‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 108 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

on les poursuivit , et le soin qu'on prit de les ren- i3oo-i3ao dre odieux. Lorsqu’on eut commencé ù les persécuter, on ne vit plus en eux que des ennemis qu’il fallait traiter en criminels. Comme des rigueurs sans exemple avaient précédé leur abolition , on voulut justifier cette mesure par des rigueurs nouvelles. La vengeance et la liaine achevèrent ce qu’avait commencé la politique des princes, politique qui avait peut-être des raisons pour être défiante , mais qui n’en avait point pour se montrer barbare. C’est ainsi qu’on doit expliquer l’issue tragique de ce procès , où toutes les formes de la justice furent tellement violées, que lors même que les accusations seraient prouvées , on pourrait encore regarder les Templiers comme des victimes et leurs juges comme des bourreaux (i).

Pliil ippe-le-Bel avait prom is au concile de Y ien ne d’aller en Orient combattre les infidèles, sans doute pour se faire pardonner l’acharnement avec lequel il poursuivit les chevaliers du Temple. Au milieu des fêtes qu’occasionna l’arrivée d’Édouard à Paris , le monarque français prit la croix avec les princes de sa famille (2). La plupart des seigneurs

(1) On ne peut rien ajouter aux savantes recherches de M. Raynouard sur la condamnation des Templiers. Nous renvoyons nos lecteurs à son ouvrage et à sa réponse à M. de Hamcr, qui se trouve à la fin de ce volume.

(2) Suivant la chronique de Bernard, Philippe-le-Bel , roi de France, Edouard, roi d’Angleterre, et Louis de Navarre prirent la croix en i3i3 avec les deux fils et les

m HISTOIRE DES CROISADES.

i3oo-i3ao de sa cour suivirent son exemple; les dames promirent de suivre les chevaliers dans la guerre sainte; mais personne ne se mit en mesure de partir. Alors on promettait de traverser les mers, sans songer sérieusement à quitter ses foyers. Le serment de combattre les Sarrasins semblait une vaine cérémonie qui n’engageait à rien. On le prêtait avec une légèreté indifférente ; on le violait de même , ne le regardant comme chose plus sacrée que les sermens que les chevaliers faisaient aux dames.

Philippe-le-Bel mourut sans s’être occupé d’accomplir son vœu; Philippe-le-Long, qui lui succéda, eut un moment le projet d’aller en Orient. Édouard, qui avait déjà fait plusieurs fois le serment de combattre les Sarrasins , renouvelait alors sa promesse. Mais le souverain pontife, soit qu’il doutât de leur sincérité, soit qu’il eût besoin du concours de ces deux monarques pour rétablir la tranquillité en Europe, et pour résister à l’empereur d’Allemagne contre lequel il s’était armé des

deux frères de Philippe, et plusieurs seigneurs de France. Le cardinal Nicolas , envoyé par le pape Cle'ment pour prêcher la croisade , commença sa mission dans le royaume de France. Le pape écrivit des lettres pour autoriser cette prédication en Allemagne, en France, en Angleterre, en Bourgogne , dans les diocèses de Lyon, d’Arles, de "Vienne, etc.; il prescrivit aux archevêques et évêques de défendre les jeux de hasard et les tournois. (Voy. liv. vm, ép. i ta, 1 18, ia5.)

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