‹ Histoire des crimes du deux décembreChapitre 10 sur 60 · LA MINORITE · texte numérisé non relu

LA MINORITE

Barricade du faxHbourg Saint- Antoine ; proscription de giuitre-vingt-trois représenta/nta du peuple,

Les membres de la Montagne ne songèrent pas, en général, à se rendre à FAssemblée, ils jugèrent qu'elle deviendrait facilement ce qu'on appelle ime souricière, en admettant qu'ils pussent y pénétrer ; ils ne crurent pas bon non plus de se rallier à la majorité au 10* arrondissement, cela soit dit sans aucune espèce de blâme, ni formel ni implicite, pour ceux de nos amis qu'on y a vus. En de pareilles surprises et lorsque l'on a si peu le temps de réfléchir, chacun puise sa résolution dans l'inspiration du moment. Plusieurs ont très bien pu juger cette direction utile, afin de ne pas diviser l'Assemblée et de donner à la résistance parlementaire l'appui de l'unanimité de la représentation nationale. Po\ir le plus grand nombre d'entre nous, ils avaient une répugnance invincible à agir de concert avec les hommes auxquels ils reprochent le désarmement du peuple après juin 1848, l'infôme et lâche décret de la transportation sans jugement, l'exécrable guerre de Home, la loi du sufOrage restreint ; enfin, toutes les mesures législatives qui ûuïilitèrent le coup de Jamac présidentiel par la ruine des libertés. Us pensèrent, en outre, que se joindre à la majorité serait fatalement se condamner à •suivre ses impulsions, s'enlever tout crédit auprès du peuple j que d'ailleurs la majorité, par sa nature, ne pouvant songer qu'a une défense régulière, on se perdrait avec elle, puisque l'armée trahissait ; qu'il fallait donc chercher tout son appui dans le peupla

Sans aucun doute, la répugnance des Montagnards eût cédé, si leur union avec la majorité eût pu sauver la République; mais pour la sauver, pour combattre un gouvernement en insurrection, il fallait recourir à toute l'énergie

révolutionnaire. Quel concours pouvions-nous trouver dans les hommes de foTTne, qui redoutaient le peuple autant qu'ils s'en étaient fait haïrl

La Montagne et l'opposition radicale cherchèrent donc à se réunir à part pour aviser. Dès le matin, beaucoup d'entre nous étaient allés du côté des faubourgs, siu* lesquels ils comptaient pour une résistance par les armes. On se rencontra et l'on se donna un premier rendez-vous chez un homme dévoué, le citoyen Coppins, rue Blanche, Chaussée-d'Antin. Trente ou quarante membres s'y trouvèrent à midi. Plusieurs dirent : " Descendons immédiatement dans la rue, avec nos écharpes, et commençons le combat." C'était peut-être le meilleur parti à suivre quoiqu'il en pût arriver. Cependant, d'autres objectèrent, avec une grande force de raisoti, que les faubourgs n'avaient pas eu le temps de saisir le sens des placards et la perfidie qui se cachait sous la restauration apparente du suflS^ge universel; qu'il faut toujours à une population, comme celle de Paris, un peu de temps pour se préparer à la bataille; que la première chose à faire, c'était d'éclairer le peuple par une proclamation de ses représentants. Cet avis prévalut. On ne voulait d'ailleurs prendre encore aucune résolution, parce qu'on ne se jugeait pas assez nombreux. — Nos habitudes démocratiques, notre respect pour la volonté commune, notre crainte toujours éveillée d'engager la majorité par une décision de la minorité, sont des sentiments respectables, mais regrettables dans ces occasions périlleuses. Par crainte du blâme des absents, on n'agit point, et chaque moment qui passe est perdu pour le salut.

Malgré l'avis d'attendre un rendez-vous général, pris rue de la Cerisaie, pour quatre heures, on adopta l'idée d'une proclamation au peuple. Il fejlait compter avec la difficulté de trouver une presse, et il était impossible que l'unanimité des Républicains n'approuvât pas la Montagne de se mettre tout d'abord en relation avec le peuple, de lui

BléSISTAXCE DE L'ASSEMBLÉE. 125

signaler le danger, de l'appeler aux armes. Le citoyen Victor Hugo qui, depuis le premier jusqu'au dernier jour n'a pas un instant manqué à la résistance, rédigea, surle-champ^ la proclamation suivante :

Page 1