‹ Histoire des crimes du deux décembreChapitre 26 sur 60 · LE PEUPLE SOUVERAIN · texte numérisé non relu

LE PEUPLE SOUVERAIN

Quand on voit les hommes du peuple les plus incultes £Edre de -paxeilïes jproola/matums, au nom du peuple sotwerai/n, n'est-on pas bien coupable de se servir de leur nom comme d'un épouvantail ?

Oui ! bien coupables sont les pervers qui usent de la liberté d'écrire, d'écrire seuls, pour mêler, toujours ainsi, à leur polémique contre les masses les mots affî:eux d'assassinat, de brigandage et de viol : ils n'excitent pas seulement la haine des citoyens les uns contre les autres; ils ne divisent pas seulement les deux grandes classes de la société ; ils compromettent encore profondément le caractère national. Si la France se composait aux trois-quarts d'espèces d'animaux de proie guettant l'heure du carnage et de la destruction, de satyres en fureur prêts à se ruer sur les femmes, d'afliliés de sociétés secrètes jurant de poursuivre leur but "par l'assassinat et même le parricide;" si elle ressemblait, en un mot, à la peinture qu'en font les bona-

partistes, quel homme homiête, sur la surface du globe, ne prendrait un tel pays en exécration?

C'est pourtant à l'aide de ces dégoûtantes niaiseries, et à force de les répéter chaque jour, à chaque hem-e, que l'on est parvenu à fausser l'opinion de quelques riches en France, et même en Europe, sur le caractère des socialistes. Nous avons vu des Belges et des Anglais tout surpris de nous trouver une figure humaine en apprenant que nous étions républicain-socialiste. — Les habitants aisés de la Rome païenne étaient persuadés que les chrétiens, réunis dans les profondeurs des catacombes, buvaient le sang des petits enfants qu'ils sacrifiaient au nouveau Dieu, appelé Jésus ! Ces préventions absurdes de l'ancienne Rome, contre les sectateurs du progrès, contre les socialistes d'alors, peuvent, dans une certaine mesure, se comprendre et s'excuser. La lumière se faisait difficilement dans ces temps. Le plus grave et le plus judicieux des historiens de l'époque. Tacite, croyait aux atroces pratiques des chrétiens. Mais de nos jours et sur des autorités telles que les Yéron et les Romieu, croire encore aux élucubrations malhonnêtes du Spectre rouge, c'est en vérité dépasser les limites de la crédulité. Pauvre hmnanité !... toujours dupe des hommes sans foi, toujours menée par les Phaiisiens, toujours mettant le Christ en croix !

La presse réactionnaire, aujourd'hui à la solde des bonapartistes, ne fait que poursuivre une route tracée en 1848 par la rue de Poitiers, qui la payait alors. Depuis longtemps la majorité avait mis en jeu ces maiionnettes dont elle a été la première victime. Les idées de tous ces hommes à visage tourné par-derrière sont tellement contraires à l'esprit du siècle et de la nation, qu'ils ne peuvent gouverner sans effi:ayer la société. Ils ont besoin de la peur, ils en ont fait un moyen d'administration. Comme les Chinois, ils peignent des monstres fautastiques sur leurs bannières, et malheureusement, il y a en France

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des Chinois qui s'épouvantent au défilé de ces ridicules images.

Sérieusement, qu'est-ce donc que les républicains ont fait pour que certaines gens aient si peur d'eux? Yoyez leur gouvernement, le Gouvernement provisoire ; examinez la conduite de leurs administrateurs; lisez leurs journaux, leurs livres, leurs discours, et dites-nous, — avec des preuves, non pas avec des allégations et des mensonges, — ditesnous qu'est-ce que vous avez droit de leur reprocher, pour autoriser vos terreurs. H y a ime chose incontestable, que personne ne niera. Lors de la Révolution de Février, ils ont été les maîtres absolus de la situation sur la surface entière du pays : ils auraient pu tout ce qu'ils auraient voulu. Quel mal ont-ils voulu? Quel mal ont-ils fidt? Où ontils commis un acte de déprédation? Où ont-ils touché à une caisse publique? Quel château ont-ils mis à sac? Quel adversaire ont-ils proscrit? Quel sang ont-ils répandu?-

Malgré cela, la persistance mise à nous calomnier n'a que trop réussi! Oui, nous le reconnaissons, il est vrai qu'un assez grand nombre d'esprits feibles ont fini par a/uoir peur des républicains et par croire à tous les forfaits des socialistes. Qu'y pouvons-nous? Ce n'est point notre faute, c'est la leur. Puissent-ils se former, enfin, une opinion par eux-mêmes. Nous avons dit, dans les chapitres précédents, la vérité sur la résistance de la province et de Paris, qu'ils jugent !

Quant à nous, lorsqu'un échappé de la prison pour dettes comme M. Saint- Arnaud nous accuse, dans ses proclamations, de vouloir " dépouiller les riches," nous sourions de pitié, et cela ne nous empêchera pas de lui fidre l'aumône lorsqu'il sera revenu au temps où il mettait en personne deux chemises de femme au mont-de-piété. (1) Mais

(1) Voir, plus bas, chapitre: Ce que sont les conjurés du deux décembre.

nous sommes révolté d'entendre appeler "hordes sauvages," ce magnanime peuple de Paris, dont le premier acte de souveraineté, en 1848, a été d'abolir la peine de mort ; ce généreux peuple des départements et des campagnes qui, pouvant tout alors, n'a pas pris une pomme dans un jardin ni touché à un cheveu de la tête d'un de ses ennemis. Combien il faut que les diffamateurs soient sûrs que la mansuétude éprouvée des républicains ne se démentira jamais, pour ne pas craindre d'être un jour punis de leurs criminelles calomnies !

La France républicaine a été, en Décembre 1851, ce qu'elle avait été en Février 1848, ce qu'elle fut, ce qu'elle sera toujours, loyale, généreuse, intrépide, et ayant horreur des pillards. La jacquerie, dont parlent les pillards des vingt-cinq millions de la Banque, les voleurs de liste civile de douze millions, les preneurs aux places de 80,000 fi^ancs, les partageux de dotations de 20,000 et 30,000 francs, la jacquerie n'est qu'une immense fiintasmagorie imaginée pour flétrir la résistance que le 2 décembre a rencontrée sur toute la surface du pays.

Maintenant, par quels moyens les conspirateurs ont-ils étouflé cette résistance spontanée, noble, courageuse? De quelle manière s'en sont-ils vengés? Ici nous ne marcherons pas comme eux dans le vague et dans les ténèbres du mensonge; c'est leurs propres aveux et leurs décrets à la main que nous les mettrons au ban du monde civilisé.

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