‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 132 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

contrées qui avaient excité si long-temps sa véné- i3oo-i3(/î ration et son enthousiasme , pour les porter vers les régions envahies ou menacées par les Turcs.

Nous avons vu vers la fin du xie. siècle les hordes de celte nation se répandre et dominer dans toute l’Asie. On se rappelle que ce fut leur invasion dans la Palestine, leur domination violente dans la ville sainte, qui souleva la chrétienté et provoqua la première croisade. Leur puissance , qui s’étendit jusqu’à Nicée et qui excitait déjà les alarmes des Grecs , fut renversée par les armées victorieuses de l’Occident. Les Turcs dont nous parlons ici, et que commençait à redouter la chrétienté vers la fin du xive. siècle , tiraient leur origine des Tartares , comme ceux qui les avaient précédés. Leurs tribus guerrières, établies dans le Karisme , en avaient été chassées par les successeurs de Gengiskan ; et les débris de cette nation conquérante , après avoir ravagé la Syrie et la Mésopotamie, étaientvenus, quelques années avant la première croisade de saint Louis , chercher un asile dans l’Asie mineure.

La faiblesse des Grecs et la division des princes musulmans leur permirent de conquérir plusieurs provinces et de fonder un état nouveau au milieu des ruines de plusieurs empires. La terreur qu’inspirait leur valeur farouche et brutale facilita leurs progrès et leur ouvrit le chemin de la Grèce. Bientôt les contrées qui avaient été le berceau de la civilisation , des arts et des lumières , reçurent les lois du despotisme ottoman.

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•j^o HISTOIRE HES CROISADES.

Sans doute que le despotisme (i) , tel qu’on le connaissait alors en Asie et qu’on le voit encore de nos jours, est la plus fragile des institutions humaines. Les mesures violentes qu’il prenait pour se conserver , montraient assez qu’il avait luimême la conscience de sa fragilité. Lorsqu’on le voit immoler toutes les lois de la nature à ses propres lois, tenir le glaive sans cesse suspendu sur tout ce qui l’approche, éprouver lui-même plus de crainte qu’il n’en inspire , on est tenté de croire qu’il n’a point d’appui véritable. En lisant l’histoire orientale du moyen âge , on s’étonne de voir tous cesempires, que le génie du despotisme avait élevés en Asie, disparaître tout-à-coup de la scène du monde et tomber au moindre choc. Mais il faut le dire , lorsque ce gouvernement monstrueux s’appuie sur les idées religieuses , sur les préjugés et les passions d’un grand peuple , il a aussi son ascendant populaire, et rien ne peut résister à son action ni arrêter le développement de sa puissance.

Ainsi s’éleva l’empire ottoman qui avait pour mobile la haine des chrétiens, la conquête de l’empire grec, et qui se soutenait par le double fana-

(i) En lisant les Annales ecclésiast. de Baronius, continuées par Raynaldi , on voit, à dater de l'année i3oo, le commencement des invasions des Turcs en Europe, et l’on a pour ainsi dire, année par année, une histoire de leurs conquêtes et de leurs progrès jusqu’en i453, époque de la prise de Constantinople par Mahomet II.

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