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Cependant la nouvelle il’une croisade s’était ré- i pandue en Orient ; les chrétiens qui habitaient l’Egypte et la Syrie , les pèlerins et les marchands venus d’Europe , furent en butte à toutes sortes de persécutions. Le sultan du Caire et plusieurs princes musulmans rassemblèrent des armées, soit pour résister aux croisés, soit pour venir attaquer les chrétiens jusque dans l’Occident. Un descendant des Abassides , qui résidait en Egypte , et prenait le titre de calife, envoya partout des lettres et des messages pour engager les vrais croyans à prendre les armes, promettant aux martyrs de la foi musulmane qu’ils assisteraient, dans le paradis de Mahomet, à des banquets délicieux, et que chacun d’eux aurait sept vierges pour épouses.
Le but de cette espèce de croisade , prêchée au nom du prophète de la Mecque, était de pénétrer en Europe par la pointe de Gibraltar ; les guerriers musulmans juraient d’anéantir le christianisme et de changer en étables tous les temples des chrétiens. A mesure que les Sarrasins s’enflammaient de la sorte pour une expédition qu’ils appelaient aussi une guerre sainte , l’Europe voyait s’affaiblir et s’éteindre le zèle des princes et des guerriers qui avaient juré de combattre les ennemis de Jésus- Christ. Quand Benoît XII succéda à Jean XXII, il trouva toutes les dispositions changées ; les haines, les défiances , les jalousies avaient pris la place d’un enthousiasme passager et peu sincère ; c’est en vain que les chrétiens, arrivés d’Orient,
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racontaient les persécutions qu’ils avaient souffertes et les préparatifs des infidèles contre les nations de l’Occident; c’est en vain que le pape continuait scs exhortations et ses prières (i); plus on avait de raisons pour entreprendre une croisade, plus les esprits se montraient indifférens et semblaient s’éloigner de la pensée de combattre les Sarrasins. Ce fut alors que le frère André d’Antioche vint à Avignon avec le dessein d’implorer le pape et les princes de la chrétienté. Philippe de Valois s’était rendu à la cour du souverain pontife pour annoncer qu’il différait son voyage en Orient; ce prince montait à cheval pour revenir à Paris , lorsque le frère André se présenta devant lui , et lui dit (2) : « Etes-vous Philippe , roi de France, qui
(1) Apres tant de défaites éprouvées en Asie par les chrétiens, il ne leur restait plus que l’Arménie. Le sultan du Caire, à la nouvelle de ce qui se préparait en Occident, rompit la trêve conclue avec le roi d’Arménie, et fondit sur ses états. Le roi , qui ne pouvait lui résister , se renferma dans une forteresse, et envoya une ambassade au souverain pontife et au roi de France pour implorer leur secours. Le pape Benoît XII écrivit à Philippe. Ce prince demanda au pontife le trésor amassé par le pape Jean pour faire la guerre. Ptoléméc de Lucques rapporte que le pape refusa de le donner, si le roi ne s’embarquait et ne remplissait pas la promesse qu’il avait faite sous le pontife précédent; mais Philippe ne put être amené par cette promesse à aller au secours des Arméniens. ( Hist . eccle's., liv. xxiv, ch. 43. )
(2) Voyez au tom. 1 de la Diblioth. des Croisades , l’article de Math. Vii.lani.)