LIVRE XIX. 22Ô
d’avoir empoisonne les puits, dans le dessein de i32o suspendre les préparatifs de la guerre sainte (i).
On les accusa de toutes sortes de complots contre les chrétiens ; la fermentation des esprits était d autant plus grande , que les soupçons étaient vagues et que la plupart des accusations ne pouvaient être prouvées ni démenties. La politique ne trouva d’autre moyen de dissiper les troubles que d’entrer dans les passions de la multitude et de renvoyer tous les juifs hors du royaume. Au milieu de ces circonstances malheureuses , Philippe tomba malade, et mourut en regrettant de n’avoir point accompli le vœu qu’il avait formé de faire la guerre aux Sarrasins.
Dans 1 abandon où étaient tombées les croisades, on s’étonne de voir encore l’esprit des Français dirigé quelquefois vers la délivrance des saints
rcaux de France. Jordan parle des excès qu’ils commirent sur les juifs, qui refusaient de se faire baptiser, et des violences qu’ils exercèrent contre les clercs. Le camérier du pape, ajoute-t-il , fit prêcher des religieux contre ces aventuriers, et leur multitude s’évanouit bientôt.
(i) Walsingham et Meyer disent que les juifs et les lépreux avaient été gagnés par l’or des Sarrasins d’Asie , qui craignaient l’expédition qu’on méditait contr’eux , pour empoisonner les puits et les fontaines. Le pape Jean XXII, qui avait pris les juifs sous sa protection pendant que les pastoureaux les perséilitaient , ordonna que leur livre, appelé tlialmud, fût brûlé, et fit construire une église à la place de leur synagogue dans le comté de Venuse, d’où ils avaient été chassés.
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d/iG histoire des croisades.
i3ai lieux. Ce resle d’enthousiasme , que conservaient nos aïeux au milieu de l’indifierence universelle , ne tenait point seulement aux sentimens religieux, mais au sentiment de la patrie et de la gloire nationale. C’était la France qui avait donné la première impulsion aux guerres saintes. Le nom de la Palestine, le nom de St.-Jean-d’Acre ou de Ptolémaïs, celui de Jérusalem , ne parlaient pas moins au patriotisme qu’à la piété. Quoique les deux expéditions de Louis IX eussent été malheureuses , l’exemple du saint monarque était une grande autorité pour les princes de sa famille, et reportait souvent leurs pensées vers les lieux où il avait trouvé deux fois la gloire du martyre. Le souvenir de ses exploits et même de ses malheurs , le souvenir de tant de héros morts sur les bords du Xil et du Jourdain , intéressait toutes les familles du royaume ; et la ville où reposaient les cendres de Beaudouin et de Godefroi de Bouillon , ces régions lointaines où s’étaient livrés tant de combats glorieux , ne pouvaient être tout-à-fait oubliées des guerriers français.
Après la mort de Philippe-le-Long, il arriva en Europe desi ambassadeurs du roi d’Arménie; le prince arménien , abandonné par les Tartares et menacé par les mameluks d’Égypte (i) , de-
(i) Le sultan du Caire, informe des préparatifs du roi «le France, se mit en état de défense; et pour empêcher que les croisés ne se réunissent aux Arméniens, il résolut