LIVRE XVII
mort s’ils n’embrassent l’islamisnie. Ils sont char- 1 gés de chaînes; on les entasse ensuite pêle-mêle sur une colline , où ils n’attendent plus que le trépas. Un commandeur du Temple et deux Frères mineurs exhortèrent leurs compagnons d’infortune à mourir en héros chrétiens. Tous ces guerriers , que la discorde avait divisés , maintenant réunis par le malheur , n’ont plus qu’un sentiment et qu’une pensée : ils s’embrassent en pleurant , ils s’encouragent à mourir ; ils passent la nuit à confesser leurs offenses envers Dieu , à déplorer leurs erreurs et leurs discordes; le lendemain, deux seuls de ces captifs furent mis en liberté ; l’un était un Frère hospitalier, que Bibarsenvojait à Ptolémaïs pour annoncer aux chrétiens la prise de Sephed ; l’autre un Templier, qui abandonna la foi de Jésus-Christ et s’attacha au service du sultan ; tous les autres , au nombre de six cents, tombèrent sous le glaive des mamclucks (x). Cette barbarie, commise au nom de la religion musulmane, paraît d’autant plus révoltante, que les Francs n’en avaient point donné l’exemple , et qu’au milieu des fureurs de la guerre on ne les vit jamais exiger , le glaive à la main, la conversion des infidèles.
On ne peut décrire le désespoir et la consterna-
(1) Les deux auteurs arabes que nous venons de citer portent à deux mille le nombre des chrétiens auxquels Bibars fit trancher la tète. (Voyez aussi Sanuli, liv. ni, part. 12, ch. 8; et Siüridc, cp. u. )
iaG5 tion des chrétiens de la Palestine , lorsqu’ils apprirent la fin tragique des défenseurs de Scplied. Leur douleur superstitieuse inventa ou accueillit . des récits merveilleux, que les chroniques de l’Occident n’ont point dédaignés; on racontait qu’une lumière céleste brillait toutes les nuits sur les cadavres des guerriers chrétiens (i) restés sans sépulture. On ajoutait que le sultan , importuné de ce prodige , qui se renouvelait chaque jour sous ses yeux , donna ordre qu’on ensevelît les martyrs de la foi chrétienne, et qu’on entourât de hautes murailles le lieu où leurs ossemens seraient déposés : telle était l’implacable fanatisme de Bibars qu’il poursuivait de sa haine les vivans et les morts, et que toujours ses victoires étaient accompagnées de quelques actes de barbarie exercés sur les vaincus. Les liabitans de Ptolémaïs lui ayant fait demander les restes de leurs frères massacrés , le sultan , sans daigner leur répondre, se mit en marche vers le territoire des Francs, suivi de quelques guerriers, tua tous ceux qu’il rencontra sur sa route, et revint dire aux députés qu’il avait fait assez de martyrs pour remplir tous les sépulcres des chrétiens (2).
(1) On peut consulter à ce sujet le récit de Sanuti à l’cndroit cité.
(2) Nous refuserions de croire à ce trait de barbarie , s’il était raconté par les clironiquesd’Occident; mais il se trouve rapporté en détail par le continuateur d’Elmacin , historien musulman , qui le présente comme un fait honorable pour le sultan du Caire. On se rappelle que Bibars avait