LIVRE XIX. *Gi
fendit lui-même ses vrais serviteurs. « Comme les 1 » Sarrasins approchaient (ce sont les expressions de » Froissard), ils virent devant eux une compa- » gnie de daines toutes blanches , une surtout qui,
» sans comparaison, étoit plus belle que toutes les » autres, et portoit devant elle un gonfalon tout » blanc et une croix vermeille par dedans ; furent » alors les Sarrasins si effrayés , qu’ils furent d’es- » prit, de force et de puissance tout éperdus, et » se tinrent tout cois et les dames devant eux. » Une autre circonstance non moins curieuse, ce fut l’apparition dans le camp d’un chien qui n’appartenait à personne, et qu’on appelait le chien de Notre-Dame. Toutes les fois que l’ennemi s’approchait du camp pendant la nuit, ce chien réveillait ceux qui dormaient : dans celte occasion, il avertit les chrétiens du danger qu’ils couraient, et les Sarrasins prirent la fuite. Nous rapportons ici ces faits merveilleux pour montrer quel était alors l’esprit des chevaliers chrétiens, qui ne voyaient plus que des dames blanches dans une circonstance où les premiers croisés n’auraient vu que des saints et des anges. L’histoire du chien miraculeux nous fait voir que les guerriers français ne veillaient guère autour de leur camp , et qu’on ne suivait pas dans l’armée les lois d’une sévère discipliue (i).
(i) Paul Emile, Folictta ni Bizaro , ne parlent ni des dames blanches, ni du chien merveilleux, ni même du projet des Sarrasins d’attaquer les avant-postes chrétiens.
aCa HISTOIRE DES CROISADES.
,33 g Le siège, si on peut se servir ici de ce nom ,
durait depuis plus d’un mois , sans qu’on eût livré un combat ou un assaut , sans qu’on eût fait d’un côté ni de l’autre aucun prisonnier; à la fin , quelques guerriers musulmans , parmi lesquels était le chevalier de la princesse de Tunis , s’approchèrent du camp des chrétiens, et par l’organe d’un Génois, proposèrent à quelques chevaliers français un combat de dix contre dix ; ce combat fut accepté , et tous les chevaliers de l’armée voulaient en partager la gloire. Les dix premiers qni se présentèrent ayant été choisis , on se tint prêt pour le jour suivant; mais, comme on avaitdes défiances, les chefs firent ranger toute l’armée en bataille devant la ville d 'Afrique. Les dix champions de l’honneur des chrétiens, couverts de leurs armes, attendaient dans la plaine leurs adversaires. Mais nuis n en venaient , et milles nouvelles on ojoit d’eux. Or on décida qu’on donnerait un assaut ; les chrétiens franchirent la première muraille de la ville ; les Sarrasins, sans opposer une grande résistance, se retirèrent derrière le second mur. Le soleil lançait des feux dévorans; la terre et l’air étaient embrasés ; les chevaliers restèrent tout le jour en présence de l’ennemi ; ils succombaient sous le poids de leurs armures de fer; plusieurs expirèrent de chaleur et de soif ; l’armée chrétienne rentra le soir dans son camp , rapportant avec elle ceux qui étaient morts sous les murailles de la ville , et disposée à faire plus grand guet que devant , dans la crainte d’une surprise des Sarrasins, Froissard nous donne