LIVRE XIX. x',r
oublier le Dauphiné, le nomma archevêque cle i33j-i36o» Reims.
Tels furent les événemens et les suites de celtecroisade, occasionnée en Europe par l’arrivée des ambassadeurs de Chypre et d’Arménie. Quelques années s’étant écoulées , un petit-fils de Hugues de Lusignan vint lui- même solliciter le souverain pontife ; le pape, tout occupé alors de rétablir dans l’état romain son autorité ébranlée par la révolution de Rienzi, eut la singulière pensée de nommer tribun de Rome le jeune prince venu d’Orient.
Nous n’avons pu savoir, ni si cette proposition fut acceptée, ni si le pontife s’occupa de secourir les fidèles d’outre-mer. Alors la chrétienté était divisée, cl bientôt la peste se joignit à la fureur des armes ; celle peste, qu’on appelait la peste noire, et qui avait pris naissance sur le grand plateau de Ja Tartarie , parcourut toutes les contrées de l’Orient et de l’Occident, et causa en peu d’années le trépas de treize millions d’hommes (i). Les hislo-
rélal ecclésiastique; il reçut dans un même jour les ordres du sous-diaconat , du diaconat et de la prêtrise. A la messe qui sc disait au chant du coq, il fut fait sous-diacre; à celle du point du jour, diacre; à la grand’messe, prêtre. Il célébra, ensuite lui-même la messe. Huit jours après, le pape le sacra évêque. (Voy. Ilist. du Dauphiné , tom. it, pag. 507; les Annales de Henri de Rcbdorf; Mathieu Villani , liv. i, ch. 26 ; et la chronique d’Albert de Strasbourg, ad arm., i35o.
(1) Ce fléau, suivant Y Histoire des Cortusi ,\\v . iv,ch. t4, fut précédé d’un grand tremblement de terre qui se fit
i335-i36o riens ont remarqué que ce fléau avait suivi dans sa marche funèbre la route que suivaient les marchands qui apportaient en Europe les productions de l’Inde , et les pèlerins qui revenaient de la Palestine.
Quand la peste eut cessé ses ravages , la guerre reprit toutes ses fureurs. L’état déplorable où la discorde plongeait alors l’Europe, et surtout la France , devait faire regretter les temps où la prédication d’une croisade imposait silence à toutes les passions et suspendait toutes les hostilités. Le pape avait plusieurs fois entrepris de rétablir la paix : il
sentir à une heure après-midi le i5 janvier i348. La peste apportée de l’Orient à Venise, se répandit dans la Lombardie, dans la Marche, dans la Toscane, en Allemagne, en France et presque partout. Elle se manifestait par des glandes aux aînés, ou sous les bras, ou dans d’autres parties du corps, et par une fièvre contagieuse. Ceux qui en étaient attaqués mouraient le premier ou le second jour. Quelquesuns se sentaient surpris par le sommeil , et ne se réveillaient plus. Il était très rare que les malades passassent le troisième jour. Les médecins avouaient hautement qu’ils ne connaissaient aucun remède. Ce fléau dura six mois dans tous les lieux où il se manifesta. L’auteur que nous citons remarque comme une chose étonnante qu’aucun roi , aucun prince n’en mourut.
Le pape , qui résidait à Avignon , se préserva de la peste en interdisant tout accès auprès de lui, et en allumant de grands feux dans son palais pour purifier l’air.
On peut lire aussi, sur les ravages de cette peste , Malh. Villani, et la septième lettre du liv. vm du Recueil des» lettres familières de Pétrarque.