‹ Histoire des crimes du deux décembreChapitre 37 sur 60 · XII. LE RÉGIME DU 2 DÉCEMBRE NE PEUT DURER · texte numérisé non relu

XII. LE RÉGIME DU 2 DÉCEMBRE NE PEUT DURER

ANNEXR Voyez page 166.

C'est pour nous un bonlieur d*avoir aie dire; les proscrits français de 1848 et 1849 en Angleterre, en Suisse, en Belgique, partout, ont fait au 2 décembre ce qu'on pouvait attendre d'hommes comme eux.

Ceux de Suisse avaient coutume de se réunir de temps à autre, soit à Genève soit à Lausanne, pour s'entendre et se préparer à agir de concert. Le 2 décembre, comme s'ils avaient deviné ce qui se passait à Paris, ils se trouvaient rassemblés au nombre de trente environ chez le citoyen Beyer, à Bardonnex, près de Genève. Ils employèrent la nuit à discuter ce qu'ils feraient dans l'éventualité d'un coup d'état. Le citoyen Kersausie voulait qu'on tentât en masse une pointe sur Nantua. Le citoyen Boicbot, considérant la difficulté des passages encombrés de neiges ou formidablement gardés, considérant d'ailleurs que des proscrits en aussi petit nombre, sans munitions et sans armes, seraient tout d'abord infailliblement écrasés, proposa d'opérer par groupes qui soidèveraient les popidations à eux connues ; on pouvait ainsi mettre sur pied plusieurs localités importantes à la . fois et former une petite armée avec laquelle on marcherait sur Paris pour aider directement les Parisiens du attirer dehors une partie de la garnison de la capitale. Cet avis prévalut et l'on se sépara.

Douze heures après, la nouvelle du guet-à-pens. nocturne arrivait à Genève. Aussit6t la plus grande agitation se répandit dans la ville. Les proscrits, sur l'ofifré du président du Griitli (1), se réunirent dans la vaste salle où cette société démocratique et sociale tient ses séances.

L'assemblée était fort nombreuse; on y voyait, outre les Français, des Italiens, des Allemands et même des Suisses.

Un comité révolutionnaire fut tout d!abord nommé; il se composait des citoyens Beyer, Boichot, Kersausie et Thoré. On proposait déjà des mesures d'urgence lorsque M. James

(1) Société composée presque exclnsivement de jeunes suisses ouvriers et étudiants.

Fazy, prc'siJcMit de la république genevoise entra dans la salle. Il s'efforça de dissuader les réfugiés de toute tentatiTe; il parla de mouvements de troupes aux frontières, il s'étonna de voir là des gens qui n avaient pas le droit d'y ^^'^ (1)» ^^^ termina, non point en sommant, mais en invitant instaounent la réunion à se dissoudre. L'assemblée, après une violente discussion, se sépara, chargeant son comité d'aviser à tout ce que les circonstances exigeraient.

Les quatre membres établis en permanence clicz le citoyen Petit-Jean, au Pàquis, se mirent immédiatement en communication avec la frontière. D'heure en lieure ils recevaient des nouvelles qui étaient aussitôt transmises aux réfugiés. La décision de la veille fut maintenue. — Boichot et Thoré avaient leur route par Lausanne; ils y arrivèrent le soir du 4, et se réunirent avec Avril et BoUand chez le citoyen Xopp, où Beyer et Pflieger, se rendant à Bâle, vinrent les rejoindre le lendemain. Là fut rédigée la pièce suivante qu'un imprimeur tira clandestinement à plusieurs milliers d'exemplaires.

AU PEUPLE FBANÇÀIS.

" Après deux ans de conspiration et de complicité entre les ennemis du Peuple, le plus audacieux d'entre eux vient de consommer contre la Képublique un attentat brutal et perfide. " Tu as compris les desseins criminels qu'un traître veut cacher sous les noms de Bépublique, de souveraineté et de suffrage. Tu es debout pour te venger. — L'Europe aussi se lovera !

" Tous les rebelles sont noBS la loi ! et il ne reste plus rien des institutions du passé.

" Accomplis donc enfin la grande Bévolution qui réalisera pour tous les peuples la Liberté, l'Egalité et la Fraternité !

" Nous sommes prêts à faire notre devoir conmio tu vas faire le tien.

" Aux armes ! Vive la Bépublique démocratique et sociale !

"Signé: AvEiL, représentant du Peuple; BoicnoT, id.\ Beyer, id,\ Kopp, id.\ Peliegee, id,\ BoLLAND, idr, Tnojii, rédacteur de la Vraie RêptthUqiie**

(1) Allusion à la présence des citoyens Beyer, Boichot, et Pflie<^r, qni, comme les citoyens Avril, Pyat et Rolland, étaient expulses de Suisse, pour avoir protesté contre la violation du droit d'asile.

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