LIVRE XIX. ai
la ferveur des croisades ; ils remportaient d’abord i3oo-»3a» de grands avantages; mais des événemens inattendus, des discordes civiles, les menaces d’un voisin puissant, les rappelaient dans leur pays et les forçaient d’abandonner leurs conquêtes. Cazan fut obligé de quitter la Syrie pour retourner dans la Perse; il tenta une seconde expédition qu’il abandonna encore; et lorsque dans la troisième invasion, son armée s’était avancée jusqu’à Damas, il tomba malade et mourut, emportant au tombeau les dernières espérances des chrétiens (i).
(i) La seconde expédition, tentée par Cazan, ne fut que commencée. La nouvelle de la maladie de ce prince, répandue au moment où son lieutenant Cotulossa avait réuni auprès de lui les Cypriotes, le seigneur de Tyr et les grandsmaîtres de l’Hôpital et du Temple, occasionna la retraite des Tarlares. Le roi d’Arménie rentra dans ses états, et les autres chrétiens retournèrent en Chypre.
La troisième expédition eut lieu en i3o3. Cazan réunit sur les bords de l’Euphrate une armée si nombreuse, qu’elle occupait une étendue de trois journées de chemin; mais les terres des Tartares ayant été envahies par un voisin formidable , Cazan résolut de retourner dans scs états. Il donna à Cotulossa 4o mille hommes, avec ordre d’entrer en Syrie, de s’emparer de Damas et de détruire les Sarrasins. Cotulossa pénétra en Syrie le fer et la flamme à la main , et vint assiéger Émesse, où il espérait trouver, comme la première fois, l’armée égyptienne. II prit celte ville de force et passa , tous les Sarrasins au fil de l’épée. Il alla ensuite assiéger Damas ; mais les liabitnns de cetle ville ayant fait couler pendant une nuit les eaux du fleuve par des conduits et des ruisseaux , la plaine où campaient les Tartares fut tout inon-
ai4 HISTOIRE DES CROISADES.
i3oo-i32o Les guerriers d’Arménie et de Chypre sortirent alors de la ville sainte, dont ils commençaient à relever les remparts et qui ne devait plus revoir dans scs murs les étendards de la croix. Le pape Clément V, qui avait fixé son séjour en-deçà des Alpes, entreprit de réveiller par ses exhortations apostoliques l’enthousiasme de la noblesse et du peuple. Il convoqua à Poitiers une assemblée à laquelle assistèrent les rois de France, de Navarre, de Naples, le comte de Flandre et Charles de Valois. Cette assemblée s’occupa tout-à-la-fois d’enlever aux Sarrasins le royaume de Jérusalem , aux Grecs l’empire de Bysance. Les forces de l’Occident ne pouvaient suffire à ces deux grandes entreprises, pour lesquelles on ne fit que des vœux et de vaines prédications. Les guerriers ne prirent point la croix, le clergé se montrait peu disposé à payer les décimes exigées par le pape. Une chose digne de remarque, c’est que Clément se crut, en celte circonstance, obligé de recommander la modération aux collecteurs , et qu’il leur défendit
dée. Un grand nombre d’hommes, de chevaux, d’armes et de harnois furent engloutis. Le roi d’Arménie perdit beaucoup de monde et de bagages. Les Tartares, échappant avec peine à ce danger, regagnèrent l’Euphrate, au passage duquel ils éprouvèrcntde nouvelles pertes. L’historien Hayton, qui nous donne ces détails , était encore de cette expédition* Cazan mourut en i3o4- Hayton déplore amèrement la perte de ce prince, qui avait montré tant d’ardeur pour le réta~ blissement de la religion des chrétiens. ( Yoy. son Histoire orient. , chap. 43. )
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