LIVRE XIX
asile des Francs établis en Asie, ne devait alors , une sécurité passagère qu’aux sanglantes divisions des mamelucks d’Egypte, et ne paraissait occupé que de ses propres dangers.
Mais tandis que la chrétienté ne songeait plus à la délivrance de Jérusalem, les Tartares de la Perse , à qui le pape avait envoyé des missionnaires, vinrent tout-à-coup ranimer les espérances de la chrétienté, et formèrent le projet d’arracher aux Musulmans la Syrie et la Palestine, entreprise à laquelle il ne manquait pour être une croisade que d’avoir pour chef un prince chrétien et d’être proclamée par le chef de l’Eglise.
Depuis long-temps les Tartares, comme on a pu le voir au livre précédent, faisaient la guerre aux puissances ennemies des chrétiens. Argon , lorsqu’il mourut, s’occupait des préparatifs d’une grande expédition contre les maîtres de la Syrie et de l’Égypte (i). Ces préparatifs avaient répandu
Sanuti, liv. ni, part. i3 , ch. 2, et le manuscrit de Jordan , n°. i960. Voyez aussi les auteurs arabes. Hayton, roi de ce pays, qui avait pris le nom de Jean, depuis qu’il avait embrassé la discipline de St. -François , implora le secours des Tartares, en leur offrant l’appât d’un riche butin. Malheureusement ses démarches furent inutiles.
(1) Ce prince mourut en 1291. L’année précédente, son envoyé Busquercl avait remis de sa part au roi de France une lettre et une note diplomatique qui sont conservées aux archives du royaume. Argon invitait Pliilippe-le-Bel à passer en Asie pour combattre les Sarrasins; il lui promettait tous les secours qu’il pouvait désirer en hommes , chevaux et pro-
1296 de si vives alarmes parmi les Musulmans, que ceux-ci mirent la mort imprévue du prince mogol au nombre des miracles opérés en faveur de l’islamisme.
Parmi les successeurs d’Àrgon, qui furent tourà-tour les amis et les ennemis des Musulmans, il se trouva un chef habile, belliqueux et plus animé que tous les autres de l’ambition des conquêtes. L’historien grec Pachymère , et l’arménien Hayto.i, donnent les plus grands éloges à la bravoure, à la vertu et même à la piété de Cazan (1). Ce prince mogol regardait les chrétiens comme ses plus fidèles alliés , et dans ses armées, où servaient des Géorgiens, le drapeau de la croix brillait à côté de l’étendard impérial. La conquête des rives du Nil et du Jourdain occupait toutes ses pensées; et lorsque des cités nouvelles s’élevaient dans son empire , il se plaisait à leur donner le nom des villes de l’Égypte, de la Syrie ou de la Judée.
Cazan quitta la Perse à la tête d’une armée ; les
visions. M. Abel-Rémusat est le premier qui nous ait fait connaître ces deux pièces intéressantes. On les trouve à la fin de son deuxième Mémoire sur les relations politiques des princes chrétiens , et particulièrement des rois de France avec les empereurs mogols. (Tom. vu des Mémoires de l’Institut royal de France , académie des inscriptions et belles-lettres. )
(1) Cazan était dé très petite taille et d’un aspect hideux; mais personne, dit Hayton, ne le surpassait en probité et en vertu. ( Hist . orient ., chap. 40. )