EN JACQUERIE
Il y a longtemps que les amis de Tordre de toutes couleurs ont organisé un bien coupable système de calomnies pour perdre les républicains dans l'opinion publique. Us nous représentent avec une persévérance acharnée, comme des hommes de désordre, de sang et de rapine. La fameuse réunion de la rue de Poitiers a dépensé 500,000 ou 600,000 francs pour répandre les œuvres de cette infernale conjuration du mal, qui ne s'arrête point à la France. Il est convenu qu'il ne se commet pas un crime en Europe qu'on ne doive l'attribuer à la démagogie, ce qui veut dire, dans le langage des rétrogrades, à la démocratie. Au commencement de Janvier les journaux napoléoniens, en province et à Paris, ont publié la note suivante :
" La Savoie parait fortement travaillée par les menJees insensées de la démagogie, A Aix-les-Bains, il y a eu dans la nuit du 1®' au 2 janvier des tentatives d'incendies, qui ont été heureusement aperçues à temps. Le feu avait été mis à des amas de matières combustibles attenant à une maison.
" Quelques jours auparavant des lettres anonymes, renfermant des menaces di/ncendie, de pillage et de guillotine^ étaient parvenues à divers habitants.
" Des arrestations ont été faites. On dit aussi que la
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caisse publique de Montiers a couru des dangers^ et que des troupes y ont été dirigées pour empêcher un commence- Tuent DE JACQUERIE de ce côté-là."
Plus il y a de précision dans ces nouvelles, plus elles sont condamnables, car tout y est faux depuis le premier jusqu'au dernier mot. Cest la Gazette officidie du Piémont elle-même, qui se charge de donner im démenti à la presse des mitrailleurs :
"Nous sommes autorisés à déclarer, dit-elle, que les bruits répandus par le Courrier des Alpes relativement à des tentatives de pillage et d'incendie, qui auraient eu lieu dans certaines provinces du Piémont et notamment dans la Tarentaise, sont dénués de fondefnwnt^
Autre exemple : La reine d'Espagne est frappée par un assassin. Aussitôt le Constitviionnd et la Patrie imputent le crime à la démagogie. Il s'est trouvé que le meurtrier ^ était un prêtre. Nous avons d'autant moins dessein d'en tirer avantage que, malgré l'étonnant courage de cet homme, son crime est inexplicable; mais quelle déloyauté n'y a-t-il pas à attribuer de la sorte aux républicains jusqu'au mal commis par des hommes attachés au cœur même du légitimisme.
Les meneurs du 2 décembre ont continué à exploiter la peur en fex;e de la résistance qu'a trouvée partout leur insurrection ; ils ont crié au meurtre, au pillage, au viol, sans excepter Paris de ces détestables répétitions. H importe de citer quelques passages des journaux intimes de l'Elysée pour rappeler quels genres d'arguments ces honnêtes gens ont à leur disposition, et dans quel style il les expriment. Ecoutons d'abord la Patrie du 9 décembre :
" Une horrible et va^ste jacqtierie était organisée dans la France entière. Toutes les correspondances saisies, tous les interrogatoires subis attestent qu'un pillage universel ET qu'un éooRGEMENT GENERAL devaient signaler, en 1852,
LA PBETËNDUE JACQUEBIE. 321
rexpiration des pouvoirs du Président de la RépubKque. Témoins des ftinestes divisions et des folles haines de l'ancien parti de Tordre, les hommes de sang et de cupidité qui ontjv/ré la ruine de la société, se réjouissaient, dans le secret de leurs conciliabules, de cet affaiblissement des forces conservatrices. Pareils au tigre qui guette sa proie pour la dévorer, ils attendaient l'heure de l'action avec patience, parce qu'ils croyaient que leurs victimes ne pourraient pas leur échapper, parce qu'ils croyaient que le moment viendrait infeiUiblement où ils n'aiu:aient qu'à vouloir pov/r se pa/rtager les dépouilles des riches,^^ Signé : CjésANA.
Voici maÎDtenant un spécimen de ce que le Oonstitutionnd répète tous les jours (13 décembre) :
" Au milieu des plus grandes merveilles de la civilisation la plus avancée, la plus préoccupée du bien-être de tous, le génie du mal semble protester contre ce nouvel essor de l'intelligence humaine, pour nous ramener aux temps de la barbarie la plus reculée.
" Le socialisme et la jacquerie, surpris, déroutés par les mesures du 2 décembre, et croyant à tort, sur quelques points de la France, pouvoir se montrer et agir tête levée, viennent de se livrer aux massacres, cm vicl, aux plus atroces crucmtés. Le socialisme et la jacquerie viervnent d^inventer de nouvecmx et dinexpiUcoMes supplices. Honnêtes gens, représentants et défenseurs de l'ordre et de l'autorité publique, inoffensifs propriétaires, et enfin /iwç^'à des femmes et à des enfomts, tous ont vu se lever sur leur tête les armes de ces implacables bourreaux." Signé : Vj^ron.
La Presse, abandonnée à M. Bonaparte, s'est mise aussitôt au diapason de ses devanciers (15 décembre) :
" Ce qui ne s'est vu que rarement, ce qui est le propre des générations profondement gangrenées, c'est que l'idée, vraie ou fausse, disparaisse de la bannière arborée par les insurrections pour faire place aux plus hideux appétits.
C'est que, le pillage, le viol, Vassassmat, tout ce qui est réputé crime et inf a/mie dcms la conscience uni/oersdle, deviennent le moyen et le but des révolutions que Von tente; c'est que des hordes sauvages puissent se ruer au sein du foyer dômestique, y voler le fruit de Vépa/rgne, y somUer lafevrvme, Y MASSACRER LES ENFANTS, SOUS prétexte de résistance A L'AUTORiné ETABLIE. La guerre civile, si douloureuse qu'eUe soit, a quelques fois sa grandeur. Mais ce n'est pas la guerre civile que nous voyons dans ce moment. C'est quelque chose qui n'a heureusement pas de nom, et qui na mJérite aucun pitié /" Signé : Perrodeau.
Les journalistes tarés n'ont pas seuls tenu cet infême langage, c'était im mot d'ordre: tous les fonctionnaires qui voulaient se faire bien venir des insurgés victorieux, l'ont répété ; ainsi, ce loyal recteur de l'académie de la Haute-Saône qui a trouvé moyen de dire, dans une circulaire aux instituteurs de son département :
"Partout où les démagogues ont pris les armes, les scènes les plus hideuses se sont passées. Le vol, Vvncendie, Vassassinat, voilà par quels actes se sont signalés les misérables qui rêvaient l'asservissement de notre nation. Des soldats massojcrés et torturés, des femmes livrées aux derniers outrages, des enfants jetés vivants dans les flammes, voilà leurs exploits d'aujourd'hui. Jugez de ce qu'ils eussent fait, s'ils avaient eu le temps de couvrir la France du réseau de leurs machinations ténébreuses." {Mwdtewr du 21 décembre.)
Les termes manquent pour stigmatiser d'aussi abominables discours. Où la haine la plus invétérée îmaginat-elle jamais des accusations plus repoussantes, plus impossibles? Notre cœur se soulève à y penser. Que dirait de la France le monde entier, si la délirante exagération de ces horreurs n'en était la meilleure réfutation ; s'il était possible de croire à cet amas de viols dont l'image
seule fait frémir ! Journaux, circulaires, livres et réquisitoires impérialistes ont été fort prodigues de cette exécrable accusation de viol sur tous les points où la légalité a un moment triomphé. A les entendre, il n'est pas d'ouvrier ni de paysan en France qui ne soient prêts à se porter sur les femmes aux derniers excès. Le livre que l'Elysée a fait publier sur le 2 décembre, celui de M. Mayer, le défenseur des bonapartisades des boulevards, l'avocat des tueurs de femmes et des transporteurs d'enfants, est tout dégoûtant de ces prétendus excès, racontés avec des injures ignobles pour les socialistes. Honte à ces détestables menteurs ! Ils ne parleraient pas si facilement de viol, si leur profonde immoralité ne les empêchait de comprendre que c'est le crime le plus révoltant, le plus lâche, le plus hideux qui se puisse commettre.
Ils savent, cependant, que te respect des femmes est un des sentiments les plus chers à notre grande et chevaleresque nation ; aussi, s'attachent-ils toujours à reprocher aux républicains d'y manquer. Les femmes, grâces au ciel, ne croient point à ces infamies, et leur attitude nous venge suffisamment. Personne, aujourd'hui, ne l'ignore : au milieu de l'étrange torpeur où est tombée la France, c'est parmi elles que les Barbares du 2 décembre trouvent leurs plus persévérants adversaires.
Quiconque ne s'est point prosterné devant le parjure a été présenté sous les mêmes couleurs. Les représentants du peuple eux-mêmes n'ont pas échappé à ces misérables imputations. Eux aussi excitent au pillage et à la dévastation ! — Le 4 décembre, le Conslitutionnd disait à Paris : " Cependant, le préfet de police avait été informé " que cent-^ngt des ex-représentants montagnards, réunis " partiellement dans la nuit, avaient rédigé vue procla- " mation qui rCétait qiCune excitation au pillage et à la " destruction des propriétés ; il a pris des mesures efficaces " pour en empêcher l'impression et l'affichage. Des agents
324 LES CRIMES DU DEUX DiéCEMBRE.
" fermes et intelligents, appuyés d'une force militaire im- " posante, ont été placés dans les directions signalées ; la " proclamation des Montagnards ne s'est pas montrée'* Le procédé est délicat et la chute jolie : les Montagnards avaient rédigé une proclamation qui excitait au pillage, mais la police veillait et la proclamation ne s'est pas montrée! Pourquoi donc ne s'est-elle pas montrée ? Est-ce un reste de pudeur ? Puisque l'écrivain de police faisait tant que de la supposer, il ne lui aurait pas coûté beaucoup plus de la rédiger et d'y mettre notre signature à tous.
Dans le Pays, M. Laguéronnière, qui disait fièrement les premiers jours : " Je renonce à écrire puisque la presse n'est plus libre," a repris la plume, le coup une fois réussi, et l'un de ses premiers gages donnés aux conquérants a été de dénoncer " une société qui avait pour objet d'assassiner le Président." Une société se formant pour assassiner un homme ! En vérité, c'est trop de niaiserie !
M. Mayer a cependant trouvé quelque chose de mieux: "Dans une réimion présidée par les membres de la Montagne, dit-il, et qui se tint tout près de la barrière du Trône, deux cents fusils ftirent distribués et un projet de gouvernement provisoire mis en discussion. On agita penda/nt une heure la question (^assassinat du Président de la République, qu'on abandonna pour cause d'impossibilité physique, disent les uns, et pour ne pas se déshonorer par un assassinat, disent les autres. Quelques ateliers, où des tentatives d'embauchage avaient été inutilement essayées dans la journée, ftirent signalés 'à la justice du peuple.' Un des décrets projetés par cet embryon de comité de salut public portait : * Le suffrage universel est provisoirement suspendu; les élections ne se feront qu'au rétablissement de la paix.' La peine de m</rt était rétablie, et Paris devait avoir un tribunal révolutionnaire par arrondissement." {Histoire du 2 décembre, page 125.)
Le sang que ces hommes cruels ont répandu, leur monte au
cerveau et leur trouble la raison. Voyez! M. Mayer rassemble les projets les plus infâmes pour nous rendre odieux en nous les attribuant, et, sans j penser, il énumère précisément ceux que ses patrons ont réalisés. — Le suffi:age universel ! Ils l'avaient suspendu de complicité avec les burgraves, ils en ont fait depuis un ridicule simulacre. — Les tribunaux révolutionnaires ! Ils en ont couvert la France sous le nom de conseils de guerre, commissions mixtes, etc. — Le rétablissement de la peine de mort ! Nous aurons à citer des centaines de condamnations à mort, prononcées par les juges militaires, pour faits de guerre civile. L'Europe a appris avec horreur que les monstres du 2 décembre avaient redressé l'échafaud politique et bonapartisé Charlet, paysan au cœur plein de générosité ! Charlet, un des plus nobles enfants de la France !
Et ces hommes cruels viennent déclarer ensuite que les membres de la Montagne ont mis en délibération "la question d'assassinat de M. Bonaparte !" Par la valeur de cette révoltante absurdité, débitée à Paris, en plein jour, en face d'hommes dont les caractères sont connus, dont les actes forent publics, on peut juger ce qu'il y a de vrai dans toutes les atrocités de la prétendue jacquerie des départements.
Une fois ce filon de la jacquerie découvert, le parti du crime l'a fouillé avec une fureur qui rappelle les beaux temps de la rue de Poitiers. Pas un château qui n'ait été saccagé, pas xm presbytère qui n'ait été dévasté. Malgré la terreur qui ne permettait pas de contredire les assassins, ils ont reçu quelques démentis d'autant plus significatif qu'on courait certains risques à rétablir la vérité. Nous croyons utile de rapporter ceux qui sont arrivés à notre connaissance ; cela peut servir à édifier l'Europe sur ce qu'il faut croire du reste.
" Le pillage du château de M. de Dalayrac, à Saint-
326 LES CBIMES DU DEUX DlÉCEMBRE.
" Jean-de-Gard, le sac du château de M. de Larcy, à " Saint-Chaptes, sont démentis. (IJ Opinion jmUiqiie, 18 décembre.)
" M. de Lamartine a adressé la lettre suivante à Vas- ** seniblée nationale :
" Monsieur,
" Je lis dans votre journal les lignes suivantes :. ' On " écrit de Mâcon, 7 décembre, que M. de Lamartine, voyant "l'émeute s'approcher de Monceaux, a feit requérir des " forces militaires pour protéger sa résidence. L'autorité " s'est empressée de déférer à sa prière.'
" Ces faits sont complètement inexacts.
" Ni le château de Saint-Point, que l'on disait avoir été
" saccagé et incendié, ni le château de Monceaux, résidence
" actuelle de M. de Lamartine, n'ont été l'objet d'aucune
" menace, ni d'aucune violence. M. de Lamartine n'a ré-
" clamé la protection d'aucune force publique.
" Recevez, etc.,
" Lamartine.
"Monceaux, 12 décembre 1851."
ÇU Union, 18 décembre.)
On sait tout ce qui a été débité sur Poligny; c'est un
des points où les ogres du socialisme ont mangé le plus de
chair fraîche. Une lettre insérée dans l' Union francom-
toise par le curé de cette ville, donne la vraie mesure de
ces contes féroces :
"Poligny, 11 décembre 1851.
" Monsieur le rédacteur,
" Dans le numéro de votre journal du 9 courant, vous " publiez un extrait de la Sentinelle du Jura, dans lequel " vous faites mention d'orgies hachiqvss commises à la cure " de Poligny par les insurgés, dans la matinée du 4.
" Pour ne pas aggraver, contre les règles de la justice, la " position des inculpés, je proteste contre l'inexactitude de " l'article précité en ce qui concerne la conduite des insur- '^gés à la cure.
" A la vérité, quelques-uns d'entre eux m'ont prié, dans " la matinée du 4, de leur donner quelques litres de vin ; " mais ils l'ont fait d'une manière honnête, et ils n'en ont " pas bu une goutte à la cure.
" Je dois ajouter qu'au milieu des désordres affligeants " dont notre ville a été le théâtre, ni leurs auteurs, ni leurs "complices n'ont fait la moindre manifestation, ni la " moindre insulte contre la cure, ni contre aucun des mem- " bres du clergé de cette ville! Je vous prie d'insérer ma " réclamation dans votre plus prochain numéro. " J'ai l'honneur, etc.,
" Crétenet, Curé."
{JjUrdon, 18 décembre.)
Cette lettre, qui n'est certes pas écrite par un ami des insii/rgés ni de leurs complices, bien qu'elle parte d*im homme loyal et courageux, a tm intérêt particulier en ce qu'elle nie formellement que la moindre insulte ait été faite ni à la cure ni aux prêtres. D'un autre côté, Y Echo du Midi a été forcé de convenir, dans son numéro du 1 3 décembre, que l'assassinat de l'abbé Cavalié, à Béziers, attribué avec tant d'éclat aux Jacques, était un crime tout privé, issu d'une discussion d'héritage. — Nous ferons simplemeiit remarquer, à ce propos, que les histoires de prêtres maltraités, volés, assassinés; de presbytères dévastés, saccagés, incendiés, tiennent une grande place dans les élucubrations diffamatoires des décembriseurs. Cela devait être. Elles répondent au troisième terme de la formule stéréotypée contre les républicains, ennemis de la propriété, de la famille et de la religion.
Ennemis de la famille ! Yoici une des fables inventées pour le prouver. Si grande que soit notre répugnance à reproduire ces indignités, il faut que l'on ait une idée complète de la moralité d'une telle polémique : " Les chefe de la "jacquerie de Poligny se sont hâtés de passer la fix>ntière " et de se réfugier en Suisse. Le mouvement avait été
" organisé par un démocrate socialiste, dont le premier acte " a été défaire emprisonner son père et son frère. Cet " apôtre des vertus socialistes et de la fraternité a quitté la " France."
Les apôtres de la famille ont, en vérité, d'abominables moyens de la défendre. H n'est pas un mauvais sentiment de la nature bumaine qu'ils ne mêlent à leurs calomnies ! Tous ces cbroniqueurs de bonté et de faussetés sont allés si loin, que, malgré leur efl5:onterie babituelle, ils ont dû se rectifier eux-mêmes sur quelques traits particuliers. Ceux de la Patrie, après avoir accumulé pendant deux jours une montagne des crimes ordinaires aux socialistes : meurtres, pillage, viols, etc., qui auraient été commis à Capestang, se sont vus obligés de confesser que tout était faux (numéro du 13 décembre). Nous ne concevons pas, du reste, qu'ils n'aient pas l'babileté de se donner plus souvent le mérite de ces redressements. Même ainsi désavouées, leurs coupables impostures ne laissent pas que de produire encore de fanestes effets. Le poison une fois inoculé laisse toujours des traces.
• Entrons dans les détails, à propos de Joigny, pour Êdre voir comment ces bonnêtes gens pratiquent la vérité. Ils disaient {Patrie, 8 décembre) : " J^horribles forfaits ont " été commis à Joigny. Le curé, le maire, le sous-préfet et ^^ pliLsiev/rs gendarmes ont été lÂch&ment massacrés, sans "qu'il se soit trouvé une poignée d'bommes assez éner- " gique pour empêcber ces assassinats.^' Le lendemain, 9 décembre, le sous-préfet écrit au véridique journal de l'Elysée : " Pas ime goutte de sang n'a été répandue à Joigny. " La vie de personne n'a été menacée, toute tentative de " désordre eut été promptement réprimée par la gendar- '* merie et les bons citoyens, qui, à la première nouvelle des " événements, se sont armés et sont venus se mettre à la " disposition des autorités. Signé, le sous-préfet: D'Avésié "DE Pontes."
Comment croire que le bruit de tant "d'horribles forfeiits," si minutieusement détaillés, soit venu d'une ville où il n'y pas même eu l'ombre d'une résistance quelconque? Mais qu'importe l'apparence de la probabilité aux élèves de Basile, pourvu qu'ils agitent le drapeau sanglant de leurs impostures. Est-ce qu'ils n'ont pas affirmé de même avoir vu de leurs yeux, gisant sur le sol, les cadavres mutilés de fonctionnaires qui font, à cette heure, les beaux jours du .2 décembre? Lisez le Journal de Lot-ei-Gaironne du 12 décembre 1851 : "Sur la route, le sous-préfet, M. Paillard, " que l'on emmenait prisonnier, a été tué à coups de crosse " et de fusiL Nous avons lu hier une lettre écrite par une " personne qui avait vu le cadavre de cette victime gi- " sant swr la route,^ On sait que M. Paillard est si bien vivant qu'il a chargé ses ennemis avec fiireur... devant les conseils de guerre.
Chaque événement servait de texte aux apologistes des décembrisades pour broder les histoires les plus épouvantables que leur malfaisante imagination pût créer. Nous avons donné plus haut (page 259) les détails de la mort du gendarme Bidan, à Clamecy. Certes, la vérité est assez triste pour n'avoir pas besoin d'être amplifiée. Eh bien ! les diffamateurs de la France ne s'en contentèrent pas. Us firent plusieurs versions renchérissant d'horreur les unes sur les autres, et leur presse les colporta partout pour en épouvanter les crédules. C'est ainsi que le Journal de Lotet-Ga/rowne (16 décembre) emprunte au Messager de Moulins du 12 les lignes qu'on va lire : " Un gendarme tombe " entre les mains des bandits de Clamecy; on délibère sur " le genre de mort qu'on lui fera subir, et Ton se décide, " enfin, à l'attacher sur une échelle. On lui ouvre le ventre " dont on fait sortir les entrailles, et une da/nse infernale a '* lieu autour du malhewreux supplicié, avec l'aide de quel- "ques affreuses mégères, dignes compagnes de pareils " anthropophages."
Les hommes qui ont frappé le pauvre gendarme Bidan de la même manière que les soldats percèrent de coups le blessé de la barricade Montorgueil (voyez page 207) ont été jugés; l'un d'eux a été tué juridiquement, le 30 jmllet, à Clamecy. Or il est constant qu'il ne s'est pas retrouvé un mot, xm. seul mot, du récit du Messager dans les faits imputés par le ministère public aux accusés. L'échelle, le corps nu, le ventre ouvert, les entrailles arrachées et exposées, la danse, les anthropophages; de ces hideux détails tout, tout est faux!
n est donc avéré, judiciairement avéré, que le Messager de Moulins a, de propos délibéré, forgé tm crime monstrueux, afin de l'imputer aux socialistes ! Y a-t-il au monde une action plus lâchement déloyale? Ne faut-il pas être méchant jusque dans la moelle des os pour trouver en soi la veine de pareilles inventions, et pour en verser l'horreur sur ses ennemis!...
Nous espérons que le public de bonne foi, en voyant les créateurs de là, jacquerie si souvent pris en flagrant délit de mensonge, leur retirera toute créance.
Venons maintenant à xme autre atrocité des Jacques, celle qui a le plus révolté l'opinion publique si indignement trompée. L'historiographe de l'élu des paysans, M. Mayer, qui a bourré son livre de tous les crimes dont on a voulu souiller la première participation des paysans, "des Jacques," à la vie politique, répète ceci :
" Les atrocités commises par les insurge sur les agents " de la force publique tombés entre leurs mains sont à peine " croyables, et laissent clairement entrevoir le sort que ces "nouveaux Jacques nous réservaient, si la résolution et " l'énergie de Louis Bonaparte n'étaient venues renverser " leurs coupables espérances. A Sainte-Bazeille, le brave " Grardette, jeté par un coup de feu à bas de son cheval, est " saisi par les hommes de MM. Yergnes et Peyronny, Iwrdé " à coups de baïonnette, et on commençait à lui scier les poi-
LA PBéTENBUE JACQUERIE. 331
''gnets, lorsqu'un retour agressif des gendarmes a mis en "fuite cette horde de sauvages." (P. Mayer, Histoire du 2 Décembre, page 246.)
Trois hommes ont comparu devant le conseil de guerre de Bordeaux, pour les faits de cruauté dont le gendarme Gardette aurait été l'objet.
L'acte d'accusation ne dit pas v/n mot des poignets sdésf
" Cabeau est accusé d'avoir dirigé un coup de baïonnette " contre Gardette, Prévôt de lui avoir porté des coups de " sabre, Plazanet des coups de broche."
Pendant tous les débats, il n'est pas une seule fois question des poignets; aucun témoin n'en dépose. Gardette, heureusement, n'est pas moirt ; il est venu à l'audience avec ses poignets, ni tout-à-fait, ni à moitié sciés. Le Journal de Loiret-Ga/rorme, après avoir rapporté textuellement le commencement de sa déposition, l'interrompt par une analyse où il introduit les poignets sciés, puis il lui rend la parole ! C'est un vrai tour d'Escobar. H est clair que Gardette n'a pas parlé de ses poignets, mais que le journaliste inventeur de l'atrocité persiste à la rappeler pour n'en avoir pas le démenti. Le fait se réduit à ceci, qu'un des Marmandais, voulant s'emparer du sabre de ce gendarme, prit un couteau, et coupa la dragonne qui retenait encore l'arme au bras du blessé. L'afl5:euse assertion des poignets sciés demeurera, comme un témoignage de plus de l'infâme déloyauté des décembriseurs, à côté des femmes sciées en deux dont le Constitutionnd remplissait ses colonnes pendant les journées de juin 1849.
Des troia accusés, l'un, Prévôt, a été acquitté ; être acquitté par un conseil de guerre bonapartiste, c'est être deux fois innocent. Le second, qui nie énergiquement et contre lequel ne s'élève aucxme preuve, a été condamné, mais avec circonstances atténuantes ; donc il est innocent. Quant à Plazanet, c'était un homme atteint d'aliénation mentale ; les gardiens mêmes de la prison en déposent. Il
332 LES CRIMES DU DEUX Dl^CEMBRE.
avait suivi la garde nationale, armé d'une broche, et il était si bien fou qu'après avoir blessé le gendarme, il se mit tranquillement à la suivre dans la maison où il fut transporté, et là se vanta de son action ou plutôt s'accusa lui-même.
De ce que nous venons d'exposer, il résulte encore, il est vrai, que deux blessés, l'im à Clamecy l'autre à Marmande, ont été frappés. ..l'un par un fou, l'autre par un épileptique. Mais il reste aussi bien prouvé, irréfutablement prouvé, que les circonstances de férocité dont la presse réactionnaire avait entouré ces actes et fait tant de bruit, sont de purs et exécrables mensonges.
L'Eiux)pe nous jugera tous, elle jugera l'attaque et la défense dans le guet-à-pens de Décembre, et à côté des fidts complètement isolés, complètement individuels de Marmande et de Clamecy tels qu'ils sont en réalité, à côté même de ceux de Bédarieux, elle mettra le blessé de la barricade Montorgueil, recevant à terre onze coups de baïonnette, eUe mettra le malheureux Berger abattu d'un coup de carabine sur le Pont-Neuf et jeté tout vivant dans la Seine, elle mettra la femme Aisillée au milieu de Paris, elle mettra les tueries sauvages des boulevards, eUe mettra les trente cadavres d'hommes inofiensifs couchés sur l'asphalte devant .Tortoni par le colonel Rochefort, elle mettra le massacre des prisonniers impitoyablement organisé sur toute la surface de la France, elle mettra l'écha&ud de Cirasse, de Cuisinier, du noble Charlet, et elle dira qui, des républicains ou des bonapartistes, éprouvent le plus la sainte horreur du sang répandu. Nous attendons en paix son jugement et celui de l'histoire.
Quand rien ne peut servir de texte aux insulteurs de la nation conquise, ils présument le mal pour épouvanter leurs bénévoles lecteurs. Ainsi la Patrie du 15 décembre s'exprimait en ces tenues sur la présence des constitutionnels à Digne : " Un de nos correspondants nous écrit que la " ville entière frémit encore d^épcuvomte à l'idée des mal-
" heurs qui awraieni fondu sur elle, si rinsurrection en fût "restée maîtresse pendant vingt-quatre heures de plus. " On pcwlcdt déjà d'arrêter les prêtres, de dépouiller les " églises, et de partager entre les insurgés les jeunes femmes " et les jeunes filles."
" On pa/rlait déjà^^ etc. L'écrivain sait parfaitement que ce qu'il dit est faux, mais l'impression générale reste. Il n'en veut pas davantage. Les défenseurs de la Constitution passent certainement, aux yeux de beaucoup de personnes prévenues, pour avoir dépouillé les églises à Digne et s'être partagé les jeunes femmes et les jeunes filles !
On remarquera la même mise en scène dans la note suivante de Privas :
"... Ce n'était pas certes pour soutenir la Constitution que " ce rassemblement s'était formé, ni pour réintégrer nos " ex-représentants montagnards dans la jouissance de leurs "vingt-cinq francs par jour; c'était uniquement pour com- " mettre des tneurt/res et potMr piUer. Les armes dont ils " étaient porteurs et l'usage qu'ils en ont feit tout de suite "prouvent assez manifestement cette première intention. " Quant au piUage, ils ont commencé dès Chomérac à s'en "montrer avides, puisqu'ils ont arrêté etpiUé le courrier de " Privas à Montélimart à son passage."
Les mots meurtre et piUage reviennent qual/re fois avec un lugubre fracas dans ces huit lignes. A propos de quoiî De dépêches saisies. Mais alors il faut traiter de meurtriers et de pillards tous les militaires qui, en campagne, se servent de leurs armes et saisissent les estafettes de l'ennemi.
Citons deux derniers exemples des hideuses multiplications que l'on a faites du verbe jt>iZZer et du substantif ^i^ loge: "Dans l'audience du 20 janvier, dit leMoniteu/r, de- " venu le journal des mensonges officiels, dans l'audience du " 20 janvier du 2^ conseil de guerre, séant à Montpellier, " où se juge en ce moment l'affaire des troubles de Béziers, "le procureur de la République est entré dans de grands
334 LES CBIMES DU DEUX Dl^lEMBRE.
'^ détails sur rorganisation des sociétés secrètes.... Le ré- " cipiendaire jurait de poursuivre le but de la société 'pa/r "rassassinaty sans eoccepter celui de son père. On pro- " mettait le pillage aux affiliés choisis parmi les hommes qui "ne respectent rien. Le mot d'ordre, assez significatif, " était dans les journées du 3 et du 4 : Jacquerie, Beau- " coup de campagnards sont venus à Béziers avec des havre- "aacs et des sacs à Ué, da/ns Vintention depitter, La con- " signe était donnée de tirer su/r tout ce qui portait habit ou ^^ paletot
"Après ces détails exposés par Taccusation, l'audition " des témoins a continué sans incident remarquable."
De semblables choses ne se démentent-«lles pas par Texcès même de leur stupide monstruosité?
La République de Tarbes a dit, à son tour, le 16 décembre : " Les apôtres de la démagogie, pour entraîner les habitants " des environs leur promettaient deux heu/res de pillage à " Bagnères."
Les écrivains de la compagnie d'exploitation napoléonienne proclament donc qu'à Béziers les paysans sont venus au combat, non pas avec des armes, mais avec des sacs destinés à recueillir les fruits de la rapine, qu'à Bagnères on les croyait assez infâmes pour que la promesse de deux heures de pillage parût un moyen de les entraîner! Et il ne s'agit pas d'individus isolés^ il s'agit de populations nombreuses : " BeoAicovp de campagna/rds^* " les habitants des environs,^ O aveuglement des mauvaises passions! Ceux qui déshonorent à ce point les classes ouvrières et agricoles répètent tous les jours que lès paysans et les ouvriers sont bonapartistes ! Les bandits, les Jacques, étaient si nombreux, assure-t-on, que, sans l'héroïsme de M. Bonaparte, ils allaient dévorer la France. Et c'est du sufirage de ces myriades de scélérats qu'on prétend aujourd'hui tenir le droit de la gouverner!
Malgré leur attentive rouerie, les honnêtes gens se
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sont chargés eux-mêmes de sotiffler sur cette fantasmagorie des partageux et de la faire disparaître. Trouvant, un jour, avantageux de donner une amnistie pour les délits forestiers, ils ont motivé cette amnistie en ces termes :
" Considérant que les délits commis dans les forêts à " toutes les époques de commotions politiques ne se sont ^^pas reproduits lors des derniers événements," etc. (ifoniieu/r, 1 6 janvier.)
Est-ce clair? Pour la première fois, la province se soulève d'elle-même. Sur plus de cent points de la France le Peuple se rend maître de l'autorité insurgée, les gendarmes sont désarmés, et les préfets en fuite. On dit que c'est la jacquerie, la guerre des paysans contre les seigneurs, qui éclate au fond des départements ; et les forêts, ces joyaux de la grande propriété, sont plus ménagées qu'elles ne le furent jamais à aucune époque de troubles ! Il y a^ dans ime telle constatation, une inconséquence que les habiles ne pardonneront pas à son auteur, quel qu'il soit.
Un fait dont il n'a pas encore été parlé montrera quelle soif de pillage animait les Jacques. Villeneuve (Lot-et- Garonne) était en leur pouvoir. Ne pouvant rien faire seuls dans ce petit chef-lieu, ils attendaient le soulèvement des grandes villes du midi. Ils s'étonnaient particulièrement que Toulouse avec son Université ne s'ébranlât pas, lorsque leurs amis de cette ville leur donnèrent avis que, sur le point de prendre les armes, ils renonçaient à tout mouvement. — Pourquoi? Parce que les nouvelles, reconnues depuis tout-à-fait fausses, leur apprenaient que des paysans avaient pillé Auch! Nous tenons ce détail de MM. Phillips et Dubruel, aujourd'hui exilés comme deux des chefs de la résistance à Villeneuve.
Le sous-préfet de cette ville avait fîii; toutes les dépêches destinées à la sous-préfecture étaient ouvertes par le conseil-municipal et lues, ainsi que les jourxiaux, à
la population impatiente d'avoir des nouvelles. " Il fallait voir, nous dit M. Phillips, avec quel frémissement de généreuse indignation tout notre monde accueillait les épithètes de pillards, d'anarchistes, de Jacques appliquées à ceux qui s'étaient levés pour la défense de la Constitution. Je dois constater à ce propos, ajoute M. Phillips, que toute notre population démocratique, population ardente, qui rend aux réactionnaires antipathie pour antipathie, n'a pas, depuis le 2 jusqu'au 10 décembre, qu'elle est restée maitresse absolue de la ville, commis le moindre désordre, fait la moindre manifestation contre ses adversaires, ni même prononcé une injure contre eux."
En parlant de ce chef-lieu, il est bon de rappeler que le Journal de Lot-et-Garonne, du 5 décembre, disait : " A Villeneuve, la plus basse démagogie est maîtresse de la ville." Or, tout le conseil municipal était à la tête du mouvement, et la garde nationale tout entière s'était réorganisée spontanément pour le soutenir; enfin, les trois chefs les plus actifs de la résistance étaient MM. Brondeau, Dubruel et Phillips, trois des propriétaires fonciers les plus aisés du département. M. Dubruel était de plus, agentde-change, président du tribiinal de commerce, membre du conseil-général et ancien constituant; M. Phillips, ancien élève de l'Ecole polytechnique, était im ingénieur des ponts et chaussées, révoqué quelques mois auparavant pour cause d'opinions républicaines socialistes ! Tels sont les hommes que M. Paul Preissac, le préfet, dans sa circulaire du 17 décembre, proclame des scélérats/
Le journal de M. P. Preissac a vu, dans ce département du Lot-et-Graronne, des faits de jacquerie véritablement épouvantables. Ainsi, le 5, il racontait " qu'iine troupe de " deux mille hommes, portaM des sa>cs en cas de pillage^ " marcha sur Agen, piUant les/ermes, ne respecta/rU pas phts " la demeure du paysan que cèRe du bourgeois, et ioMan'damJt *' amc caha/rets; si bien qu'ils n'étaient plus que douze cents
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" lorsqu'ils firent halte à cinq kilomètres d'Agen. Une " reconnaissance ayant été poussée par le commandant de " gendarmerie, accompagné de trois Jummiea, cette vue frappa " de stupeur les douze cents hommes qui composaient encore " la hamde, ils se replièrent en arrière et ne tardèrent pas à " battre en retraite dans le plus grand désordre. Ainsi " s'est terminée cette tentative de jacquerie. Les troupes "et la gendarmerie ont été admiraUes de dévouement et *^ d!* énergie r Tout cela est signé Z. de Grenier! Puis M. Z. de Grenier, sans s'apercevoir qu'il s'administre un démenti à lui-même, avoue qu'à la tête de ces terribles Jacques "marchaient des hommes que leur position sociale aurait dû éloigner de ces nouveaux malandrins." Enfin pour donner plus de probabilité à leur fable, les pitoyables conteurs imaginent d'ajouter plus tard: "A Xaintrailles, il a " été reconnu que tous les habitants de la commune, moins " trois personnes impotentes, avaient suivi la colonne qui " se dirigeait sur Agen.*^ Ils avaient, en partant, averti la " marquise de Lusignan qu'à leur retour, ils fusilleraient "tous ses gens dans la cour du château." (JowmoU de Lot-et-Ga/ron/ney 11 décembre.)
Voilà donc une commune entière, moins trois impotents, qui n'est composée que de vils scélérats ! Par malheur, tous les pillés et fiisillés des Jacques ne se laissent pas faire, et le 15, le journal de la trahison était forcé d'insérer une lettre de Madame Lusignan, qui disait :
" Je dois à la vérité de déclarer hautement que
"mes gens du château, et ceux de toute ma propriété, " ont été laissés complètement tranquilles j que pas im n'a " été sollicité de se joindre à la colonne, etc. j qu'enfin "je n'ai eu à me plaindre d'aucun mauvais procédé quel- " conque."
La lumière se fera sur les ténèbres de Décembre, et la France des conservateurs apprendra peu à peu combien elle fut trompée. On sait, par exemple, quel voile lugubre
on a jeté sur Clamecy et les œuvres de son comité révolutionnaire-sodaL Eh ! bien ! voici la principale pièce émanée de ce comité de pillards et de cannibales. Elle a été produite devant le conseil de guerre de la Nièvre, qui a prononcé tant de condamnations à mort que son président, le colonel Martinprey, en est devenu général.
" Ordre du Comité,
" La probité est une vertu des républicains.
" Tout voleur ou pillard sera ûisillé.
'^ Tout détenteur d'armes qui, dans les douze heures, ne " les aura pas déposées à la mairie ou qui ne les aura pas " rendues, sera arrêté et détenu jusqu'à nouvel ordre.
" Tout citoyen ivre sera désarmé et emprisonné.
" Vive la République sociale !
" LE GOHITlé RjévOLUTIONNAIRB-SOCIAL.
" Clamecy, 7 décembre 1851."
En parcourant les débats de l'horrible procès de Bédarieux, nous y avons trouvé deux pièces qui servent aussi à mettre en évidence quels sont les véritables sentiments de ces ouvriers, de ces paysans, " tout prêts à se partager les dépouilles des riches." Ces pièces émanent d'un artisan nommé Théolier, à cette heure en Afrique. Il parle tout seul au nom du peuple souverain, ni plus ni moins, et son style montre suffisamment qu'il appartient à ce que les faussaires de l'ordre appellent la catégorie la plus redoutable des socialistes, celle dont l'éducation ne peut refréner les appétits brutaux.
" Proda/mation.
"Le peuple, victorieux aujourd'hui après la lutte, est obligé de veiller activement à la défense de l'ordre, de la propriété, de la famille.
" A cet effet, beaucoup d'ouvriers ont dû quitter leurs ateliers, leurs épouses et leurs enûints, pour prouver que la
réTolution ne veut pas le pillage ni la ruine de la mèrepatrie !
" Aujourd'hui, beaucoup de ces ouvriers soufiSrent, et le seul remède à leur souffi*ance, c'est du pain ! ! !
" Il est donc nécessaire que les boulangers de Bédarieux, qui possèdent les farines convenables, cuisent immédiatement et fasse porter à la mairie tout le pain qu'ils auront cuit.