‹ Histoire des crimes du deux décembreChapitre 18 sur 60 · VI · texte numérisé non relu

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En province, on n'a pas moins prodigué le canon, on n'a pas observé avec ime ponctualité moins sauvage le mot d'ordre : fusiller. Les chefs avaient été bien choisis ; ils ont tous fait ce qu'on attendait d'eux, et, en vérité, l'on peut s'étonner qu'il y ait tant d'hommes cruels en France.

Citons :

" Les insurges (en province comme à Paris, les révoltés du "2 décembre affectent de donner ce nom, qu'eux seuls "méritent, aux citoyens armés pour la défense des lois,) " les insurgés, à deux kilomètres de Crest (Drôme), furent " aperçus se déployant en longues files à droite et à gauche " do la reconnaissance ; leur nombre n'était pas moindre de " dix-huit cents à deux mille, et l'on distinguait parfaitement " leurs cris, leurs menaces. Deux coups cCohusiery qui por- "tèrent juste, les arrêtèrent d'abord. Mais la fusillade

"s'engagea bientôt, et deux chevaux de la pièce furent " blessés. Ces forcenés s'avançant avec une grande résolu- " tion pour tourner la position, le commandant ordonna la " retraite et fit occuper fortement mie barricade formant ''tête de pont sur la Drôme, et où la pièce de huit se " tenait prête à agir.

" L'ohisieT fiit placé sur le quai intérieur de la ville, de "manière à battre la route qui, à une longueur de cent "mètres, débouche sur la Drôme, perpendiculairement au " quai. Les défenseurs des autres ouvrages sur le périmètre " de la ville, occupèrent aussi les points assignés, et tous se " tinrent prêts à bien feire leur devoir.

" Au bout de vingt minutes, mie colonne é^msurgés se " présenta bien unie, et s'avançait en masse compacte pour " déboucher sur la petite place où était située la première " barricade formant tête de pont. L'obusier fit feu, et la " mitraiUe tirée tout a/uplus à deux cents mètres fit ungra/nd " effet. On vit tomber un grand nombre d'ennemis^ et, à " compter de ce moment, la route fut évacuée, et aucune " bamde n'osa plus s'y montrer. "... Mais d'autres masses Sm- " surgîs avaient gagné les bords de la Drôme et s'avançaient " résolument sur la digue. Vobusier fut alors dirigé de ce "côté, etc." — {Rapport du général Lapène, 13 décembre) (1)

" A Yilleneuve-sur-Lot, M. le sous-préfet, Yesine-Larue, " n'a pu contenir la municipalité, qui s'est ruée tout en- " tière sur la sous-préfecture, et a contraint ce magistrat à " s'adjoindre une commission de dix membres pour admi-

(1) Faisons remarquer ici que les militaires, qui reprochent tant au peuple " la guerre des barricades et des fenêtres," (tout en construisant des bastions et des meurtrières pour résister aux ennemis du pays) ne se refusent jamais ni les barricades, ni les fenêtres quand ils peuvent s'en servir. Le rapport du général Lapène suffirait seul à bien fixer le lecteur sur ce point. Toutefois, voici un article du Totdonnais (10 décembre) qui sert à confirmer notre observation :

" Le plan des insurgés était de faire un coup de main sur la Pré-

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" nistrer rairondissement. La municipalité de Villeneuve " est rouge entièrement. A peine cette fâcheuse équipée " était- elle connue, que M. le préfet a mandé à M. Yesine- " Lame Tordre de faire fusiller les mv/nicipaux qui vcyur " d/raient ^immiscer dot/m V administration pou/r t/routHer le " pays. Cet ordre a rameniê le calme.** {Jcmmal de Lot-et-Garonne, 10 décembre.)

"... Les insurges de Clamecy envoyèrent des pa/de- " meniaires qui ne furent point écoutés, et des édavreurs " qui furent saisis et pusillÉ3. Ils se décidèrent alors à " attaquer la troupe, etc." {Patrie, \5 décembre.)

" On écrit d'Aups, 12 décembre : Les révoltés ont fui à " travers champs, et les 100 cavaliers qui marchaient avec " Tinfenterie les ont poursuivis et en ont fait un " GRAND MASSACRE. Sur les routcs de Lorgnes, Saleme, " Tourtour et Aups, on a vu plusieurs cadavres diinsvjrgés. " La colonne a fusillié presque tous les rebdles qu'elle " A rencontrés. Les troupes se trouvaient à peu de distance " d'Aups, lorsqu'elles aperçurent un homme à cheval, qui, en " les voyant, partit au grand galop. Les cavaliers s'élan- " cent à sa poursuite, l'atteignent, et reconnaissent en

fecturc à Draguignan, comme cela est arrivé à Digne, mais les préparatifs formidables de défense qui ont été faits aux abords de la Préfecture les ont détournés de ce projet, et, tournant Draguignan, ils se sont portés sur Lorgnes, puis de là, par Flayosc, sur Aups, sans que la colonne partie de Toulon soit parvenue à les atteindre.

La Préfecture a présenté pendant plusieurs jours V aspect d^une forteresse; des barricades gardées "par le 50* de ligne^ sous le commandement du chef de bataillon Monguin, avaient été élevées à Textrémité de toutes les rues qui aboutissent à la préfecture, depuis cet hôtel jusqu'à la hauteur de la prison ; les maisons qui commandent l'arrivée " de Trans et ces diverses rues avaient été occupées militairement.

" Une compagnie du 8" de ligne, sous le commandement du major " Zaccone, stationnait derrière la grille dans la cour de l'hôtel, dont " toutes les fenêtres étaient également garnies d^ hommes armés**

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" lui une estafette qui allait annoncer aux insurgés leur ** arrivée. La prendre et la fusiller fut V affaire éTun ^^vnstamJtr {MonUewrj 17 décembre.)

" Marseille, 12 décembre : Toutes les nouvelles reçues " des colonnes expéditionnaires, dans les Basses- Alpes et le " Yar, sont des iUxi^s favorables ; partout où elles rencontrent " les bandes cTinsurgés, elles les attaquent, les dispersent, et " PASSENT PAR LES ARMES toits ceux qui sont pris les armes '' àla mainr (Le Gonstitutiannel, 16 décembre.)

" Informé, à minuit, par un gendarme qui avait essuyé " une décharge, qu'il y avait, à un kilomètre d'Avignon, " un rassemblement qui attendait les bandes d'Apt, j'en- " voyai un piquet d'infanterie et de cavalerie pour les " disperser. Le chef reçut l'ordre de fusiller tout

" individu pris les armes a la main Ayant appris à

" Lisle (près d'Avignon), qu'il y avait quelques ba/ndes " aux environs de Cavaillon, le commandant de France " alla les y chercher ; il en rencontra une près de Ca- " vaillon, il lui tua quelques hommes, reprit les drapeaux " enlevés à la mairie de Lisle, et fit fusiller deux ou " TROIS individus qui tombèrent entre ses mains.^^ {Rapport du général d'Ântist, 7 décembre. Patrie, 19 décembre)

" A Saint-Etienne, la colonne du commandant Vinoy a " fait également de bonnes prises ; huit individus, pris les ^' armes à la main, ont été fusilljés sans désemparer." {Patrie, 22 décembre).

" Kevers, 8 décembre : " Quelques troubles ont éclaté " à Neuvy, petite commune de l'arrondissement de Oosne. "Ils ont été réprimés avec énergie ; trois insurgés, pris les " armes à ta main, ont été fusilles. Tout est rentré dans " l'ordre." {Journal de Lot-^Ga/ronne, 1 1 décembre.)

Bornons-nous à ces quelques citations prises çà et 1

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dans les journaux de Tordre. Ce serait attrister inutilement le lecteiir que de les multiplier autant qu'on le pourrait. Celles-ci suflisent à montrer quelle exécrable guerre les décembriseurs ont faite à la France qui se soulevait partout contre eux. Ils n'ont point reculé devant des actes dont rougirait ime armée de Cosaques. Estafettes, éclalreurs, parlementaires, prisonniers, ils ont tout massacré impitoyablement, lâchement, contre les principes les plus vulgaires même des lois de la guerre. Et ils le publient, ils le signent !.... Par ce qu'ils révèlent, jugez de ce qu'ils croient devoir celer ! Yoilà ce que ces nouveaux Barbares appellent " rasseoir la société sur des bases solides et durables !...."

On voit la conduite des sauveurs; écoutons le langage des sauvés : " Espérons, écrit une modérée de Cuers à " son frère, espérons, mon cher ami, que la justice divine " insp/rera la justice humaine^ et que la France sera bientôt " délivrée de tous ces indignes citoyens. C'est, de l'avis de " bien estimables personnes, le seul moyen de rendre à notre ^' patrie le calme dont elle a besoin, et de la faire toujours " marcher à la tête des nations civilisées,^

Le Courrier du Havre a trouvé ces vœux si pieux et si touchants qu'il s'est empressé de les publier dans son numéro du 13 décembre*

Le soif du sang éclate mieux encore dans une lettre de Marmande, signée Pasquier, publiée par Y Estafette du 14 décembre :

" Au moment où nous traçons ces lignes, nous entendons " le tambour ; ce sont de nouvelles colonnes de paysans " qui arrivent dans notre ville, et qui vont inmiédiatement '^ se ranger en bataille dans les cloîtres de la sous-préfecture. " On remarque avec émotion et enthousiasme M. le Maire " et M. le Guré de Cov/rdrot, fusU en main, en tête de plus "de 300 hommes.

" Bein n'est plus curieux et plus significatif que l'arme-

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" ment de quelques uns de ces bons campagnards ; les " uns portent des fourches, des faulx ; les autres sont armés ^^ de serpes emmanchées et de broches ; tovi ce qui peut "fendre, couper, haclier, percer, lewr est bon, disent-ils, pour " anéamJtir les démagogues et les piUcMrds ! Aussi, comme "nous sommes disposés à les seconder."

Ainsi parlent les modérés qui nous qualifient chaque jour de buveurs de sang.

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