LIVRE XVII. 3i
lémaïs, vivement regretté du peuple et des pau- 1267 vres. Les chrétiens , livrés au désespoir , implorèrent la clémence de Bibars. Occupé de fortifier le château de Sephed, le sultan du Caire, au lieu d’écouter les prières des Francs, vint dévaster leur territoire : au milieu de la désolation qui régnait parmi les chrétiens, on le vit lui-même devant la porte de Ptolémaïs, monté sur un cheval de bataille , le glaive à la main , et semblable à l’ange exterminateur, donner le signal du carnage. Après être resté quatre jours sous les murs de la ville, Bibars s’éloigna tout-à-coup pour surprendre Jaffa. Cette place, dont les fortifications avaient coûté (1) à Louis IX des sommes considérables , tomba , après quelque résistance, au pouvoir du sultan , qui fit abatli’e scs murailles (2). Dans cette excursion , Bibars s’empara du château de Crac ,
(1) « Les grans deniers , dit Joinville, que le roi mist à fermer Jade , ne convient-il pas parler que c’est sans nombre, car il ferma le bourg dès l’une des mers jusques à l’autre; là il ot bien vingt-quatre tours , et furent les fosses curés de l’un dehors et dedans. Trois portes y avoient, dont le légat en fist l’une et un pan de mur. »
(2) Voy. l’Extrait des auteurs arabes, §. 9t. Bibars (il un traité avec le roi d’Arménie, avec le seigneur de Béritheet avec le grand-maître des Hospitaliers. Il obligea ceux-ci à renoncer au tribut que leur payaient les Ismaéliens. Après la prise de Jaffa, il enleva aux Templiers la forteresse de Schakif , dont il s’empara par artifice. Cet ordre perdit ainsi successivement presque toutes scs places fortes. ( Voyez Maki isi. )
3i HISTOIRE DES CROISADES.
1267 de plusieurs autres forts, puis s’avança vers Tripoli. Boliémond lui ayant envoyé demander ce qu’il venait faire : « Je viens , répondit-il , moissonner » vos terres j la campagne prochaine j’assiégerai » votre capitale (1). »
1268 C’est ainsi que Ëibars cherchait à répandre la terreur de ses armes en plusieurs lieux à-la-fois , afin d’empêcher les chrétiens de réunir leurs forces, et pour cacher ses véritables desseins. Depuis longtemps il avait le projet d’envahir la principauté d’Antioche ; son armée reçut tout-à-coup l’ordre de marcher vers les bords de l’Oronte : quelques jours étaient à peine écoulés , que les troupes musulmanes campaient devant la ville d’ Antioche , mal défendue par son patriarche (2), et qu’une grande partie de ses liabitans avaient abandonnée. Les historiens parlent peu de ce siège, où les chrétiens n’opposèrent qu’une faible résistance, et se montrèrent moins en guerriers qu’en suppliaus ; leurs soumissions, leurs larmes, leurs prières, ne fléchirent point un conquérant, dont
( 1 ) Celle réponse est rapportée par lachron ique d’Ibti-Féra t.
{2) Le prince d’Antioche était alors à Tripoli. L’auteur arabe, Ibu-Férat, remarque que pendant l’absence du prince, l’autorité résidait ordinairement dans les mains du patriarche et des ecclésiastiques. Nous avons vu dans le 11e. volume de cette histoire qu’après la mort de Roger, prince d’Antioche, le gouvernement de la ville fut exerce par le clergé. Peut-être est-ce de ce premier exemple que s’établit la coutume à Antioche de remettre l’autorité au patriarche dans l’absence du prince.