‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 103 sur 276 · LIVRE XtX. au · texte numérisé non relu

LIVRE XtX. au

Il nous reste unbref du pape, par lequel le Saint- i3oo-i3ao Père félicite les dames qui avaient pris la croix et ne craignaient point de suivre les traces de Cazan, empereur de Tartarie, lequel, quoique païen, poursuivait la généreuse résolution de délivrer la Terre- Sainte. L’histoire nous a conservé deux autres lettres du pape, l’une adressée à Porclietlo, archevêque de Gènes, l’autre à quatre nobles Génois qui devaient diriger l’expédition. « O prodige, ô miracle ! dit-il » à Porchetto , un sexe faible et débile prévient les » guerriers dans cette grande entreprise, dans » cette guerre contre les ennemis du Christ, dans « ce combat contre les ouvriers de l’iniquité. Les » rois et les princes du monde, sans aucun égard » pour toutes les sollicitations qu’on leur a faites ,

» refusent d’envoyer des secours aux chrétiens » bannis de la Terre-Sainte, et voici des femmes » qui viennent sans être appelées ! D’oi'i peut venir » cette résolution magnanime, si ce n’est de Dieu,

» source de toute force et de toute vertu ! ! ! »

Le pape terminait sa lettre (i) en ordonnant à l’archevêque de faire assembler le clergé et le peuple , et de proclamer le dévouement des

taire. Leur exemple en entraîna d’autres qui sacrifièrent leurs bijoux pour la défense de la foi contre les Sarrasins.

Les commandans de la flotte furent Benoît de Zacheria, Lanfranc Tarlaro, Jacques Lomellin et Jean Blanco. ( Voy. le vu', liv. des Épîtres de Boniface VIII, ép. 5t), 60 et6i, et les Annal, ecclés., ad ann. i3oi , n°*. 33 et suiv.)

(i) Voyez les lettres 5?, 03, 188 et 189 de ce pontife.

•ii a HISTOIRE DES CROISADES.

i3oo-i32o nobles dames génoises, aGn que leur exemple pût jeter dans le cœur des Gdèles des semences de bonnes œuvres.

Au reste, de si beaux projets n’eurent point de suite; ce notaient pas de pareils auxiliaires qu’attendaient les Tartares dans les murs de Jérusalem. Cette croisade ne fut sans doute prêchée que pour exciter l’émulation des chevaliers, et le pape n’y arrêta son attention que pour donner aux princes chrétiens une leçon dont ils ne proGtèrent pas. On a conservé long-temps dans les archives de la république de Gênes les lettres écrites en cette occasion par le pape Boniface VIII. Au siècle dernier, on montrait encore dans l’arsenal de celte ville les casques et les cuirasses dont les dames génoises devaient s’armer dans leur expédition d’outre-mer (i).

Les Tartares, malgré leurs victoires, n’avaient pu triompher de la constance et de la bravoure disciplinée des mamelucks, sortis comme eux des déserts de la Scythic. Il arrivait alors aux Mogols ce qui arriva presque toujours aux Francs dans

(i) Dans un Nouveau Voyage d'Italie , traduit de l’anglais, Misson , 3 vol. in-ia,La Haye, i 702, on lit pag. 4* du 3e. volume :

« Ils nous ont aussi fait remarquer, dans le petit arsenal »dc Gènes, quelques cuirasses qui ont été faites pour des » femmes, comme on en peut juger par la forme du sein. » On dit que des nobles Génoises s’en sont servies dans une » croisade contre les Turcs. »

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