LIVRE XIX
Une chronique des comtes d'Ason rapporte qu’on i335-i3Go vit sortir de Milan un grand nombre de croisés vêtus de blanc , avec une croix rouge (i) ; une Hotte armée par le souverain pontife, par la république de Venise et le roi de Chypre, parcourut l’archipel et surprit la ville de Smyrne , où les croisés furent bientôt assiégés à leur tour parles Turcs.
Le légat du pape et plusieurs chevaliers furent tués eu défendant la ville (2), ce qui détermina le souverain pontife à tenter de nouveaux efforts pour ranimer l’ardeur de la croisade. Ce fut alors que le dauphin du Viennois , Humbert II , résolut de prendre la croix, et vint à la cour d’Avignon supplier le pape de lui octroyer d’être capitaine du saint veyage contre les Turcs , et contre les non féaux de l’église de Rome. Humbert obtint facilement ce qu’il demandait, et retourna dans ses états pour faire les préparatifs de son expédition. Il aliéna ses domaines , il vendit des privilèges à la noblesse , des immunités aux villes ; il leva des sommes considérables sur les juifs , sur les marchands
(i) Voy. Y Opusculum de Guavaneo delà Flamma, De Rébus gestis abÀzone et vice-cornilibus , Collect. de Muratori , tom. xm , pag. 997 , sous la date de i34o. L’cxpe'dition dont il est ici question fut prêchée en 1 343.
(a) L 'Histoire des Cortusi , outre le le'gat du pape, cite encore Marini Zacharie, amiral génois, plusieurs chevaliers de Rhodes et une vingtaine d’autres , dont les têtes furent présentées au général turc. Celui-ci , enflé de cette victoire, voulut teuter un nouvel assaut; mais il fut repoussé. ( Hist . Cort. , liv. vin, ch. 16; et Jean Villani, liv. xn,ch. 38.)
j335-i36o italiens établis dans le Viennois , exigea un trilnit de tous ceux de ses sujets qui ne l’accompagnaient point à la croisade ; et s’e'tant embarqué avec cent hommes d’armes , il alla chercher en Asie la fortune des conquérans ou la gloire des martyrs. Il ne trouva ni l’une ni l’autre , et revint en Europe sans renommée et chargé de dettes (x). L’bistoire nous représente Humbert II comme un prince faible , inconstant et irrésolu. Il se ruina d’abord par ses dissipations, ensuite par les dépenses de la croisade; las du monde et des affaires, il finit par abandonner à la couronne de France sa principauté, qu’il avait engagée à Philippe de Valois, et se relira dans un monastère des Frères prêcheurs. Afin de le consoler de n’avoir pas conquis l’Egypte ou tout autre pays des infidèles, le pape lui donna* le titre de patriarche d’Alexandrie (2) , et le roi de France , pour lui faire
(O Le pape avait ordonné , pour soutenir la dépense de ta croisade, une imposition extraordinaire sur les biens du ■clergé de France, d’Espagne et d’Àngleterrc ; mais la cruelle guerre que faisaient alors les Anglais en France, et la perte de la bataille de Crc'cy ne permettant pas de faire cette levée de deniers, le pape approuva avec joie le projet d’une trêve que demandèrent les Turcs, et que le dauphin de Tienne lui proposa. ( Hist . du Dauphiné , p. 284 •) (2) Humbert avait mené avec lui, dans son expédition la princesse Marie de Baux, sa femme , qui mourut dans l’île de Rhodes pendant que son mari tenait la mer. Humbert , devenu veuf , tourna scs vues du côté de Jeanne, fille aînée de Pierre de Bourbon, mais il hésita et finit par embrasser