ASSEMBLÉE NATIONALE
Séamce eoctraordinaire du 2 décembre 1851, tenue dans la grande aaUe de la mairie du 10* a/rrondissement, à 11 hewrea du maiin.
Le bureau est composé de MM. Benoist d'Azy, Yitet, vice-présidents ; Chapot, Moulin, Grimault, secrétaires.
Une vive agitation règne dans la saUe, où. sont réimis environ 300 membres appartenant à toutes les nuances politiquea
LE PR^iDENT, M. VITET. La séance est ouverte.
PLUSIEURS MEMBRES. Ne perdons pas de temps.
LE PRÉSIDENT. Une protestation a été signée par plusieurs de nos collègues; en voici le texte.
M. BERRYER. Je crois qu'il ne convient pas à rAssemblée de faire des protestations.
L'Assemblée nationale ne peut se rendre dans le lieu ordinaire de ses séances ; elle se réunit ici ; elle doit faire un acte d'Assemblée et non une protestation. ( Très-bien !
— Marques d'assentiment. ) Je demande que nous procédions comme Assemblée libre, au nom de la Constitution.
M. viTET. Comme nous pouvons être expulsés par la force, n'est-il pas utile que nous convenions immédiatement d'un autre lieu de réunion, soit à Paris, soit hors Paris.
VOIX NOMBREUSES. Dans Paris ! dans Paris !
M. Bixio. J'ai offert ma maison.
M. BERRYER. Ce Sera là le second objet de notre délibération ; mais la première chose à faire par l'Assemblée, qui se trouve déjà en nombre suflisant, c'est de statuer par im décret ; je demande la parole sur le décret.
M. MONET. Je demande la parole sur un fait d'attentat. (Bruit et interruption.)
M. BERRYER. Laissons de côté tous les incidents ; nous n'avons peut-être pas un quart d'heure à nous. Rendons im décret. ( Oui ! oui ! ) Je demande qu'aux termes de Art. 68 de la Constitution, attendu qu'il est mis obstacle à l'exécution de son mandat,
" L'Assemblée décrète que Louis-Napoléon Bonaparte est déchu de la présidence de la République, et qu'en conséquence le pouvoir exécutif passe de plein droit à l'Assemblée nationale." ( Très-vive et unanime adhésion.
— Aux voix. ) Je demande que le décret soit signé par tous les membres présents. (Oui, oui.)
M. RICHARD. J'appuie cette demande.
M. viTET. Nous allons rester en permanence.
M. LE PRESIDENT. Le décret sera immédiatement im-
S^SISTAKCE DE l'aSSEMBLIÉE. 95
primé par les moyens qu'on pourra avoir. Je mets le décret aux voix. ( Le décret est adopté à Tunanimité^ aux cris mêlés de Yive la Constitution ! vive la loi ! vive la République !)
Le décret est rédigé par le bureau.
M. CHAPOT. Yoici un projet de proclamation qui a été proposé par M. de Falloux.
M. DE FALLOUX. Donuez-eu lecture.
M. BERRYER. Nous avous autre chose à faire.
M. PiscATORy. La vraie proclamation, c'est le décret.
M. BERRYER. C'est Une réunion particulière que celle dans laquelle on fait une déclaration. Nous sommes ici une Assemblée régulière.
PLUSIEURS VOIX. Le décret, le décret, pas autre chose.
M. QUENTIN BAUCHAET. Il faut le signer.
M. piscATORY. Un avis pour hâter le travail. Nous allons faire courir des feuilles sur lesquelles on signera. On les annexera ensuite au décret. (Oui ! oui !)
On fait circuler des feuilles de papier dans l'Assemblée.
UN MEMBRE. H faut donner l'ordre au colonel de la 10® légion de défendre l'Assemblée. Le général Lauriston est présent.
M. BERRYER. Donucz un Ordre écrit.
PLUSIEURS MEMBRES. Qu'ou batte le rappel !
(Une altercation a lieu dans le fond de la salle entre des représentants et quelques citoyens qu'on veut faire retirer. Un de ces citoyens s'écrie : " Messieurs, dans une heure peut-être, nous nous ferons tuer pour vous !")
M. PISCATORY. Un mot, nous ne pouvons ( Bruit. — Ecoutez donc, écoutez ! ) nous ne devons pas, nous ne voulons pas exclure les auditeurs. Ceux qui voudront venir seront très-bien venus. H vient de se prononcer un mot que j'ai recueilli : " Dans une heure peut-être, nous nous ferons tuer pour l'Assemblée." Nous ne pouvons recevoir beaucoup de personnes, mais celles qui peuvent tenir
ici doivent y rester. ( Bien ! bien ! ) La tribune est pu • blique par la Constitution. (Marques d'approbation.)
Décret.
LE PRESIDENT viTET. Yoici le décret de réquisition : " L'Assemblée nationale, conformément à l'art. 32 de la Constitution, requiert la 10* légion pour défendre le lieu des séances de l'Assemblée."
Je consulte l'Assemblée. (Le décret est voté à l'unanimité, une certaine agitation succède à ce vote ; plusieurs membres parlent en même temps.)
M. BERRYER. Je supplie l'Assemblée de garder le silence. Le bureau, qui rédige en ce moment les décrets et à qui je propose de remettre tous les pouvoirs pour les» difierentes mesures à prendre, a besoin de calme et do silence. Ceux qui auront des motions à faire les feront ensuite, mais si tout le monde parle, il sera impossible de s'entendre. (Le silence se rétablit.)
UN MEMBRE. Je demande que l'Assemblée reste en permanence jusqu'à ce qu'on envoie des forces. Si nous nous séparons avant que les forces viennent, nous ne pourrons plus nous réimir.
M. LEGROS-DESVAUX. Oui ! oui ! La permanence.
M. PAVREAU. Je demande à rendre compte de ce qui s'est passé ce matin à l'Assemblée. Le ministre de la marine avait donné au colonel Espinasse l'ordre de Êiire évacuer les salles. Nous étions trente ou quarante dans la salle des conférences. Nous avons déclaré que nous nous rendions dans la salle des séances et que nous y resterions jusqu'à ce qu'on osât nous en expulser.
On est allé chercher M. Dupin qui est venu nous trouver dans la salle des séances; nous lui avons remis une écharpe, et lorsque la troupe s'est présentée, il a demandé à parler au chef. Le colonel... s'est présenté, et M. Dupin lui a dit :
BESISTANCE DE L ASSEMBLEE. 97
"J'ai le sentiment du droit et j'en parle le langage. Yous déployez ici l'appareil de la force ; je proteste."
M. MONET. Présent à cette scène, je demande l'insertion au procès-verbal de l'acte de violence qui a été commis envers nous. Après la lecture que j'ai faite, sur l'invitation de mes collègues, de l'art. 68 de la Constitution, j'ai été appréhendé au corps et arraché violemment de mon banc.
M. DAHiREL. Nous qui avous reçu des coups de baïonnettes, nous n'en sommes pas surpris.
( MM. Odilon Barrot et de Nagle arrivent dans la salle et apposent leur signature sur le décret de déchéance.)
M. le président donne mission à Hovyn-Tranchère de faire entrer des représentants qui sont retenus à la porte.
M. PisoATORY. Je demande à l'Assemblée de lui rendre compte d'un fait qui me paraît important. Je suis allé faire reconnaître plusieurs de mes collègues qui ne pouvaient entrer. Les officiers de paix m'ont dit que le maire avait donné l'ordre de ne feire entrer personne. Je me suis transporté immédiatement chez le maire, qui m'a dit : " Je représente le pouvoir exécutif et je ne puis laisser entrer les représentants. Je lui ai fait connaître le décret que l'Assemblée avait rendu et lui ai dit qu'il n'y avait d'autre pouvoir exécutif que l'Assemblée nationale ( trèsbien ! ) et je me suis retiré. J'ai cru qu'il était bon de feire cette déclaration au nom de l'Assemblée. (Oui ! oui ! — Très-bien !) Quelqu'un m'a dit en passant : " Dépêchez-vous, dans peu de moments la troupe sera ici"
M. BEBRTER. Je demande provisoirement qu'un décret ordonne au maire de laisser les abords de la saUe Ubre.
M. DE FALLOUX. Il me semble que nous ne prévoyons pas deux choses qui me paraissent très-vraisemblables; la première, que vos ordres ne seront pas exécutés; la seconde, que nous serons expulsés d'ici. H faut convenir d'un autre lieu de réimion.
M. BEBRTER. Avec les personnes étrangères qui se trouvent présentes, nous ferions une chose peu utile; nous saurons bien nous £aire avertir du lieu où nous pourrons nous réunir. (Non ! non !) Un décret provisoire.
M. LE PR^iDENT. M. Dufaure a la parole. Silence^ Messieurs, les minutes sont des heures.
H. DUFAURE. L*observation qui vient d'être âdte est juste ; nous ne pouvons désigner hautement le lieu de notre réunion. Mais je demande que l'Assemblée confère à son bureau le droit de le choisir. Il avertira chacun des membres du lieu de la réunion afin que chacun de nous puisse s'y rendre. Messieurs, nous sommes maintenant les seuls défenseurs de la Constitution, du droit, de la République, du pays. (Oui ! oui ! très-bien. — Des cris de " Yive la République" se font entendre.) Ne nous manquons pas à nous-mêmes, et s'il ûiut succomber devant la force brutale, l'histoire vous tiendra compte de ce que, jusqu'au dernier moment, nous avons résisté par tous les moyens qui étaient en notre pouvoir. (Bravos et applaudissements.)
Décret,
M. BEBBTER. Je demande que, par un décret, l'Assemblée nationale ordonne à tous les directeurs de maisons de force ou d'arrêt, de délivrer, sous peine de for&iture, les représentants qui ont été arrêtés.
(Ce décret est mis aux voix par le président et adopté a l'unanimité.)
LE oiÉN^RAL LAXTRiSTOK. L' Assemblée n'est pas en lieu de sûreté. Les autorités municipales prétendent que nous avons forcé les portes, et qu'elles ne peuvent pas laisser la mairie occupée par nous. Je sais que des agents de police sont allés prévenir l'autorité, et que d'ici à peu de temps des forces importantes nous forceront à évacuer la salla
Un représentant arrive et s'écrie : " Dépêchons-noufi^ voila la force qui arrive." (H est midi et demi.)
BÉSISTANCE DE l'ASSEMBLIÉE. 99
M. Antony Thouret entre et signe le décret de déchéance en disant : '* Ceux qui ne signent pas sont des lâches."
(Au moment où l'on annonce l'arrivée de la force armée, un profond silence s'établit. Tous les membres du bureau montent sur leurs sièges pour être vus de toute l'Assemblée et des chefs de la troupe.)
M. LE PB^iDENT BENOiST d'azy. Silence, Messieurs !
Les chefs de la troupe ne se présentent pas.
M. ANTONY THOURET. Puisque ccux qui occupent la mairie n'entrent pas dans cette ealle pour dissoudre cette séance qui est la seule légale, je demande que le président, au nom de l'Assemblée nationale, envoie ime députation qui sommera la troupe de se retirer au nom du peuple. (Oui ! oui ! très-bien !)
M. CANET. Je demande à en faire partie.
M. BENOIST d'azy. Soyez calmes, Messieurs. Notre devoir est de rester en séance et d'attendre.
M. PASCAL DUPRAT. Yous ne VOUS défendrez que par la révolution.
M. BEBRYEB. Nous nous défendrons par le droit.
YOix DIVERSES. Et la loî, la loi, pas de révolution !
M. PASCAL DUPRAT. H faut envoyer dans toutes les parties de Paris et principalement dans les &ubourgs, et dire à la population que l'Assemblée nationale est debout, que l'Assemblée a dans la main toute la puissance du droit, et qu'au nom du droit elle &it un appel au peuple; c'est votre seul moyen de salut. (Agitation et rumeurs.)
PLUSIEURS MEMBRES dans le fond de la salle : " On monte ! on monte !" (Sensation suivie d'un profond silence.
M. LE PR^iDENT BENOIST d'azy. Pas im mot, Messieurs, pas un mot ! Silence absolu ! c'est plus qu'ime invitation, permettez-moi de dire que c'est un ordre,
PLUSIEURS MEMBRES. C'est un sergent, c'est mi sergent qu'on envoie !
M. LE PRÉSIDENT BENOIT d'azy. Un Sergent est le représentant de la force publique.
M. DE PALLOUX. Si nous n'avons pas la force, ayons au moins la dignité.
UN MEMBRE. Nous aurous l'un et l'autre. (Profond silence.)
LE PRÉSIDENT. Restez a vos places, songez que l'Europe entière vous regarde !
M. LE PRÉSIDENT viTET et M. CHAPOT, l'un des secrétaires, se dirigent vers la porte par laquelle la troupe va pénétrer ej; s'avancent jusque sur le palier. Un sergent et une douzaine de chasseurs de Yincennes du 6* bataillon occupent les dernières marches de l'escalier.
MM. GRÉVY, DE CHARENCEY et plusicurs autres représentants ont suivi MM. Yitet et Chapot. Quelques personnes étrangères à l'Assemblée se trouvent aussi siir le palier. Parmi elles nous remarquons M. Beslay, ancien membre de l'Assemblée constituante.
M. LE PRÉSIDENT viTET, s'adrcssaut au sergent. Que voulez-vous? Nous sommes réunis en vertu de la Constitution.
LE SERGENT. JPexécute Ics ordres que j'ai reçus.
M. LE PRÉSIDENT viTET. Allez parler à votre ohe£
M. CHAPOT. Dites à votre chef de bataillon de monter
Au bout d'un instant, un capitaine faisant les fonctions de chef de bataillon se présente au haut de l'escalier.
M. LE PRÉSIDENT s'adressant à cet officier. L'Assemblée nationale est ici réunie. C'est au nom de la loi, au nom de la Constitution que nous vous sommons de vous retirer.
LE COMMANDANT. J'ai des ordres.
M. viTET. Un décret vient d'être rendu par l'Assem-
RÉSISTANCE DE l'ASSEMBLÉE. 101
blée qui déclare qu'en vertu de Tart. 68 de la Constitution, attendu que le Président de la République porte obstacle à Texercice du droit de TAssemblée, le Président est déchu de ses fonctions, que tous les fonctionnaires et dépositaires de la force et de l'autorité publique sont tenus d'obéir à l'Assemblée nationale. Je vous somme de vous retirer.
LE COMMANDANT. Je ne puis pas me retirer.
M. CHAPOT. A peine de forfaiture et de trahison à la loi, vous êtes tenu d'obéir sous votre responsabilité personnelle.
LE COMMANDANT. Yous Connaissez ce que c'est qu'un instrument ; j'obéis. Du reste, je vais rendre compte immédiatement.
M. GRÉVY. N'oubliez pas que vous devez obéissance à la Constitution et à l'article 68.
LE COMMANDANT. L'article 68 n'est pas fait pour moi
M. BESLAY. Il est fait pour tout le monde; votis devez lui obéir.
M. LE PRÉSIDENT viTET et M. CHAPOT rentrent dans la salle.
M. viTET rend compte à l'Assemblée de ce qui vient de se passer entre lui et le chef de bataillon.
M. BERRYER. Je demande que ce ne soit pas seulement par un acte du bureau, mais un décret de l'Assemblée, qu'il soit immédiatement déclaré que l'armée de Paris est chargée de veiller à la défense de l'Assemblée nationale, et qu'il soit enjoint au général Magnan, sous peine de forfaiture, de mettre les troupes à la disposition de l'Assemblée. (Très-bien !)
M. PASCAL DUPRAT. Il ne Commande plus.
M. DE RAViNEL. C'est Baraguay-d'Hilliers qui commande. (Non! non. Si! si.)
PLUSIEURS MEMBRES. Sommez le général sans mettre le nom.
M. LE PRÉSIDENT BENOIT d'azy. Je consulte l' Assemblée.
L'Assemblée consultée vote le décret à Tuimniimté.
M. MONET. Je demande qu'il soit envoyé an président de TAssemblée un double du décret qui a été rendu, prononçant la déchéance.
PLUSiEUBS MEMBRKS. H n'y en a plus^ il n'y a plus de président ! (Agitation.)
M. PASCAL DUPRAT. Puisqu'il fiiut dire le mot, M. Dupin s'est conduit lâchement. Je demande qu'on ne prononce pas son nom. (Yives rumeurs.)
M. MONET. J'ai voulu dire le président de la Haute- Cour. C'est au président de la Haute-Cour qu'il fiiut envoyer le décret.
M. LE PRÉSIDENT BENOiST d'azy. M. Monet propose que le décret de déchéance soit envoyé au président de la Haute-Cour nationale. Je consulte l'Assemblée.
L'Assemblée consultée adopte le décret.
M. JULES DE LASTETRiE. Je VOUS proposerai, MessieurSy de rendre un décret qui ordonne au commandant de l'armée de Paris et à tous les colonels de légion de la garde nationale, d'obéir au président de l'Assemblée nationale sous peine de forfaiture, afin qu'il n'y ait pas im homme qui ne sache dans la capitale quel est son devoir, et que, s'il y manque, c'est une trahison envers le pays. (Très-bien 1 très-bien.)
M. DUFRAisSE. Et au Commandant de la garde nationale de Paris.
M. LE PRESIDENT BENOIST d'azy. H est évident que le décret rendu s'applique à tous les fonctionnaires et commandants.
M. DUFRAissE. H faut Spécifier.
M. PASCAL DUPRAT. Nous avons à craindre dans les départements le retentissement des décrets fâcheux qui ont été publiés ce matin parle Président de la République; je demande que l'Assemblée prenne une mesure quelconque pour faire savoir aux départements quelle est l'attitude que noais avons prise ici au nom de l'Assemblée nationale.
B^ISTANCE DE l'ASSEMBLI^E. 103
PLUSIEURS VOIX. Nos décrets, nos décrets sont là.
M. DE BESSEGUIEB. Je demande que le bureau soit chargé de faire une proclamation à la France.
YOix DIVERSES. Les décrets seulement, les décrets.
M. LE PRiésiDENT BENOiST d'azy. Si nous avons la possibilité de publier les décrets^ tout est Mt; sinon, nous ne pouvons rien.
M. ANTONY THOURET. H ùkut envoyer des émissaires dans Paris ; donnez-moi im exemplaire de notre décret.
M. RIGAL. Je demande qu'on prenne toutes les mesures nécessaires pour faire imprimer le décret.
DE TOUTES PARTS. C'ost feit ! c'est fait !
UN MEMBRE. Je demande qu'on mette en réquisition le télégraphe.
M. DE RAViNEL. Qu'on empêche le directeur de communiquer avec les départements, sinon pour transmettre les décrets de l'Assemblée.
M. DUFRAissE. Je demande, si l'Assemblée croit utile de l'ordonner, qu'il soit rendu un décret qui défende à tout directeur des deniers publics de les livrer sur les ordres des fonctionnaires publics actuels. (C'est fait! c'est fait!) C'est compris dans le décret?
M. COLPAVRU. Puisqu'on dit dans le décret que toutes les attributions du pouvoir exécutif passent à l'Assemblée.
M. DE MONTEBELLO. La responsabilité pécuniaire est de droit.
M. ANTONY THOURET. Il me Semble que l'Assemblée doit aussi se préoccuper de la position de nos collègues, les généraux qui sont à Yincennes.
DE TOOTES PARTS. C'est fait; il y a un décret rendu sur la proposition de M. Berryer.
M. ANTONY THOURET. Je demande pardon à l'Assemblée ; c'est que je suis arrivé trop tard.
M. LE GÉNÉRAL ouDiNOT. Jamais nous n'avons éprouvé
l04 LES CRIMES DU DEUX DECEMBRE.
le besoin d'entourer notre président de plus de déférence, de soumission et de considération que dans ce moment. H est bien qu'il soit investi d'une espèce de dictature, passezmoi l'expression, (déclamations de la part de quelques membres.) Je retire l'expression, si elle peut éveiUer la moindre susceptibilité; je veux dire que sa parole doit obtenir immédiatement respect et silence. Notre force, notre dignité sont précisément dans l'unité. Nous sommes unis, il n'y a plus dans l'Assemblée de côté droit, ni de côté gauche. (Très-bien! très-bien!) Nous avons tous des fibres au cœur; c'est la France tout entière qui est blessée en ce moment. (Très-bien !)
Un seul mot. Quand le président croira devoir déléguer un ou plusieurs de nous pour une mission quelconque, que nous lui obéissions. Pour moi, j'obéirai complètement. Je veux qu'il soit entendu que toutes les propositions passeront par le bureau. Sinon qu'arrivera-t-il? c'est qu'ainsi que vient de le faire M. Antony Thouret, on reproduit des propositions, justes en elles-mêmes, qui déjà ont été faites et adoptées. Ne perdons pas de temps; mais que tout passe par le bureau. Obéissons au président; pour moi, je me soumets complètement à ses ordres avec le plus grand empressement. (Très-bien !)
M. LE PRESIDENT BENOiST d'azy. Je crois que la force de l'Assemblée consiste à conserver une parfaite union. Je propose, conformément à l'avis qui vient de m'être exprimé par plusieurs membres, que le général Oudinot, notre collègue, soit investi du commandement des troupes. (Trèsbien! très-bien! bravo.)
M. TAMisiER. Sans doute M. le général Oudinot, comme tous nos collègues, ferait son devoir ; mais vous devez vous rappeler l'expédition romaine qu'il a commandée. (Vives rumeurs. — Réclamations nombreuses.)
M. DE RESSEGuiER. Yous désarmez l'Assemblée une seconde fois.
B^ISTANCE DE L'ASSEMBL^E. 105
M. DE DAMPiEBRE. Taisez-vous, VOUS nous tuez. M. TAMisiER. Laissez-moi achever, vous ne me comprenez pas.
M. LE PRÉSIDENT BENOiST d'azy". S'il y a dcs divisions parmi nous, nous sommes perdus.
M. TAMISIER. Ce n'est pas une division ; mais quelle autorité aura-t-n sur le peuple?
M. BERRTER. Mettez la proposition aux voix, M. le président.
M. PASCAL DUPRAT. Nous avons parmi nos collègues un homme qui, dans d'autres circonstances moins difficiles, il est vrai, a su résister aux pensées fâcheuses de Louis- Napoléon Bonaparte, c'est M. Tamisier. (Exclamations et rumeurs.)
M. TAMISIER. Mais je ne suis pas connu ! que voulez vous que je fasse?
M. PiscATORY. En grâce, laissez voter. Qu'il soit bien entendu, ce dont je suis profondément convaincu, que M. Tamisier, quand il a contesté le nom du général Oudinot, ne voulait pas amener de division parmi nous.
M. TAMISIER. Non, je le jure ; je n'adhérais pas, parce que je craignais que cette nomination ne produisit sur le peuple de Paris l'effet que vous en attendiez.
M. LE GÉNÉRAL OUDINOT. Je suis prêt à me soumettre aux ordres quelconques qu'on me donnera pour le salut de
mon pays; aÎQsi j'accepterai tout commandement
DE TOUTES PARTS. Aux voix ! aux voix ! La nomination du général Oudinot.
LE PRÉSIDENT BENOIST d'azy. Je cousulte l' Assemblée.
L'Assemblée consultée rend im décret qui nomme le général Oudinot commandant en chef des troupes.
M. LE GÉNÉRAL OUDINOT. Un seul mot. M. le président et mes collègues, je ne puis décliner aucun honneur. Ce serait ime injure que je ferais à mes compagnons d'ar-
lOG LES CBIMES DU DEUX DECEMBRE.
mes; ils ont fait en Italie, ils feront partont leur devoir. Aujourd'hui le nôtre est tracé ; il consiste à obéir aux ordres du président, parce que, ces ordres, il les puisera dans le droit de TAssemblée nationale, dans la Constitution. (Très-bien.) Ordonnez donc ; le général Oudinot obéira : s'il avait besoin de popularité, il Taurait puisée ici même. (Très-bien! très-bien.)
M. DE SAINT-GERMAIN. Je demande que le décret qui nomme le général Oudinot soit rédigé immédiatement ; il jGstut que le général en ait im exemplaire.
LES MEMBRES DU BUREAU. On le rédige.
(Pendant que Messieurs les membres du bureau rédigent le décret, M. le général Oudinot s'approche de M. Tamisier et échange avec lui quelques paroles.)
M. LE GiéNiéRAL OUDINOT. Messieurs, je viens d'o&ir à M. Tamisier de me servir de chef d'état major. (Trèsbien!) Il accepte. (Très-bien! très -bien! bravos enthousiastes.)
Je demande à M. le président de faire connaître immédiatement à la troupe de ligne l'honneur que vous venez de me confier. (Très-bien !)
M. TAMISIER. Messieurs, vous m'avez donné une tâche bien difficile et que je n'ambitionnais pas; mais avant de partir pour accomplir les ordres de l'Assemblée, permettezmoi de jurer que je pars pour défendre la Hépubliqne. (Yoix diverses : Très-bien ! Vive la République 1 vive la Constitution /)
En ce moment les membres qui se trouvent auprès de la porte annoncent qu'un officier du 6® bataillon de chasseurs arrive avec de nouveaux ordres. Le général Oudinot s'avance vers lui accompagné de M. Tamisier.
M. TAMISIER donne lecture à l'officier du décret qui nomme le général Oudinot général en chef de l'armée de Paris.
LE G^NiÊRAL OUDINOT, à l'officier. Nous sommes ici en
BâlISTANCE DE l'aSSEMBLI^ 107
vertu de la Constitution. Vous voyez que TAssemblée vient de me nommer commandant en che£ Je suis le général Oudinot, vous devez reconnaître son autorité, vous lui devez obéissance. Si vous résistiez à ses ordres, vous encourriez les punitions les plus rigoureuses. Immédiatement vous seriez traduit devant les tribunaux. Je vous donne Tordre de vous retirer.
l'officier (un sous-lieutenant du 6* chasseurs de Yincennes). Mon général, vous savez notre position, j'ai reçu des ordres.
Deux sergents qid sont à côté de l'officier prononcent quelques mots et semblent l'encourager à la résistance.
LE Q:éN]éRAL OUDINOT. Taisez-vous, laissez parler votre chef; vous n'avez pas le droit de parler.
l'un des SERGENTS. Si, j'en ai le droit. ,
LE oiÉNÉRAL OUDINOT. Taisez-vousj laissez parler votre chef.
LE sous-LiEUTENANT. Je ne suis que commandant en second. Si vous voulez, &,ites monter le commandant en premier.
LE Q^NÉBAL OUDINOT. Ainsi VOUS résistez 1
l'officieb, après un instant d'hésitation. Formellement!
LE oi^N^RAL OUDINOT. H va VOUS être donné un ordre écrit. Si vous y désobéissez, vous en subirez les conséquences. (Un certain mouvement a lieu parmi les soldats.)
LE OENiÉRAL OUDINOT. Chasseurs, vous avez un chej^ vous lui devez respect et obéissance. Laissez-le parler.
UN SERGENT. Nous le Connaissons; c'est un brave.
LE GiÉN^BAL 0T7DIN0T, Je lui ai dit qui j 'étais; je lul demande son nom.
UN AUTRE sous-OFFiciER veut parler.
LE G^iÉRAL OUDINOT. Taisez-vous, ou vous seriez de mauvais soldats.
l'officier. Je m'appelle Charles Guédon, sous-lieutenaut au 6*" bataillon de chasseurs.
LE GÉN'ÉRAL ouDiNOT, à l'officier. Yous déclarez donc que vous avez reçu des ordres et que vous attendez les instructions du chef qui vous a donné la consigne?
LE SOUS-LIEUTENANT. Oui, inon général
LE GÉNÉRAL OUDINOT. C'est la scule chose que vous ayez à faire.
(M. le général Oudinot et M. Tamisier rentrent dans la salle. Il est une heure un quart.)
M. LE GÉNÉRAL OUDINOT. Mousicur le président, je reçois les deux décrets qui me donnent l'im le commandement de la troupe de ligne, l'autre le commandement de la garde nationale. Yous avez bien voulu accepter, sur ma proposition, M. Tamisier comme chefd'état-major pour la troupe de ligne. Je vous prie de vouloir bien accepter M. Mathieu de la Redorte comme chefd'état-major pour la garde nationale. (Très-bien !)
PLUSIEURS MEMBRES. C'cst à VOUS à feire ce choix, c'est dans vos pouvoirs.
M. LE PRÉSIDENT BENOiST d' AZY. Yous usez de votre droit; mais puisque vous nous communiquez votre pensée à cet égard, je crois répondre à l'intention de l'Assemblée en disant que nous applaudissons à votre choix. (Oui! oui! très-bien !)
LE GÉNÉRAL OUDINOT. Ainsi VOUS reconnaissez M. Mathieu de la Redorte comme chef d'état-major de la garde nationale. (Marques d'assentiment.)
M. LE PRÉSIDENT BENOIST d'azy, après quelques instants d'attente. On me dit que quelques personnes sont déjà sorties ; je ne suppose pas que personne veuille se retirer avant que nous ayons vu la fin de ce que nous pouvons faire.
DE TOUTES PARTS. Non ! non, en permanence.
BESISTANCE DE L ASSEMBLEE. * 109
M. BERBYEB, rentrant dans la salle avec plusieurs de ses collègues. Messieurs, une fenêtre était ouverte. Il y avait beaucoup de monde dans la rue. J'ai annoncé par la fenêtre que l'Assemblée nationale, régulièrement réimie en nombre plus que suffisant pour la validité de ses décrets, avait prononcé la déchéance du Président de la République, que le commandement supérieur de l'armée et de la garde nationale était confié au général Oudinot, et que son chef d'état-major était M. Tamisier. Il y a eu acclamation et bravos. (Très-bien !)
M. GUiLBOT, chef du 3® bataillon de la 10" légion de la garde nationale, se présente en uniforme à la porte de la salle, et déclare au général Oudinot qu'il vient se mettre à la disposition de l'Assemblée.
LE OENjfBAL OUDINOT. Bien, bien, commandant, c'est d'un bon exemple.
M. BALLOT, chef du 4* bataillon, sans uniforme, &it la même déclaration.
Après quelques instants, deux commissaires de police se présentent à la porte de la salle, et, sur l'ordre du président, s'avancent auprès du bureau.
l'un des commissaibes (le plus âgé). Nous avons ordre de Étire évacuer les salles de la mairie ; êtes- vous disposés à obtempérer à cet ordre? Nous sommes les mandataires du préfet de police.
PLUSiEUBS MEMBBES. On n'a pas entendu.
M. LE PB^siDENT BENOiST d'azy. M. le Commissaire nous dit qu'il a ordre de faire évacuer la salle. J'adresse à M. le commissaire cette question : Connait-il l'article 68 de la Constitution; sait-il quelles en sont les conséquences?
LE COMMISSAIBE. Sans doute nous connaissons la Constitution; mais dans la position où nous nous trouvons, nous sommes obligés d'exécuter les ordres de nos che& supérieurs.
M. LE PRÉSIDENT BENOiST d'azy. Au nom de TAssemblée^ je vais faire donner lecture de Fart. 68 de la Constitution.
M. LE PRÉSIDENT viTET fait cette lecture en ces termes : " Toute mesure par laquelle le Président de la République dissout TAssemblée nationale, la proroge ou met obstacle à son mandat, est un crime de Haute trahison. Par ce seul fait le Président est déchu de ses fonctions ; les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance. Le pouvoir exécutif passe de plein droit à l'Assemblée nationale. Les juges de la Haute-Cour de justice se réunissent immédiatement à peine de forfaiture; ils convoquent les jurés dans le lieu qu'ils désignent ; ils nomment eux-mêmes les magistrats chargés de remplir les fonctions du ministère public."
M. LE PRÉSIDENT BENOiST d'azt, au Commissaire. C*esb conformément à l'article 68 de la Constitution, dont vous venez d'entendre la lecture, que l'Assemblée, empêchée de siéger dans le lieu ordinaire de ses séances, s'est réunie dans cette enceinte. Elle a rendu le décret dont il va vous être donné lecture.
M. LE PRÉSIDENT viTET donne Iccturc du décret de déchéance ainsi conçu :
REPUBLIQUE FRANÇAISE
Décret,
" L'Assemblée nationale, réunie extraordinairement à la mairie du 10* arrondissement;
" Yu l'art. 68 de la Constitution ainsi conçu.....
" Attendu que l'Assemblée est empêchée par la violence d'exercer son mandat.
" Décrète :
" Louis-Napoléon Bonaparte est déchu de ses fonctions de Président de la République ;
" Les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance;
B&ISTANCE DE l'aSSEMBL^S. 111
" Le pouvoir exécutif passe de plein droit à TAssemblée nationale ;
" Les juges de la Haute-Cour de justice sont tenus de se réunir immédiatement sous peine de forfaiture pour procéder au jugement du Président de la République et de ses complices.
" En conséquence, il est enjoint à tous les fonctionnaires et dépositaires de la force et de Tautorité publiques d'obéir à toutes réquisitions &ites au nom de l'Assemblée, sous peine de forfaiture et de trahison.
" Fait et arrêté à TunaDimité, en séance publique, le 2 décembre 1851.
" Pour le président empêché , "benoist d'azy, vitet, vice-présidents.
" GRiMAULT, MOCJLiN, CHAPOT, Secrétaires. " Et tous les membres présents."
M. LE PRESIDENT BENOiST d'azy. C'est en vertu de ce décret, dont nous pouvons vous remettre une copie, que l'Assemblée s'est réunie ici et qu'elle vous somme, par ma bouche, d'obéir à ses réquisitions. Je vous répète que légalement il n'existe qu'une seule autorité en France en ce moment ; c'est celle qui est ici réunie. C'est au nom de l'Assemblée, qui en est la gardienne, que nous vous requérons d'obéir. Si la force armée, si le pouvoir usurpateur agit vis-à-vis de l'Assemblée avec la force, nous devons déclarer que nous, nous sommes dans notre droit. Il est fait appel au pays. Le pays répondra.
M. DE BAViNEL. Demandez leurs noms aux commissaires.
M. LE PR]ésiDENT BENOiST d'azy. Nous qui VOUS parlons, nous sommes MM. Yitet, Benoist d'Azy, vice-présidents, Chapot, Grimault et Moulin, secrétaires de l'Assemblée nationale.
LE COMMISSAIRE (le plus âgé.) Kotre mission est péni-
ble ; nous n avons pas même une autorité complète ; car dans ce moment, c'est la force militaire qui agit, et la démarche que nous faisons était pour empêcher un conflit que nous aurions regretté. M. le préfet nous avait donné Tordre de venir vous inviter à vous retirer ; mais nous avons trouve ici un détachement considérable de chasseurs de Vincennes, envoyés pai* l'autorité militaire qui prétend seule avoir le droit d'agir ; car la démarche que nous faisons est officieuse et pour empêcher un conflit fâcheux. Nous ne prétendons j)as juger de la question de droit ; mais j'ai l'honneur de vous prévenir que l'autorité militaire a des ordres sévères et elles les exécutera très-probablement.
M. LE PRÉSIDENT BENOiST d'azy. Yous Comprenez parfaitement, monsieur, que l'invitation à laquelle vous donnez en ce moment le caractère officieux, ne peut produire aucune impression sur nous. Kous ne céderons qu'à la force.
LE 2® COMMISSAIRE (le plus jeune). M. le président, voici l'ordre qu'on nous a donné, et, sans plus attendre, nous vous sommons, que ce soit à tort ou à raison, de vous disperser. (Violents murmures.)
PLUSIEURS MEMBRES. Les noms, les noms des commissaires.
LE 1" COMMISSAIRE (le plus âgé). Lemoine Bacherel et Marlet.
En ce moment, un officier arrive, un ordre à la main, et dit : " Je suis militaire, je reçois un ordre, je dois l'exécuter. Yoici cet ordre :"
" Commandant, en conséquence des ordres du ministre de la guerre, faites occuper immédiatement la mairie du 10* arrondissement, et faites arrêter, s'il est nécessaire, les représentants qui n'obéiraient pas sur le champ à l'injoiiction de se diviser. " Le général en chef Magnan." (Explosion de murmures.)
RESISTANCE DE l' ASSEMBLEE. 113
PLUSIEURS MEMBRES. Eh bien ! qu'on nous arrête, qu'on donne l'ordre de nous arrêter.
Un autre officier pénètre dans la salle, un ordre à la main. Il s'approche du bureau et donne lecture d'un ordre ainsi conçu :
" Le général en chef prescrit de laisser sortir de la mairie les représentants qui s'y trouvent et qui n'opposeraient aucune résistance. Quant à ceux qui ne voudraient pas obtempérer à cette injonction, ils seront arrêtés immédiatement et conduits, avec tous les égards possibles, à la prison de Mazas."
DE TOUTES PARTS. Tous à Mazas I
M. EMILE LEROUX. Oui ! oui ! allons à pied !
LE PRÉSIDENT BENOIST d'aZY à l'officier. YoUS VOUS
présentez avec un ordre; nous devons, avant tout, vous demander, ainsi que nous l'avons déjà fait à l'officier qui s'est le premier présenté, si vous connaissez l'art. 68 de la Constitution, qui déclare que tout acte du pouvoir exécutif pour empêcher la réunion de l'Assemblée est un crime de haute trahison qui fait cesser, à l'instant même, les pouvoirs du chef du pouvoir exécutif C'est en vertu de son décret qui déclare la déchéance du chef du pouvoir exécutif que nous agissons en ce moment, si nous n avons pas de forces à opposer
M. DE LARCY. Nous opposons la résistance du droit.
LE pRJÊsiDENT BENOIST d'azy. J'ajoute que l' Assemblée, obligée de pourvoir à sa sûreté, a nommé le général Oudinot commandant de toutes les forces qui peuvent être appelées à la défendre.
M. DE LARCY. Commandant^ nous faisons un appel à votre patriotisme comme Français.
M. LE GÉNiÉRAL OUDINOT à l'officier. Yous êtcs le commandant du 6" bataillon?
l'officier. Je suis commandant par intérim. Le commandant est malade.
LE GENERAL OUDINOT. Eh bien ! oommandaiit du 6' bataillon, vous venez d'entendre ce que M. le président de l'Assemblée vous a dit?
l'officier. Oui, mon général
LE oÉx^RAL OUDINOT. Qu'il n'y avait pour le moment d'autre pouvoir en France que l'Assemblée. En vertu de ce pouvoir, qui m'a délégué le commandement de l'année et de la garde nationale, je viens vous déclarer que nous ne pouvons obéir que contraints, forcés, à l'ordre qui nous interdirait de rester réunis. En conséquence, et en vertu des droits que nous tenons d'elle, je vous ordonne d'évacuer et de faire évacuer la mairia
Tous avez entendu, commandant du 6" bataillon ; vous avez entendu que je vous ai donné l'ordre de âûre évacuer la mairie. Allez-vous obéir?
l'officier. Non, et voici pourquoi: j'ai reçu de mes chefs des ordres, et je les exécute.
DE TOUTES PARTS. A Mazas! à Mazas!
l'officier. Au nom des ordres du pouvoir exécutif, nous vous sommons de vous dissoudre à l'instant mèma
VOIX DIVERSES. Kou, non, il n'y a pas de pouvoir exécutif. Faites-nous sortir de force; employez la force!
Sur l'ordre du commandant, plusieurs chasseurs pénètrent dans la salle. Un troisième commissaire de police et plusieurs agents y pénètrent également. Les commissaires et les agents saisissent les membres du bureau, M. le général Oudinot, M. Tamisier et plusieurs autres représentants, et les conduisent presque sur le palier. Mais l'escalier est toujours occupé par la troupe. Les commissaires et les officiers montent et descendent pour aller chercher et apporter des ordres. Après un quart d'heure environ, les soldats ouvrent les rangs. Les représentants, toujours conduits par les agents et le commissaire, descendent ^\si.'n^ la cour. Le général Forey se présente, le général Oudinot lui parle un instant, et se retournant vers les mem-
RESISTANCE DE L'aSSEMBLÉE. 115
bres de l'Assemblée, dit que le général Forey lui a répondu : ^'Nous sommes militaires, nous ne connaissons que nos ordres."
H. LE GisNEBAL LAURiSTOK. Il doit Connaître les lois et la Constitution. Nous avons été militaires comme luL
LE G^ÉRAL OUDINOT. Le général Forey prétend qu'il ne doit obéir qu'au pouvoir exécuti£
TOUS LES REPRÉSENTANTS. Qu'on nous emmène, qu'on nous emmène à Mazas !
Plusieurs gardes nationaux qui sont dans la cour crient, chaque fois que la porte s'ouvre pour laisser passer les officiers qui vont et viennent? " Yive la République! Yive la Constitution !"
Quelques minutes se passent. Enfin, la porte s'ouvre, et les agents ordonnent aux membres du bureau et de l'Assemblée de se mettre en marche. MM. les présidents Benoist et Yitet déclarent qu'ils ne sortiront que par la force. Les agents les prennent par les bras, et les font sortir dans la rue. MM. les secrétaires, le général Oudinot, M. Tamisier et les autres représentants, sont conduits de la même manière, et on se met en marche à travers deux haies de soldats. Le président Yitet est tenu au collet par un agent ; le général Forey est en tête des troupes, et dirige la colonne. L'Assemblée, ainsi prisonnière, est conduite, au milieu des cris de "Yive l'Assemblée! vive la République ! vive la Constitution !" poussés par les citoyens qui sont dans les rues et aux fenêtres, jusqu'à la caserne du quai d'Orsay, en suivant les rues de Grenelle, Saint- GuiUaume, rue Neuve de l'Université, de l'Université, de Beaune, les quais Yoltaire et d'Orsay. Tous les représentants entrent dans la cour de la caserne, et on referme la porte sur eux. B ert trois heures vingt minutes.
Sur la proposition d'un membre, on procède, dans la cour même, à l'appel nominaL MM. Grimault, secrétaire, et Anthony Thouret font l'appel nominal, qui constate la
présence de deux cent vingt membres, dont les noms suivent :
MM. Albert de Luines, d' Andigné de la Chasse, Antony Thouret, Arène, Audren de Kerdrel (Ile-et-Yilaine), Audren de Kerdrel (Morbihan), de Balzac, Barchou de Penhoën, Barillon, Odilon Barrot, Barthélémy Saint-Hilaire, Bauchard, Gustave de Beaumont, Béchard, Béhaguel, de Belvèze, Benoist d'Azy, de Bemardy, Berryer, de Berset, Besse, Betting de Lancastel, Blavoyer, Bocher, Boissié, de Botmillau, Bouvatier, de Broglie, de la Broise, de Bryas, Buffet, Caillet du Tertre, Callet, Camus de la Guibourgère, Canet, de Castillon, de Cazalès, amiral Cécile, Chambolle, Chamiot, Champanhet, Chaper, Chapot, de Charencey, Chasseigne, Chauvin, Chazant, de Chazelles, Chégaray, de Coislin, Colfavru, Colas de la Motte, Coquerel, de Corcelles, Cordier, Corne, Creton, Daguilhon-Pujol, Dahirel, Dambray, de Dampierre, de Brotone, de Fontaine, de Fontenay, Desèze, Desmars, de la Devansaye, Didier, Dieuleveult, Druet-Desvaux, Abraham Dubois, Dufaure, Dufougerais, Dufour, Dufoumel, Marc Dufraisse, Pascal Duprat, Duvergier de Hauranne, Etienne, de Falloux, de Faultrier, Faure (Rhône), Favreau, Ferré des Ferris, de Flavigny, de Foblant, Frichon, Gain, Gasselin, Germonière, de Gicquiau, de Goulard, de Goyon, de Grandville, de Grasset, Grelier- Dufougeroux, Grevy, Grillon, Grimault, Gros, Guillier de la Tousche, Harscouet de Saint-George, d'Havrincourt, Hennecart, Hennequin, d'Hespel, Houel,Hovyn-Tranchère, Huot, Joret, Jouannet, de Kéranfleck, de Kératry, de Kéridec, de Kermasec, de Kersauron-Penendreff, Léo de Laborde, Laboulie, Lacave, Oscar Lafayette, Lafosse, Lagarde, Lagrenée, Laine, Lanjuinais, Larabit, de Larcy, J. de Lasteyrie, Latrade, Laureau, Laurenceau, général Lauriston, de Laussat, Lefebvre de Grosriez, Legrand, Legros- Desvaux, Lemaire, Emile Leroux, Lespérut, de Lespinois, Lherbette, de Linsaval, de Luppé, Mai'échal, Martin de
RESISTANCE DE l'aSSEMBLJÉE. 117
Villers, Maze-Saunay, Mèze, Armand de Melun, Anatole de Melun, Merentié, Michaut, Mispoidet, Monet, de Montébello, de Montigny, Motdin, Murât -Sistrière, Alfred Nettement, d'Olivier, général Oudinot de Keggio, Paillet, Duparc,Passy, Emile Péan, Pécoul, Casimir Périer, Pidoux, Pigeon, de Piogé, Piscatory, Proa, Prudhomme, Querhoent, Randoing, Raudot, Ratdin, de Ilavinel, de Rémusat, E-enaud, Résal, de Rességuier, Henry de Riancey, Rigal, de la Rochette, Rodât, de Roquefeuil, des Rotours de Chaulieu, Rouget-Lafosse, Rouillé, Roux-Carbonel, Sainte-Beuve, de Saint-Grermain, général de Saint -Priest, Salmon (Meuse), Sauvaire-Barthélemy, de Serré, de Sesmaisons, Simonot, de Staplante, de Surville, de Talhouet, Talon, Tamisier, Thuriot de la Rosière, de Tinguy, de Tocqueville, de la Tourette, de Tréveneuc, Mortimer-Temaux, de Vatimesnil, de Yandœuvre, Yemhette (Hérault), Yemhette (Aveyron), Yésin, Yitet, de Yogué.
L'appel terminé, le général Oudinot prie les représentants qui sont dispersés dans la cour de se réunir autour de lui, et leur fait la communication suivante :
" Le capitaine adjudant-major, qui est resté ici pour commander la caserne, vient de recevoir l'ordre de faire prépar rer des chambres dans lesquelles nous aurons à nous retirer, nous considérant comme en captivité. {Très-bien/) Youlezvous que je fesse venir l'adjudant-major? (Non, non ! c'est inutile!) Je vais lui dire qu'il ait à exécuter ses ordres." (Oui! c'est cela!)
Quelques instants après, les chambres étant préparées, plusieurs représentants s'y rendent j les autres restent dans la cour.
H est grave de dire ce qu'on aurait feit soi-même à la place d'autrui dans telle circonstance où il y va de la vie. En matière de courage^ nous avons toujours excessivement
peur de nous prononcer. Nous voyons, parmi les membres présents à cette séance, des hommes qui, sur ce point, n'ont de leçons à prendre de personne; cependant, nous devons l'avouer, il nous est pénible d'entendre 300 représentants du peuple, dans l'exercice de leur mandat, s'écrier : "qu'on NOUS MÈNE A MAZAS." Quelques soldats de la garde nationale, en uniforme, se trouvaient déjà dans la cour et n'y étaient pas venus sans un patriotique dessein. Les cbefe de bataillons Guilbot et Balot, (il faut conserver leurs noms pour les honorer,) étaient venus dire formellement à l'Assemblée, qu'ils se mettaient à sa disposition; les citoyens présents à la séance avaient déclaré qu'ils étaient prêts à se sacrifier pour la Constitution. Nous aurions voulu que l'Assemblée les appelât tous à se faire tuer s'il le fiJIait pour la défense des lois, et se mit à leur tête a fin de résister à force ouverte. La légion du 10* arrondissement était convoquée à domicile ; si peu qu'elle se pressât, elle aurait eu sans doute le temps d'arriver et de livrer bataille aux troupes rebelles. Qui peut dire que les troupes auraient osé attaquer la garde nationale 1 Qui sait, en tous cas, si des coups de fiisil tirés là n'auraient pas mis la viUe en armes? Eût-il été réellement impossible de ne pas se rendre au premier mot, nous aurions souhaité que tant de membres de l'Assemblée ne se missent pas volontairement entre deux files de soldats pour être conduits en prison. Sous les verroux, on est, il est vrai, à l'abri de tout danger, mais on n'a plus aucun moyen de servir sa cause; or, chacun des représentants avait une cause à défendre et devait se conserver ou se perdre pour elle.
Mais il est facile de voir, en lisant le compte-rendu, que le sentiment de son impuissance pesait profondément et douloureusement sur la majorité. Lui était-il permis de compter sur le Peuple? Tous les éléments de popularité qui eussent pu faire sa force auprès de lui à cette heure de danger, elle les avait livrés im a un à l'assassin de Boii-
Bl^ISTANCE DE l' ASSEMBLA 119
logne. Qui voudrait croire à sa bonne foi lorsqu'elle s'offrait tout à coup à défendre la Bévolution qu'elle avait sans cesse attaquée, honnie, conspuée! Elle criait aujourd'hui, "Vive la Constitution!" mais la veille encore, tous ses orateurs ne traînaient-ils pas cette Constitution sur la claie ? Pouvait-elle compter sur les soldats? N'était-ce pas elle qui avait soutenu contre nous, avec des cris de colère, ce mortel principe de l'obéissance passive, qui servait maintenant à l'écraser? Aussi, dans le sein de cette nombreuse réunion parlementaire, ne voit-on se produire aucun de ces actes spontanés, énergiques, qui entraînent une population ou une armée. Elle succombait sous le poids de sa conscience. Antipathique à la population, étrangère à l'armée, sans attache nulle part, elle se vit réduite à décréter au lieu d'agir.
Cette conviction d'impuissance éclata surtout lorsqu'il fat question de choisir le général dont l'épée devait la protéger. Quel nom avait-elle à présenter pour défendre en elle la souveraineté du Peuple? Celid du général Oudinot! de l'homme qu'elle avait chargé elle-même d'aller canonner à Home le principe de la souveraineté nationale ! Le mot qui échappa à M. Tamisier, capitaine d'artillerie, était certainement au fond de tous les cœurs. Du reste, en dehors même de cette situation personnelle, M. Oudinot n'était pas le général de la circonstance. Avec ses manières froides^ presque timides^ il ne pouvait dominer les soldats et les officiers, ramener les uns et les autres au devoir, les enlever. Ah! les conjurés avaient bien su ce qu'ils disaient en arrêtant le colonel Charras, les généraux Bedeau et Lamoricière. Si un homme sympathique, brillant, renommé comme eux se fut alors présenté à la troupe encore hésitante, la face des choses aurait peut-être changé. Certes, pas un d'eux n'eût dit au lieutenant qui violait la représentation nationale: "Vous déclarez que vous " avez reçu des ordres, que vous attendrez les instructions
120 LES CRIMES DU DEUX DléCEMBRE.
" de votre chef. (Test la seule chose que vous ayez àfaire.^ Attendre! Non, certes, pas irn d'eux n'eut infligé à l'Assemblée une demi-heure d'agonie, plus fatale à l'honneur de la législature que tout le reste de cette journée.
Que les représentants eussent été dispersés à coups de sabres, de crosses et de baïonnettes; eh bien, ils étaient vaincus par la force. Mais attendre une demi-heure en paix qu'un M. Leroy, dit de Saint- Arnaud, décide ce qu'on fera d'eux ! parlementer avec la violence pour s'y soumettre ensuite!... Cela nous donne, seulement à y penser, des mouvements nerveux qui nous empêchent d'écrire. Attendre! N'était-ce pas fournir aux insurgés le temps et les moyens de comprimer cette résistance parlementaire à laquelle ils n'étaient pas préparés? Profiter de la surprise, provoquer la population, l'appeler aux armes, recourir aux moyens révolutionnaires, telle était la seule conduite à tenir. EUe ftit proposée par le citoyen Pascal Duprat et quelques républicains épars dans cette réimion royaliste ; hélas ! la majorité avait trop le sentiment de son impopularité et de son impuissance pour tenter rien de semblable.
"Nous nous défendrons, dirent plusieurs, par le droit " et la loi. Pas de révolution !" Etrange observation ou singulière faiblesse ! Que peuvent le droit et la loi dans leur abstraction contre des épées et des fusils? Avec les libéraux seuls, Louis-Philippe et Charles X seraient morts sur le trône, entourés de tous les abus de la monarchie. Avec les parlementaires et les royalistes seuls, la compagnie d'exploitation bonapartiste jouirait à perpétuité de ses forMts !
L'histoire jugera sévèrement les causes de l'impuissance de la majorité, mais elle imprimera une honte étemelle à tous ces officiers qui se rendirent sciemment coupables du plus grand des crimes. La représentation nationale était assemblée réguHèrement; elle avait agi dans son droit, la Constitution à la main. Ces officiers avaient là devant eux
RESISTANCE DE l' ASSEMBLEE. 121
les hommes les plus célèbres " du grand parti de Tordre," les noms qui ofiraient le plus de garantie contre toute espèce "d'idées anarchiques," MM. Yitet, Benoist-d'Azy, Odilon-Barrot, Falloux, Gustave Beaimiont, Dufaure, Vatimesnil, Broglie, Tocqueville, Duvergier Hauranne, Bémusat, etc. C'était le général Oudinot, le général en chef de Vairmée d! Italie, de V eoiypédition de Rome! qui leur commandait au nom de la légalité. Us aimèrent mieux obéir à M. Momj, qui leur commandait au nom de ses grosses échéances ! Les officiers français sont trop intelligents, trop initiés à la politique, pour n'avoir pas eu parfaitement la conscience de ce qu'ils faisaient. Ils ont porté une main sacrilège sur la représentation nationale au lieu de la protéger ; ils ont volontairement, en pleine connaissance de cause, mis le pied sur la loi Que la honte et la responsabilité en retombent sur leurs têtes ! Quel regret n'éprouveront-ils pas Tin jour, en mesurant l'étendue du mal qu'ils ont fait à leur patrie ! C'est à eux surtout que la France doit le joug ignominieux que les Saint Arnaud, les Maupas, les Bonaparte, les Eynard, les Castellane, etc., font peser sur elle !
Quant au général Forey, il eut certainement été obéi, si, au lieu d'attaquer la représentation nationale et de la mener en prison, il eut ordonné de la défendre. Il a tenu, lui aussi, dans ses mains, pendant ime heure, le sort de la journée. Après avoir constaté la trahison salariée de tant de généraux, l'histoire ne pourra jamais admettre que M. Forey ait sacrifié gratuitement son honneur et celui de son pays au profit de la dictature d'un étranger vulgaire, de ce fils de Tamiral Yerhuel, qui s'appelle M. L.-N. Bonaparte. (1)
(1) Le général Forey était bien du complot. Commandant la brigade stationnée sur le quai d'Orsay, on Ta vu, le matin de cette funeste journée, au café du coin de la rue du Bac, où il déjeûnait, on Ta vu prodiguer les petits verres à tous les hommes, ofGiciers, sous-oflSciers, et soldats, qui venaient lui porter un avis ou lui demander un ordre. Si infime que soit un pareil détail, nous ne craignons pas de le consigner, il sert à montrer que
122 LES CBIMES DU DEUX D^CEMBBE.
Le général Forey n'a pas même su conserver, dans l'accomplissement de sa tâche, les façons d'un homme qui se respecte. Il a commandé toute cette expédition avec un cynisme que n'oubliera aucun des témoins de la scène. C'est avec une brutalité inouïe et les menaces les plus grossières que l'on obligea les représentants à évacuer la salle. Dans la cour, on leur fit encore subir l'humiliation d'attendre, plus d'une demi-heure, le nom de la prison qui s'ouvrirait pour eux. On voulait d'abord les traîner à Mazas, mais le trajet sembla trop longj Paris pouvait ne pas voir sans émotion cette chai/ne de représentants conduits a la geôle. On se consulta de nouveau. Enfin, au bout d'ime demi-heure, l'Assemblée, enveloppée par quatre rangs de soldats, fiit diris^ée sur la caserne du quai d'Orsay, à peu de di;ta..ce de U mairie du 10- arronLement. Le général Forey était à la tête du convoi.
En voyant passer les représentants arrêtés, la population se borna à crier : " Yive l'Assemblée, vive la République, vive la Constitution!..." l'Assemblée était perdue. Quelques uns même de ses membres le jugèrent ainsi, car, à quatre heures et demie, MM. Valette, Victor Leô'aiic et Bixio vinrent eux-mêmes, de leur propre volonté, se constituer prisonniers avec leurs collègues. Les agents des conspirateurs auxquels ils se livraient ne voulaient pas d'abord les recevoir. " J'ai pourtant deux titres à être arrêté, fit observer M. Valette; je suis représentant et, de plus, professeur de droit." Les Français ont de l'esprit jusqu'à la mort.
Deux cent trente-deux représentants se trouvèrent détenus le soir à la caserne du quai d'Orsay. Nous avons dit plus haut quel fut leur sort.
tous moyens étaient bons aux sontenenrs dn paijore pour se concilier les sympathies de la troupe. Nous n'entendons pas dire qae Ton gagne Tarmée avec des petits verres, mais nous disons qae, les hiérarchies militaires étant données, les soldats qui viennent de boire avec leur général en sont très fiers, qu'ils le rapportent à leurs camarades, que tons trouvent le général, "un bon garçon," et obéissent alors plus facilement a ses ordres.
RÉSISTAyCE DE L^ASSEMSLÉE. 123