‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 126 sur 276 · LIVRE XIX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. a

et son port, ressemblait à la ville de Calais en , France, passait alors pour être la clef des provinces et étals de Barbarie, et n’était pas loin de cette rive de Carthage , où cent dix ans auparavant Louis IX avait trouvé le martyre sous l’étendard de la croix. Les chevaliers français et les Génois s’arrêtèrent pendant quelques jours dans une île voisine , et résolurent d’assiéger la ville qu’ils voyaient sur la côte (t). Quand on sonna les trompettes de département, ditFroissard , cètoit grand plaisance et grand beauté de voir les rameurs voguer par mer à force de rames , car la mer, qui ètoit belle et apaisée de tous tourmens, se fendoil et bruissoit a l’encontre d’eux , et montroit par semblant quelle avoit grand désir que les chrétiens vinssent devant Afrique. Le même historien ajoute que les liabilans de la ville, en voyant arriver ainsi la flotte

(i) Froissard parle très longuement de cette expédition, et c’est lui que nous avons pris pour guide dans notre récit, nous servant meme quelquefois de ses expressions. Toutefois, il n’est pas le seul qui ait parlé de cette espèce de croisade; saint Antonin, Paul Emile, Bizaro, Folietta, en ont parlé aussi ; mais ce qu’il y a de singulier, c’est que Bizaro et Folietta, historiens de Gènes, prétendent que les Génois et les Français assiégèrent alors la ville de Tunis; uous aimons mieux nous en rapporter à Froissard qui était contemporain, et qui avait puisé son récit dans la conversation des chevaliers qui avaient campé deux mois sous les murs de la ville d’Afrique.

Paul Émile et Christine de Pisan nomment aussi cette ville, l’un dans son histoire, l’autre dans ses mémoires.

a 58 HISTOIRE DES CROISADES.

i38f) chrétienne, furent tous esbalns , et qu’ils sonnèrent aussitôt du haut des tours grand fuison de tjmbules et tambours , tant que la noise (le bruit) et signifiance des venants s’épartit dans tout le pays. Néanmoins les Musulmans n’entreprirent point de s’opposer au débarquement des guerriers chrétiens, qui dès le lendemain , jour de la Madeleine , après avoir bu un coup et mangé une soupe en vin grec , Malvoisie ou Grenache , descendirent sur la rive, ■et déployèrent leurs tentes : les Sarrasins lancèrent quelques traits du haut des tours, et restèrent enfermés dans leurs remparts (i). Le jour suivant on vit arriver une multitude de guerriers qui venaient de Tunis et des pays voisins : celte armée, qui comptait spus ses drapeaux trente mille archers et dix mille hommes à cheval , campa en présence des chrétiens. L’histoire contemporaine décrit les forces et la disposition de l’armée des Francs, composée de quatorze mille guerriers, presque tous gentilshommes , campés sur un sable aride , et dressant leurs tentes faites d’une toile légère venue de Gènes.

Ni du côté des Musulmans, ni du côté des chrétiens , un ne songea point d’abord à combattre ; les deux armées étaient, l’une pour l’autre, un spectacle tout nouveau. Ou s’observait avec une curio-

(i) Paul Émile, et après lui Folietta et Bizaro, disent au contraire que les Africains s’opposèrent à la descente, et «jue ce furent les archers anglais qui vinrent à bout de les disperser.

Page 1