‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 13 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Après la prise (le Seplied , Bibars retourna en , Egypte: les Francs crurent avoir quelques jours de repos et de sécurité ; mais l’infatigable sultan ne donnait jamais à ses ennemis le temps de se réjouir de son absence. Il rassembla de nouvelles troupes , et bientôt il reporta la désolation sur les terres des chrétiens. Dans cette campagne , ce fut l’Arménie qui attira sa colère et ses armes victorieuses (i) ; il reprochait au prince arménien d’avoir appelé les Tartares venus en Syrie; il lui reprochait d’avoir interdit aux marchands égyptiens l’entrée de ses états, et ne lui pardonnait point la défense faite à ses sujets de tirer des marchandises de l’Egypte. Ces plaintes ne tardèrent pas à être jugées sur le champ de bataille (a) ; l’un des fils du roi d’Arménie perdit la liberté , l’autre la vie ; l’armée de

obtenu un grand crédit parmi les Musulmans par le mal qu’il avait fait aux chrétiens ; et tel était le fanatisme du temps que sa barbarie envers ses ennemis était pour lui un titre de gloire. ( Voy. les Extraits des auteurs arabes, par M. Rcinaud, §. 91. )

(1) Suivant Makrisi, Bibars, avant de tourner scs armes contre le roi d’Arménie, obligea les Ismaéliens à lui envoyer de l’argent et des troupes , et les Templiers à renoncer au tribut que leur payaient tous les ans ces mêmes Ismaéliens cl les villes de Ilamah , d’Emesse et autres de leur voisinage. ( Ibid. )

(3) La chronique d’Aboulfarage prétend que le roi d’Arménie avait refusé de lier avec l’Egypte des relations d’amitié et de commerce, et de se soumettre à un tribut annuel. (Extrait des auteurs arabes, §■ 93. Voy. aussi Sanuli, liv. 111, part. 13, ch. 8; Uayton , JJisl. orient., cliap. 33.)

3o HISTOIRE DES CROISADES.

iîG6 Bibars revint chargée de butin et suivie d’une multitude innombrable de captifs.

Cependant les dépouilles des vaincus ne suffisaient point à entretenir la guerre formidable déclarée aux chrétiens -, le sultan du Caire résolut d’établir dans ses états, ainsi qu’on le faisait en Occident pour les croisades , une taxe destinée aux dépenses de cette guerre que les Musulmans regardaient comme une guerre sainte. L’Egypte, les îles de la mer Rouge, la cité de Médine, payèrent la dîme qu’on imposait au nom de l’islamisme, et qu’un historien arabe appelle Y impôt ou le droit de Dieu. Il devenait plus que jamais impossible aux Francs de résister à des ennemis aussi redoutables par leur multitude que par leur enthousiasme religieux. L’élite des guerriers chrétiens avait tenté une expédition vers Tibériade (i) ; cette troupe, dernière ressource des Francs, venait d’être défaite et dispersée par les infidèles. Le duc de Nevers, arrivé en Palestine, à la tête de cinquante chevaliers , mourut alors à Pto-

(1) Makrisi, de qui nous empruntons ce fait, dit que onze cents guerriers d’Occidcnt, débarques à Acre, avaient essayé de faire une invasion du côté de Tibériade , et que surpris par les Musulmans, ils furent mis en fuite. Un très grand nombre périt dans le combat. ( Comparez avec Sanuti, liv. ni, part, i a, ch. 8.) Ce dernier auteur parlede la mort du comte de Nevers au mois d’août de celte année. Cette mort fut, selon lui , une grande perle pour les chrétiens, et surtout pour les pauvres.

Page 1