‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 118 sur 276 · LIVRE 5nx · texte numérisé non relu

LIVRE 5nx

» avez promis à Dieu et à son Église de déli- i335-i3Go » vrer la Terre-Sainte? » Le roi répondit: « Oui. »

Alors le religieux reprit : « Si votre intention est de » faire ce que vous avez résolu, je prie Jésus- » Christ de diriger vos pas et de vous donner la » victoire ; mais si l’entreprise que vous avez » commencée ne doit tourner qu’à la honte et au » malheur des chrétiens , si vous n’êtes pas décidé » à l’achever avec le secours de Dieu , si vous avez » trompé la sainte Eglise catholique , la justice di- » vine s’appesantira sur votre famille , sur votre » royaume , et le sang que la nouvelle de votre » expédition a fait répaudres’élèvera contre vous. »

Le roi , surpris de cet étrange discours, répondit : « Frère André, venez avec nous; » et le frère André répliqua sans s’émouvoir et d’un ton d’inspiré : « Si vous alliez en Orient , j’irais dc- » vant vous; mais comme vous allez à l’Occident,

»> je vous laisse aller. Je retournerai faire pénitence » de mes péchés dans la terre que vous abandon- » nez aux Sarrasins. »

Telle était encore l’autorité des orateurs qui parlaient au nom de Jérusalem, que les dernières paroles du frère André jetèrent le trouble et l’incertitude dans l’esprit d’un puissant monarque; mais de nouveaux orages politiques venaient d’éclater ; la rivalité ambitieuse d’Edouard III donna le signal d’une guerre qui devait durer plus d’un siècle et répandre les plus grandes calamités sur la France. Philippe, attaqué par un ennemi formidable, fut obligé de renoncer à son expédition tome v. ib

n;Ji HISTOIRE DES CROISADES.

1 335-i 3Co (Toutre-mer, et d’employer, pour défendre son propre royaume , les troupes et les flottes qu’il avait rassemblées pour délivrer l’héritage de Jésus- Christ.

Le pape néanmoins n’abandonna point le projet de la guerre sainte (i). Le poète Pétrarque, qui se trouvait alors à Padouc , partageant le zèle du souverain pontife, adressa une lettre éloquente au doge de Venise pour l’engager à combattre les Sarrasins (a). Quelques états d’Italie réunirent leurs forces pour faire une expédition en Orient.

(1) Tæ pape Benoît, suivant les intentions de son prédécesseur, envoya en i335 des ambassadeurs au roi de France, au grand-maître de Rhodes et à François Dandolo, pour les exhorter à équiper une ilotte puissante contre les Turcs, il écrivit à Robert , roi de Sicile, d’y joindre des vaisseaux auxiliaires. Il s’adressa aussi à l'évêque de Majorque et aux autres évêques pour qu’ils excitassent les peuples à prendre la croix. Si celte expédition ne réussit pas, dit Raynaldi , ce n’est pas au manque de soins ou à la négligence de Benoît qu’il faut s’en prendre. ( Voy. le Recueil des lettres de ce pontife, tom. i , ép. 5o8, 437 , ao8-3i.)

(2) En 1 35 1 , Pétrarque écrivit de Padoue la lettre dont il est ici question , pour exhorter ledoge de Venise àmettre fui à la guerre qui existait entre les Génois et les Vénitiens, <1 à tourner leurs armes communes contre les barbares.

« Plût à Dieu , disait le poète, que vous eussiez pour v ennemies les villes de Damas ou de Suze, de Memphis » ou de Smyrne , et que vous eussiez à combattre les Perses » ou les Arabes, les Thraces ou les Illyriens : car que faites- ■» vous? ce sont vos frères que vous vous efforcez de dé- » truite. »

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