cette nouvelle milice forma quatre compagnies, sous les ordres de M. le marquis de Vaugirard, répondant aux quatre principaux quartiers de la ville, composée de tous les hommes de 15 à 60 ans.
L'enthousiasme qui régna dans cette assemblée fut si grand qu'il gagna même les corporations religieuses de la ville. Le P. Renaud, supérieur des
(1) Hiitoire du Forez , par Aug. Bernard, 2* vul., p. 185.