‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 11 sur 276 · LIVRE XVII. a · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. a

à quinze lieues de Ptolémaïs. Elle eut à se défendre ia65 contre toutes les forces que le sultan avait réunies pour une plus grande entreprise. Quand le siège fut commencé, Bibars ne négligea rien pour forcer la garnison à se rendre ; on le voyait sans cesse à la tète de ses soldats, et dans une rencontre , toute son armée jeta un grand cri, comme pour l’avertir du danger qu’il courait. Pour enflammer l’ardeur des mamelucks , il faisait distribuer des robes d’honneur et des bourses d’argent sur le champ de bataille ; le grand cadi de Damas était venu au siège de Sephed pour animer les combattans par sa présence.

Cependant les chrétiens se défendirent vaillamment: cette résistance étonna d’abord leurs ennemis; elle les jeta bientôt dans le découragement : en vain le sultan cherchait à ranimer ses soldats, en vain il ordonna qu’on prît des massues pour frapper ceux qui fuyaient, et lit charger de fers plusieurs émirs qui abandonnaient leur poste; ni la crainte des châtirnens, ni l’espoir des récompenses, ne pouvaient relever le courage des Musulmans. Bibars aurait été obligé de lever le siège, si la discorde des chrétiens n’était venue à son secours. Il eut soin lui-même de la faire naître; dans de fréquens messages envoyés à la garnison , de perfides promesses et d’adroites menaces semèrent, les soupçons et les défiances : enfin la division éclata ; les uns voulaient qu’on se rendît, les autres qu’on se défendît jusqu’à la mort: dès-lors les Musulmans trouvèrent dans les assiégés une résistance

1265 moins opiniâtre et mirent plus d’ardeur dans leurs attaques ; tandis que les chrétiens s’accusaient entre eux et se reprochaient des trahisons, les machines de guerre ébranlaient les murailles ; les mamelucks, après plusieurs assauts, étaient près de s’ouvrir un chemin dans la place. Enfin un vendredi ( nous citons une chronique arabe ) , le cadi de Damas priait pour les combattans , lorsqu’on entendit les Francs crier du haut de leurs tours à moitié renversées : o Musulmans , épargnez- nous , épargnez-nous ! Les assiégés avaient déposé leurs armes, on ne combattait plus; bientôt les portes s’ouvrent, et l’étendard des Musulmans flotte sur les murs de Seplied.

Une capitulation accordait aux chrétiens la permission de se retirer où ils voudraient , à condition qu’ils n’emporteraient avec eux que leurs véteinens (i). Bibars , en les voyant déûler devant lui , cherche un prétexte pour les retenir en son pouvoir. On en arrête plusieurs par ses ordres , on les accuse d’emporter des trésors et des armes; l’ordre est donné de les arrêter tous. On leur reproche d’avoir violé le traité , on les menace de la

(i) L’auteur arabe Abdalrahim et te continuateur d’Elmacin s’accordent à dire que Bibars chargea un de scs cmirs de jurer les articles de la capitulation comme s’il était le sultan lui-même, et qu’ensuilc Bibars, sous prétexte qu’il n’avait pas juré celle capitulation, trouva des raisons pour la violer. ( Voy. les Extraits des auteurs arabes, par JM. Reinaud, §. yi.)

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