‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 125 sur 276 · LIVRE XIX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. a

Lattre , et que sa flotte ne pouvait se mesurer avec celle des chrétiens , il sollicita une trêve. On convint que tous les prisonniers seraient rendus de part et d’autre , et que le roi de Chypre aurait la moitié des droits perçus sur les marchandises qui entraient à Tyr, à Béroutli, à Jérusalem , à Alexandrie et à Damas. Le traité régla le tribut que devaient payer les pèlerins dans les lieux de la Terre-Sainte où les appelait leur dévotion. Le sultan d’Egypte rendit aux chevaliers de St.-Jean la maison qu’ils possédaient autrefois à Jérusalem ; et les chrétiens eurent la permission de faire réparer les églises du St.-Sépulcre , de Béthlécm , de Nazareth , etc. Tels étaient les avantages qu’obtenaient les croisés sans avoir remporté une seule victoire signalée sur les infidèles. Le roi de Chypre et les chrétiens n’en jouirent pas long-temps ; et lorsque les forces de cette croisade se furent dissipées, le sultan ne respecta point des privilèges accordés dans le seul espoir de tromper et de désarmer des ennemis (i) dont il redoutait la valeur.

Cependant à l’ardeur des croisades avait succédé

(i) Rien n’est plus propre à exciter notre surprise que les conditions avantageuses qu’obtinrent le roi de Chypre elles chrétiens dans le tra i té fait avec le sul tan d’Égy p te. Ce dern ier avait-il des embarras intérieurs, redoutait-il les progrès des Turcs, ou l’audace aventureuse des croisés ? Les monumens historiques qui nous resteut ne nous permettent pas d’éclaircir ce fait : cette époque de l’histoire est en général fort obscure, et nous réduit souvent à la nécessité de ne dire que des probabilités et de n’exprimer que des conjectures.

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dans l’esprit des guerriers une passion de se distinguer et de s’enrichir par des entreprises chevaleresques et des expéditions aventureuses auxquelles se mêlaient toujours quelques souvenirs des guerres saintes. Les Génois ayant formé le projet de faire une expédition sur les côtes de Barbarie, dont les habitans troublaient la navigation de la Méditerranée et venaient porter la dévastation jusque dans la rivière de Gênes, demandèrent un chef et des troupes au roi de France Charles VI. Au seul bruit de cette entreprise lointaine, on vit accourir de toutes les provinces du royaume, et même de l’Angleterre , une foiile de guerriers avides de signaler leur bravoure. Le dauphin d’Auvergne , le sire de Coucy , Guy de la Trimouille, messire Jean de Vienne, sollicitèrent l’honneur d’aller combattre les Sarrasins en Afrique ; quatorze cents chevaliers et seigneurs } sous les ordres du duc de Bourbon, oncle du roi, se rendirent à Gênes et s’embarquèrent sur la flotte de la république. L’expédition passa devant les îles d’Elbe , de Corse , de Sardaigne. Après avoir essuyé une tempête dans le golfe de Lyon , elle arriva à la vue de la ville d 'Afrique (i).

Celte ville ü Afrique , dont l’historien Froissard nous donne une description , et qui pour sa situation

(1) Celte ville Afrique est la même que la ville d ' Alniahia, contre laquelle les Pisans et les Génois avaient fait une expédition quelque temps avant la première croisade. (Voy. le premier livre de celte histoire.)

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