‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 116 sur 276 · LIVRE XIX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. a

Philippe ilonna tics ordres pour qu’une flotte, 1 réunie dans le port de Marseille, fût prête à recevoir quarante mille croisés. Edouard , à qui la croisade offrait le moyen facile de lever des impôts, promettait d’accompagner le roi de France avec une armée dans le pèlerinage d’outre-mer. La plupart des républiques d’Italie, les rois d’Aragon, de Majorque, de Hongrie, s’engageaient à fournir pour l’expédition de l’argent, des troupes et des vaisseaux (1). Au milieu de ces préparatifs, les croisés perdirent celui qui les dirigeait, et qui était l’âme de l’entreprise. Tout fut interrompu

(1) De nouvelles discordes vinrent arrêter l’exécution de ce projet. Le pape écrivit d’Avignon aux princes dissidens, et ses lettres restèrent sans effet. Ce pontife mourut le 2 des nones de décembre de cette année. Grégoire Stella, dans les Annales de Gênes, lui attribue la prose de l’Église qui commence par ces mots : Stabat mater dolorosa.

Math. Villani dit que ce pontife avait dépensé pour la croisade plus de dix-huit millions de pièces d’or. Jean Villani et Antonin rapportent qu'il avait en outre vendu pour sept autres millions de pierres précieuses, de bijoux, etc. ( Voy., pour le même objet. Math. Villani, liv. vu, ch. 2; Jean Villani, liv. it, ch. 20; Antonin, 3e. part., tit. xxi, ch. 5, §. ,5.)

A-peu-près dans le même temps, il fut fait un traité entre le pape, Philippe, roi de France, Robert, roi de Sicile, le Doge de Venise, le grand-maître de Rbodes et l’empereur Andronic , pour équiper une Hotte contre les Turcs, qui commençaient à menacer l’Europe; mais Andronic manqua au traité , et le projet fut sans résultat.

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par la mort du pape Jean XXII, et c’est ici qu’il faut montrer une des causes pour lesquelles on vit échouer, dans les xme. et xive. siècles, de si nombreuses tentatives pour porter la guerre en Orient. Comme les successeurs de saint Pierre ne parvenaient presque jamais au trône pontifical que dans un âge avancé , ils manquaient de l’énergie et de l’activité nécessaires pour remuer le monde chrétien, diriger des guerres lointaines, et réchauffer un enthousiasme , autrefois difficile à contenir , maintenant si difficile à ranimer. Chaque croisade exigeant toujours de longs préparatifs, la vie d’un souverain pontife suffisait à peine pour achever de si grandes entreprises. Le plus souvent il arrivait que le pape qui avait prêché une guerre sainte ne pouvait voir le départ des croisés, et que celui qui voyait partir les armées chrétiennes , ne vivait point assez pour les suivre dans leurs expéditions , les conduire dans leurs triomphes , les secourir dans leurs revers. Ainsi on ne trouvait jamais dans les projets que les circonstances avaient formés, cet esprit de suite et d’ensemble qui devait en assurer l’exécution et le succès. Ajoutez à cela que depuis que les papes étaient établis à Avignon, et que leur siège apostolique ne se trouvait plus au centre de la chrétienté, ils n’exerçaient plus le même ascendant sur les provinces éloignées, et leur autorité perdait chaque jour de ce prestige attaché au nom seul de Rome , regardée , pendant tant de siècles, comme la capitale du monde.

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