LIVRE XIX
étésilong-tempslémoinsdeleurs exploits, et comme «3oo-i32o les compagnons de leurs travaux , nous aurons peut-être acquis le droit d’exprimer notre opinion sur les accusations dirigées contr’eux. Nous devons d’abord déclarer que nous n’avons rien trouvé jusqu’à l’époque de leur procès , ni dans les chroniques d’Orient, ni dans celles de l’Occident, qui pût accréditer ou faire naître l’idée et le soupçon des crimes qu’on leul* imputait. Comment croire en effet qu’un ordre guerrier et religieux qui , vingt-cinq ans auparavant , avait vu trois cents de ses chevaliers se faire égorger sur les ruines de Séphet, plutôt que d’ernbrasser la foi musulmane; que cet ordre qui s’était enseveli presque tout entier sous les ruines de Ptolémaïs, pût avoir contracté une criminelle alliance avec les infidèles , outragé la religion chrétienne par d’horribles blasphèmes, etlivré aux Sarrasins la Terre-Sainte, toute remplie de son nom et de la gloire de ses armes.
Et dans quel temps adressait-on aux Templiers des reproches si odieux ? dans un temps où la chrétienté semblait avoir oublié Jérusalem , où le nom de Jésus-Christ ne suffisait plus pour exciter la bravoure des guerriers chrétiens. Sans doute que l’ordre des Templiers avait dégénéré de l’austérité des premiers temps , et qu’il n’était plus animé de cet esprit d’humilité et de religion , vanté par saint Bernard ; sans doute que quelques-uns de ses chevaliers avaienlapportéavec eux cette corruption qu’on reprochait alors à tous les chrétiens d’Orient, et dont l’Europe elle-même leur offrait de
aïo HISTOIRE DES CROISADES.
i3oo-i3ao nombreux exemples; sans doute, enfin, que quelques-uns d’enlr’eux avaient pu blesser la morale par leur conduite , offenser la religion du Christ par leurs dérèglemens ; mais leurs excès , ou plutôt leurs péchés , pour parler le langage de l’Eglise, n’appartenaient pas à la justice de la terre , et l’onpeut croire qu’en cette circonstance , le Dieu miséricordieux des chrétiens n’avait point chargé les lois humaines de sa vengeance.
Le véritable tort des Templiers fut d’avoir quitté l’Orient, et renoncé à l’esprit de leur institution, qui était d’accueillir et de protéger les pèlerins, de combattre les ennemis de la foi chrétienne. Cet ordre, plus riche que les plus puissans monarques, et dont les chevaliers étaient comme une armée régulière , toujours prête aux combats , devait se faire redouter des princes qui lui accordaient un asile. Les Templiers n’avaient point été à l’abri de tout reproche pendant leur séjour dans l’ile de Chypre ; accoutumés à dominer dans la Palestine, ils durent contracter avec quelque peina l’habitude d’obéir. L’exemple des chevaliers teutoniques, qui , après avoir quitté l’Orient , venaient de fonder dans le nord de l’Europe une puissance redoutée des états voisins, n’était pas propre à rassurer les princes sur l’esprit belliqueux, sur le génie actif et entreprenant des chevaliers du Temple.
Tels furent vraisemblablement les motifs qui armèrent contre eux la politique bien plus que la justice des souverains ; rien ne prouve la crainte qu’ils inspiraient comme la violence avec laquelle