‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 130 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

qu’ils avaient eue d’abord dans la valeur de leurs i 38q auxiliaires: «Quels hommes d’armes êtes-vous? di- » saicnt-ils aux guerriers de France; quand nous » partîmes de Gênes, nous espérions que la con- » quête à' Afrique seroit l’ouvrage de huit jours « ou de quinze jours: voilà bientôt deux mois que » nous sommes devant la ville, et vous n’y avez » rien fait. Il n’y a pas de raison pour que la cité » soit prise cette année ni l’autre. » De tels discours se tenaient dans l’armée parmi les soldats et le peuple ; quand les seigneurs et les barons en lurent informés, ils se rassemblèrent en conseil; comme ils étaient las d’une guerre sans combats, qu’ils n’espéraient plus réduire la ville assiégée , et qu’ils partageaient, d’ailleurs, les défiances qu’on avait généralement sur la bonne foi des Génois, ils résolurent de retourner dans leur pays, et mandèrent les maîtres des navires de Gênes , pour leur annoncer la résolution qu’ils avaient prise. Les maîtres des navires étant venus , jurèrent sur leur foi et honneur, que malgré les offres des Sarrasins ils n’avaient jamais cessé de tenir loyauté a la chevalerie française et anglaise. Le sire de Coucy, qui avait mérité l’amour et l’estime de toute l’armée, leur répondit que les barons et les seigneurs tenaient les Génois pour bons , loyaux et vaillants hommes , mais que leur intention était deretourner en France pour engager le roi à venir lui-même aux terres de Barbarie ; car ce roi étoil jeune et de grande volonté et ne savait, pour le présent , ou. employer ses armes . Celle réponse ne devait pas

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1389 satisfaire complètement les Génois, qui étaient venus pour s’emparer de la ville & Afrique; mais rien ne put changer la résolution des barons et des chevaliers. Des héraults d’armes annoncèrent dans tout le camp qu’on allait partir ; ils invitèrent en même temps les soldats et les chevaliers à transporter les bagages sur la flotte ; tout le monde mit la main à l’œuvre; on se défiait tellement des Génois, et la crainte de rester sur les côtes de Barbarie donnait tant d’activité aux soldats et au menu peuple, que les bagages, les tentes , les armes, tout fut transporté en un seul jour sur les vaisseaux. Au moment où la flotte mit à la voile, les Sarrasins d'Afrique ne purent se tenir de mener grand noise et de férir sur tambours pour que tout le pays en eût connaissance (1).

Depuis plusieurs mois on n’avait, en Europe, aucune nouvelle de celte expédition; on ne savait ce qu’étaient devenus les chevaliers, pas plus que s’ils étoient entrés en terre. Dans plusieurs pays de France et dans leHainaut, on faisait prières et processions pour que le ciel les ramenât en joie et en

(1) Suivant Paul Émile, Folietta et Bizaro, l'expédition finit par un traité. Après la réponse que le duc de Bourbon avait faite au Génois envoyé par les Sarrasins, on négocia la paix, et elle fut conclue aux conditions que les Africains n’inquiéteraient plus les côtes maritimes de France et de Gênes , qu’ils se tiendraient dans leurs limites et qu’ils paieraient sur-le-champ dix mille pièces d’or. Ainsi d’après ces historiens l’expédition aurait été glorieuse , tandis que d’après Froissard elle fut inutile et sanslionneur.

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