‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 121 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

adressa d’abord des supplications au monarque i33>-i36» anglais ; il le menaça ensuite des foudres de l’Église ; mais la voix du père des fidèles se perdit dans le bruit des armes.

Philippe de Valois était mort au milieu de la lutte terrible qu’il soutenait avec l’Angleterre. La perte de la bataille de Poitiers et la captivité du roi Jean , devinrent le signal des plus grands désordres qui aient troublé le royaume dans le moyen âge. Les complots du roi de Navarre , les intrigues des grands, l’égarement du peuple, la fureur des factions, les scènes sanglantes de la Jacquerie , répandirent l’effroi et la désolation dans la capitale et dans lesprovinces. Lorsque la France eut achevé d’épuiser ses trésors pour racheter la liberté du roi Jean , Ja présence de son monarque ne put lui rendre le repos dont elle avait besoin pour réparer ses malheurs. Les soldats des deux nations , qu’on renvoyait sans solde et qui se trouvaient sans asile , s’étaient réunis en bandes armées , et , sous le nom de compagnies blanches , parcouraient le royaume , bravant les ordres du roi , les excommunications du pape, portant partout la licence ,1e meurtre , la dévastation. Tout ce qui avait échappé au fer des Anglais, à l’avidité de ceux qui levaient les impôts, devenait la proie de ces brigands, dont le nombre s’accroissait en proportion de leur impunité et de leurs excès. Les campagnes restaient incultes; toutes les voies du commerce se trouvaient interrompues; la terreur et la misère régnaient dans les villes. Ainsi la suspension des hostilités n’avait

2î}8 histoire des croisades.

j3Go apporté aucun soulagement aux malheurs des peuples, et les désordres qui éclataient dans la paix étaient plus insupportables que ceux qu'on avait soufferts dans la guerre.

Ce fut dans ces circonstances malheureuses que Pierre de Lusignan, roi de Chypre, vint implorer les armes des princes chrétiens contre les infidèles, et fit adopter à Urbain V le projet d’une nouvelle croisade. Peut-être espérait-il que l’état de confusion où se trouvait la France lui offrirait un moyen de lever des troupes, et que tous ces soldats qui désolaient le royaume prendraient la croix pour le suivre en Orient.

Le roi de Chypre proposait d’attaquer la puissance des sultans du Caire, dont la domination s’étendait sur Jérusalem. La chrétienté avait alors, parmi les nations musulmanes, des ennemis plus redoutables que les mamelucks d’Égypte. Les Turcs, maîtres de l’Asie mineure , venaient de passer l’Hellespont, de pousser leurs conquêtes jusqu’au mont Hémus , et de porter le siège de leur empire dans Andrinople j c’était là, sans doute, l’ennemi qu'il fallait attaquer ; mais les Turcs n’inspiraient encore de sérieuses alarmes que dans les pays qu’ils avaient envahis ou menacés (i). A la

(i) Le voyage de Pierre Ier. , roi de Chypre, eut lieu eu >362. Après avoir quitté le pape à Avignon, il parcourut l'Allemagne, les Pays-Bas et l’Angleterre, pour exciter les princes et les peuples à la croisade. 11 revint en France et assista aux funérailles du roi Jean et au couronnement de

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