LIVRE XIX
formellemcnl d’enlever les calices , les livres et les i3oo-i32o ornemens des églises (i). Cette défense du pape nous montre que la violence avait souvent présidé à la perception du tribut destiné aux guerres saintes, ce qui devait ralentir le zèle et l’ardeur des peuples pour des entreprises lointaines, à la suite desquelles les villes chrétiennes étaient ruinées et les autels de Jésus-Christ dépouillés.
Cependant l’Europe attendait alors avec impatience l’issue d’une expédition que venaient d’entreprendre les chevaliers de St. -Jean-de- Jérusalem (2). Un grand nombre de guerriers, excitéspar le récit des aventures de la chevalerie et par la passion de la gloire militaire, avaient suivi les
(1) Cette défense se lit dans les lettres que le pape publia en i3i'i pour fixer le départ des croisés à l’octave de la Pentecôte. Dans d’autres lettres, qu’il publia l’année suivante pour le même objet, il interdit les jeux de hasard et les tournois. (Raynaldi , ad ann. 1 3 1 2. )
(2) Ce fut eu i3oGquc les Hospitaliers, aidés d’une armée de chrétiens , commencèrent à attaquer l’île de Rhodes et cinq îles voisines habitées par des Turcs soumis à l’empereur de Constantinople. Les Hospitaliers s’emparèrent d’abord de quelques îles et de quelques châteaux ; ensuite ils luttèrent pendant quatre ans, tantôt comme assiégeans , tantôt comme assiégés : enfin ils se rendirent maîtres de Rhodes en i3io, le jour de l’Assomption. Le grand-maître Foulques de Villaret eut tout l’honneur de cette conquête , et ses chevaliers reçurent dès-lors le nom de chevaliers de Rhodes. ( Voy. la Chronique de Bernard.) Suivant les lettres encycliques du pape Clément, plusieurs Templiers s’étaient joints aux Hospitaliers et curent part à leur gloire.
aiG HISTOIRE DES CROISADES.
i3oo-i32o Hospitaliers dans leur entreprise ; les femmes même voulurent prendre part à celte expédition, et vendirent leurs jojaux pour fournir aux dépenses de la guerre (i).
L’armée des nouveaux croisés s’embarqua au port de Brindes, et bientôt on apprit dans l’Occident que les chevaliers de l’Hôpital s’étaient rendus maîtres de l’ile de Rhodes et de cinq îles voisines qu’ils avaient enlevées à la domination des Grecs et des Musulmans. La renommée publiait partout les exploits des Hospitaliers et de leurs compagnons d’armes. Le concile de Vienne (a), qui fut con-
(1) L’historien qui raconte ce fait, prétend que les chevaliers de St.-Jean, faute de connaître la valeur des joyaux de ces dames, les vendirent à vil prix. ( Quinta vita Cle~ mentis. V. Bal. )
(2) Plusieurs années avant la tenue du concile de Vienne, le pape Clément V avait essayé de rétablir les affaires des chrétiens en Syrie.
En 1 3oG , il promit des secours aux rois de Chypre et d’Arménie. Il mit sous la protection du Saint-Siège Antoine de Durham, nommé patriarche de Jérusalem, scs biens et ceux de ses compagnons de pèlerinage.
En 1 307 , Clément convoqua l’assemblée de Poitiers pour délibérer sur les affaires de Syrie. Il promit des secours au roi de Naples qui s’était engagé à aller dans la Terre-Sainte, et il ordonna la levée des dîmes décrétées par le concile de Lyon. Suivant les archives du Vatican, le pape favorisa le projet de Charles d’Anjou, qui s’était lié avec les Vénitiens pour arracher l’empire de Constantinople aux schismatiques grecs. Il invita Frédéric , roi de Sicile, à se joindre à ce prince, ou à ordonner aux évêques de scs états la levée'