‹ Histoire des crimes du deux décembreChapitre 27 sur 60 · CRUAUTES COMMISES PAR LES DECEMBRTSEURS · texte numérisé non relu

CRUAUTES COMMISES PAR LES DECEMBRTSEURS

M. Mayeb a dit, dans son histoire apologétique du 2 décembre :

" Le jour n'est pas loin peut-être, où les passions démo- ''cratiques, définitivement classées parmi les maladies *' mentales, quitteront le domaine de la politique, et ne '' livreront de bataille que dans les cabanons de Bicêtre et *^ de Charenton, à moins que le crime ne s'en mêle, et que " l'émeutier ne soit plus qu'un bandit ivre de luxure et al- '^téré de pillage; une bête fauve de cette famille dont la " Nièvre et le Yar viennent d'offirir de si complets exem- " plaires, auquel cas U rCy a jikia combat, mms hatt/m ; d'un '^ côté la jacquerie, de l'autre la société : tout est permds " alors, et du moment qu'au lieu d'hommes l'on n'a, en fia,ce " de soi, qu'un troupeau de loups enragés, la sefule crainte à ^^ concevoir, <^est d'en Icdsser échapper qudqy!'wn,r (Pag© 139.)

Ces rugissements sauvages expriment bien la pensée, peignent bien les actes des conjurés. '' La seule crainte à concevoir, c'est d'en laisser échapper quelqu'un!!!"

Et en effet, les modernes Yandales ont tué partout les défenseurs de la Constitution, ''plutôt que d'en laisser échapper quelqu'un.**

Dans la Nièvre, on a fait litt3§ralement la battue des bois à la manière des louvetiers, pour prendre les républicains qui s'y étaient réfugiés ! Une dépêche officielle datée du 12 décembre, et expédiée de Nevers à Paris, porte : " Le général Pellion a fait faire v/ne battue dans les bois de " Clamecy avec quinze cents hommes. Il a feit cent pri- '^ sonniers. Un soldat du 10* chasseurs a été blessé. A. " Entrains, on a £ût quatre-vingt prisonniers. Un insurgé " qui résistait A été tué, un autre s'est noyé en se sauvant " à la nage." Combien d'autres périrent au milieu de ces horribles opérations? nul ne le sait!

Des battues semblables à celles des bois de Clamecy ont été fÎEiites dans les forêts de l'Allier : " Il n'y a plus combat, mais battue," avait dit M. Mayer.

Dans le département du Yar, la terreur ftit épouvantable. Il faudrait des volumes pour la raconter. Ses excès troublèrent les facultés mentales de plusieurs personnes. M. Denoise ayant été mis au secret quoiqu'il n'eût pas pris les armes, son cousin, membre du conseil-général, est saisi d'effix)i, et s'enferme dans une cave avec un petit baril de poudre, auquel il met le feu. M. Frison, amyuéy arrêté pour crime de républicanisme, se pend dans son cachot, afin d'éviter \me mort qu'il redoute parce qu'il la croit ignominieuse. Si la terreur a pu avoir de tels effets chez les hommes cultivés, qu'on juge de ce qu'elle a produit sur les ignorants!

" Les nouvelles, disait la correspondance du Messager des " Cha^nbres, de Bruxelles, 6 février 1852 ; les nouvelles que " la censure laisse publier par les journaux viennent confir- " mer ce que je vous ai dit de la terreur qui règne partout. " Dans le seul ressort de la Cour d'appel d'Aix, quatre " suicides, causés par les arrestations politiques, viennent " de jeter un voile ftmèbre sur cet horrible système. Ici, '' ce sont des détenus appartenant aux classes éclairées de ^^la société qui se donnent la mort dans leurs prisons; là

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" c'est un magistrat qui devient fou en apprenant que sa " famille paie aussi sa dette au régime des arrestations. Il " n'est pas im citoyen qui ne tremble pour soi et pour les " siens."

Dans le département des Basses-Pyrénées, le préfet, M. Dulimbert, a servi avec une véritable passion les conjurés militaires. Il a opéré plus de douze cents arrestations, qu'il appelait, en ricanant, " des arrestations administratives destinées à pacifier le pays." On ftit obligé d'envoyer de Montpellier trois juges d'instruction pour aider à ceux de la localité. Si bons qu'ils fussent, ces juges déclarèrent qu'ils ne voyaient aucun moyen de bâtir une accusation quelconque. Le préfet déclara, de son côté, qu'il ne mettrait personne en liberté. Les commissions spéciales sont venues alors terminer le conflit, en &isant bonne justice des détenus. H serait difficile de dire les excès d'arbitraire de M. Poujard Dulimbert; nous raconterons cependant le trait suivant, emprunté à un journal de Bruxelles du 31 mars. On y verra ce qu'est la liberté individuelle en France I

" Vers le commencement de mars, on vient à la prison " annoncer à douze détenus qu'ils sont libres. Les onze "premiers sortent; mais le douzième, que cette nouvelle " prend à l'improviste, demande à rentrer pour prendre ses " souliers, parcequ'il n'a que des sabots aux pieds. En re- " venant à la grille, il la trouve fermée. Il dit qu'il est " libre, qu'il a seidement demandé cinq minutes pour aller " chercher ses souliers et toucher la main à ses camarades. " On en réfère au préfet, qui s'écrie : Comment, les pri- " sonniers sont ses cœma/radesl Eh bien, alors, qu'il reste " avec eux !"

Pour donner ime idée générale des actes qui ont désolé les départements, il fiiut raconter l'expédition de M. Dulimbert à Estagel. Le 8 décembre, il entre dans cette petite ville, lieu de naissance des frères Arago, à la tête de

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cavaliers et de &ntassiiis, il fait arrêter douze habitants de l'endroit qu'il enferme dans une écurie d'auberge. La femme d'iin des arrêtés, Madame Comte, nièce des frères Arago, en traversant les rangs de la troupe pour tâcher de se rapprocher de son mari, apprend de source certaine cet ordre donné par le préfet au commandant de la colonne : '' Si la population bovge, rassemJblez les pnsowniera dans ttn coin et fusillez-les 1" A cette nouvelle, elle court sur la place, les mains jointes, et supplie la population de rester résignée devant toute espèce de provocation. Le peuple instruit des suites que pouvait avoir le moindre mouvement se contint, mais cela ne devait pas empêcher Estagel d'être ensanglanté ! Les soldats étaient ivres ; un cavalier lance son cheval au grand trot le long des maisons où stationnaient quelques curieux; ceux-ci pour n'être point écrasés se dispersent; leur mouvement produit \me certaine confusion; la troupe, qui n'a plus sa raison, croit à une attaque, elle fait une décharge et tue deux hommes ! Le sang ainsi répandu arracha un cri de fureur aux Estagellois, et il fallut les supplications des femmes des prisonniers pour empêcher le village de prendre les armes !

M. Dulimbert, content d'avoir donné cet exemple de vigueur, présida lui- môme au départ des prisonniers ; il les entassa sur \ine charrette pour les envoyer à Perpignan^ leur fit mettre des menottes dont il s'était pourvu, et dont il mit les clefs dans sax^oche pendant une demi-heure avant de les rendre au commandant de l'escorte. Enfin, au moment de se retirer, il fit le tour de la charrette le cigarre à la bouche, fixant les yeux sur chaque prisonnier l'un après l'autre, d'un air si provocateur qu'on l'aurait pris bien plutôt pour un homme satisfaisant une vengeance personnelle que pour le premier magistrat d'un département.

Les décembriseurs semblent être une race de méchants à part. Jamais on ne vit tant de gens que parmi eux fiEÛre le mal pour le mal.

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A mesure que Ton pénétrera dans les détails de la guerre qu'ils ont déclarée à la France, on y découvrira plus de sujets de les maudire. Ces hommes à passions sauvages n'ont reculé devant rien pour assouvir leur soif d'or et de pouvoir. On les a vus à Paris vider la prison cellulaire de Mazas de presque tous ses coupables habitants afin d'y loger les représentants du peuple et les bons citoyens ! Ils ont voulu faire de même en province. Dans la matinée du 4 décembre, M. Preissac, préfet du Lot-et- Garonne, ayant appris que le conseil municipal de Villeneuve s'était emparé de l'administration et déclaré en permanence à l'unanimité, écrivit à M. Vesine-Larue "d'ap- " peler les troupes qui se trouvaient à la maison centrale "d'Eysses pour rétablir l'ordre en ville!" Cette dépêche fut lue à la sous-préfecture par M. Yesine-Larue, au maire et à ses deux adjoints. iNTous en donnons pour garant l'affirmation de MM. Dubruel et Phillips, les deux adjoints. M. Preissac savait parfaitement que la garnison de la maison centrale ne se montait pas à plus de deux cents ou deux cent cinquante hommes, et qu'il fellait par conséquent l'enlever tout entière si l'on voulait produire un effet quelconque, puisque la garde nationale de la ville s'était réorganisée et soutenait la municipalité. Le résultat infaillible d'une telle mesure, si le sous- préfet n'avait été empêché de la prendre, était la révolte immédiate des détenus d'Eysses qui se seraient certainement délivrés du moment où il n'y aurait plus eu de fusils pour les garder. M. Preissac déchaînait donc volontairement, sciemment les onze à douze cents condamnés de la maison centrale d'Eysses, condamnés fort dangereux, afin de combattre une résistance légale, à laquelle la garde na^ tionale s'était associée tout entière ! Pour tout dire, il convient d'aj outer une chose. Le conseil municipal, que M. Preissac ordonna aussi àQfakrefusiMer s'il continuait à s'immiscer dans l'administration de la ville, avait pensé à désarmer

la garnison d'Ejsses pour armer les citoyens, mais il y renonça en réfléchissant que ce serait ouvrir les portes aux condamnés. Nous recommandons ce détail de la lutte à l'attention particulière des Hommes consciencieux. On y voit dans leur vrai jour les rouges et les sauveurs de la société!

Ce M. Preissac doit être un grand modéré, car il n'emploie jamais que les moyens les plus violents. C'est de concert avec lui que, le 8 décembre, M. Bourrely, simple chef de bataillon, lançait à Agen un arrêté conçu en ces termes :

"Art. 1. Le département de Lot-et-Guronne est mis en " état de siège.

«Art. 2. Tout individu qui sera pris construisant ou «défendant ime barricade, ou les armes à la main, sera

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