LIVRE XIX. aa
foudres de l’Église, soit enfin qu’il jugeât le mo- i30o-i3ao ment peu favorable , n’approuva point le projet de leur expédition en Syrie. « Avant de songer au » voyage d’outre-mer, écrivait-il au roi d’Angle- » terre , nous voudrions que vous eussiez affermi « la paix, d’abord dans votre conscience , ensuite » dans votre royaume. Le père des fidèles repré- » sentait au roi de France que la paix (i) , si néces- » saire pour entreprendre une croisade , était pres- » que bannie de la chrétienté. L’Angleterre et l’É- » cosse se faisaient la guerre ; les états d’Allemagne » se trouvaient divisés ; le roi de Sicile et le roi de » Naples n’avaient entre eux qu'une trêve de » courte durée; une défiance réciproque empé- » chait les rois de Chypre et d’Arménie de réunir » leurs forces contre l’ennemi commun ; les rois » d’Espagne défendaient leurs états conlreles Mau- » rcs; les républiques de Lombardie s’élevaient les » unes contre les autres ; toutes les villes d’Italie » étaient en butte aux factions, les provinces en » proie à des tyraus, la mer se trouvait impratica- » ble, la route de terre semée d’écueils. » Après avoir fait ce tableau de l’état déplorable de la chrétienté, le pape engageait Philippe à examiner sérieusement comment on pourvoirait aux frais de
(i) Les lettres du pape Jean XXII , adressées au roi d’Angleterre , sont datées du 8 des calendes de juin i3ig. Celles qu’il adressa au roi de France sont du 3 des calendes de décembre de la même année. ( Voy. tom. II du Recueil de ses lettres, ép. secret, ii et 540
i3oo-i3ao la croisade, sans ruiner les peuples, et sans tenter, ajoutait-il , l’impossible , comme on l’avait fait autrefois (i).
Les avis paternels du souverain pontife, et des troubles survenus au sein du royaume , déterminèrent Philippe à différer l’exécution de son projet. Une multitude de pâtres, d’aventuriers et de vagabonds, arborant, comme au temps de la captivité de saint Louis, la croix des pèlerins, se rassemblèrent en plusieurs lieux, poursuivirent les juifs, et se livrèrent aux plus coupables excès (2). On fut obligé d’employer la force des armes et toute la sévérité des lois pour arrêter ces désordres dont la croisade était le prétexte. Dans le même temps plusieurs provinces de France eurent à souffrir d’une maladie épidémique ; on accusa les juifs
(1) Examina , dit le souverain pontife, quas expensas tantum requircl negotîum ; et proinde provide , unde po~ terunt ministrari ; nec ad impossibilia , sicut audivimus , alias , tui consiliarii convertant acies mentis suce.
(2) La Chronique de Bernard , Walsingham , et le manuscrit de Jordan , parlent des excès de ces pastoureaux. Le pape Jean s’adressa au se'nëclial de Beaucaire pour le presser d’employer toute l’autorité et la sévérité des lois contre ces furieux. Le roi de France , trompé d’abord par leur faux zèle, les favorisa; le pape s’en plaignit à Gaucelin, son légat à la cour de France. Ce ne sont pas là des croisés, mais des loups ravissans et des homicides, dit le pontife. ( Voy. le tom. 11, pag. 2, ép. secret. 240.) L’historien Walsingham raconte qu’il vint d’Angleterre un grand nombre de pâtres qui allèrent se joindre aux pastou-