LIVRE XIX
pcs destinées à combattre les Musulmans sur les i36G rives du Danube. Le souverain pontife lui avait écrit plusieurs lettres , pour l’engager à prendre part à la croisade; mais le projet de Charles IV lut à la fin abandonné , et Duguesclin conduisit les compagnies blanches en Espagne.
Cependant le roi de Chypre était parvenu à enrôler sous ses drapeaux un grand nombre d’aventuriers de toutes les conditions , accoutumés à vivre au milieu des périls et qu’entraînait à sa suite l’espoir de piller les plus riches contrées de l’Orient. La république de Venise n’avait point dédaigné de prendre part à une expédition où son commerce pouvait recueillir de grands avantages. Pierre de Lusignan reçut aussi des secours des braves chevaliers de Rhodes , et, de retour dans Pile de Chypre, il s’embarqua à la tête d’une armée de dix mille hommes (i). Les croisés , à qui le pape
(i) Philippe de Mazères, qui était de cette expédition, et qui a écrit la vie du légat Pierre Thomas, dit que le roi de Chypre et ce légat essayèrent en vain de retenir les croisés , et que ceux-ci furent sourds à leurs voix et se rembarquèrent. Pétrarque, dans une lettre à Jean Bocace, dit la même chose ; mais il accuse plus particulièrement les Anglais qui étaient de l’expédition; Thomas Walsingham confirme celle accusation en disant que ces Anglais revinrent plus chargés de butin que de gloire.
Les croisés , à peine sortis du port d’Alexandrie , furent assaillit par une tempête, pendant laquelle, au rapport de Philippe de Mazères, le légat écrivit de sang-froid une lettre au pape et à l’empereur sur l’issue de l’entreprise.
Ir4 IIISTOIRE DES CROISADES.
i3G(î avait envoyé un légat , allèrent attaquer Alexandrie qu’ils trouvèrent presque sans défense. Lorsque la place fut tombée en leur pouvoir, le roi de Chypre voulait qu’on s’y fortifiât et qu’on y attendît les armées du Caire ; ses soldats et sesalliés ne purent résistera l’envie de piller une cité florissante ; et craignant ensuite d’être surpris par les mamelucks, ils mirent le feu à la ville et l’abandonnèrent le quatrième jour delà conquête. Sans avoir vaincu les Musulmans, on les avait irrités. Après le départ précipité des croisés , le peuple égyptien , n’écoutant que la vengeance et la haine , se porta à toutes sortes de violences contre les chrétiens qui habitaient l’Egypte. Cependant les croisés firent quelque temps après une descente sur les côtes de Syrie; ils s’emparèrent de la nouvelle ville de Tripoli et la livrèrent aux flammes. Tortose, Laodicée, plusieurs villes de la Phénicie, éprouvèrent le même sort. Celle manière de faire la guerre dans un pays qu’on voulait délivrer , devait exciter la fureur des Musulmans , sans relever les espérances et le courage des chrétiens : mais comme le sultan du Caire avait d’autres ennemis à com-
L’hislorien copie cette lettre et doune assez de détails sur cette expédition. ( Voy. la Vie de Pierre Thomas dans les Bol laudistes , ton», n, iq janv.)
L’année suivante les Musulmans d’Egypte ayant fait alliance avec les Turcs pour chasser les chrétiens de l’île de Chypre et de Rhodes, forcèrent les croisés à se disperser, elle roi de Chypre à conclure une trêve. ( Voy. Rayualili, ad ann. i360, n°. aa. )