‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 102 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

rois d’Arménie et de Géorgie, le roi de Chypre et ngQ les ordres de Saint-Jean et du Temple , avertis de ses projets, étaient venus rejoindre ses drapeaux.

Une grande bataille fut livrée près d’Emesse (1) ; la victoire se déclara contre le sultan d’Egypte , qui perdit la meilleure partie de son année et fut poursuivi jusqu’au désert par les cavaliers arméniens.

Alep et Damas ouvrirent leurs portes aux vainqueurs. Si nous en croyons l’historien Ilayton, les chrétiens rentrèrent alors dans Jérusalem, et l’empereur des Tartares visita avec eux le tombeau de Jésus-Christ.

Ce fut de là que Cazan envoya des ambassadeurs au pape et aux souverains de l’Europe (2), pour solliciter leur alliance et leur offrir la possession de la Terre-Sainte. Au milieu des singularités de cette époque, on s’étonnera sans doute de voir un empereur mogol cherchant à ranimer l’esprit des

(1) Sur cette bataille, livrée quelques jours avant Noël , 1299, on peut consulter Jean Villani , liv. vin, chap. 35 ; Antonin, part. 3, lit. xx,ch. 8; §. 8, et l’historien Hayton, cb. 4 1, qui était présent.

(2) Sur cette ambassade envoyée aux rois de France et d’Angleterre, consultez la chronique de St.-Denis, règne de Philippe-le-Bel , ch. 495 les actes de Rimer, tom. 11, pag. 918 et 919; et les Mémoires de M. Abel-Rémusat sur les relations politiques des princes chrétiens et particulièrement des rois de Fiance avec les empereurs Mogols, pag. 388 du tom. vu cité plus haut. La mort de Cazan, qui eut lieu eu i3o4, rendit nul l’objet de cette ambassade.

TOM. y. 14

aïo

*3oo croisades parmi les princes de la chrétienté; on s’étonnera de voir des barbares venus des bords de l’irlis et du Jaxarte, attendant sur le calvaire et sur le mont Sion les guerriers de la France , de l’Allemagne et de l’Italie ? pour combattre les ennemis de Jésus-Christ. Le souverain pontife accueillit les ambassadeurs deCazan,mais il ne put répondre à leurs propositions et à leurs demandes que par des promesses restées sans exécution. Dès le commencement de son règne. Boniface VIII avait fait revivre les prétentions de la cour de Rome à la suprématie universelle. Aux prises avec la puissante famille des Colonnes, occupé de soumettre à scs lois le royaume de Sicile, il ne pouvait penser sérieusement à la délivrance de Jérusalem. La hauteur avec laquelle le successeur de Nicolas parlait aux princes chrétiens, et ses exhortations, qui ressemblaient à des commandemeus, indisposèrent contre lui l’esprit des souverains et surtout du roi de France. Gènes, alors sous le poids d’une excommunication, fut la seule ville de l’Europe où l’on s’occupa d'une croisade, et par une circonstance bizarre, ce furent les dames génoises qui donnèrent le signal et l’exemple (i).

(i) Voici les noms de ces dames génoises : A. de Garmendino , I. de Gisulphes , M. de Grimaldi , C. de Franeta, A. de Auria , S. de Spinula, S. et P. de Cibo, P. de Caris. Ces daines donnèrent leurs biens pour l'armement d’une Roue. Quelques-unes d’elles se dévouèrent au service mili-

Page 1