LIVRE XIX
Usine de la religion et de la victoire. Les Turcs i3oo-i3g6 n’avaieut que deux idées, ou plutôt deux passions toujours agissantes, qui leur tenaient lieu de patriotisme : étendre leur domination et propager la foi musulmane. L’ambition qui portait le souverain à conquérir les provinces chrétiennes se trouvait en harmonie avec l’esprit de la nation , accoutumée à s’enrichir par toutes les violences de la guerre, et croyant obéir au précepte le plus sacré du Coran en exterminant la race des infidèles. Si le prince devait sans cesse animer l’enthousiasme religieux et l’ardeur belliqueuse des sujets, les sujets à leur tour tenaient sans cesse le prince en haleine. Le chef absolu des Ottomans pouvait impunément commettre tous les crimes ; mais il ne pouvait vivre long-temps en état de paix avec ses voisins sans risquer son autorité et sa vie. Les Turcs ne supportaient ni un prince pacifique, ni un prince malheureux à la guerre : tant ils se persuadaient qu’ils devaient toujours combattre et qu’ils devaient toujours vaincre.
La dynastie ottomane, qui commença avec la nation turque et lui donna son nom (1) , cette dy-
(1) Olman , le chef de la dynastie turque, entra dans la province de Nicomédie le 27 juillet 1299 de l’ère chrétienne. L’année suivante, si on en croit quelques historiens, il se proclama empereur de l’Asie mineure. La conquête de Pruse doit néanmoins servir de date véritable à l’établissement de l’empire ottoman : il est difficile de suivre les progrès de cette nation, qui a peu de monumens histori-
i3oo-i3(jG h as tic , toujours l’objet de la vénération et respectée par la révolte elle-même, présentait, par sa stabilité, un spectacle nouveau à l’Orient. Elle avait montré au monde une succession de grands princes qui ont presque tous dans l’histoire la même physionomie et se ressemblent par leur orgueil, leur ambition, leur génie militaire: ce qui prouve que tous ces héros barbares étaient formés par les mœurs nationales, et qu’il n’y avait parmilesTurcs qu’une seule manière d’être grand. On peut juger quel avantage cette harmonie , cet accord entre les sujets et le souverain , devait donner à la nation ottomane dans ses guerres contre les chrétiens et même contre les autres peuples musulmans.
Tandis que l’Europe n’avait pour sa défense que des troupes féodales qui se rassemblaient en certaines circonstances , et qu’on ne pouvait retenir long-temps sous les drapeaux , les Ottomans étaient le seul peuple qui eut une armée régulière toujours sous les armes. Leurs guerriers, toujours animés d’un même esprit , avaient d’ailleurs l’avantage de la discipline sur la chevalerie insubordonnée des Francs , que la discorde agitait sans cesse et que mille passions différentes faisaient mouvoir.
Comme la population des Turcs ne suffisait pas toujours à leurs armées, ils forçaient chaque famille des pays conquis de livrer le cinquième de ses enfans mâles pour le service militaire. Ils prélevaient
ques , surtout pour les temps antérieurs aux sultans Amurat II et Mahomet II.