LIVRE XIX
ainsi la dîme de la jeunesse chrétienne ; cette jeunesse , enlevée à la religion du Christ , adoptait la croyance et les lois du vainqueur , et les fils des Grecs efféminés devinrent ces invincibles janissaires qui devaient un jour assiéger Bysance et détruire jusqu’aux ruines de l’empire des Césars. Tel était le peuple nouveau qui allait se placer entre l’Orient et l’Occident, et fixer tous les regards de la chrétienté jusqu’alors occupée de délivrer les lieux saints.
Lorsqu’on connaît la puissance et le caractère des Ottomans, on s’étonne de voir ce qui restait de l’empire grec subsister long-temps dans leur voisinage. C’est ici qu’il faut reprendre de plus haut l’histoire des faibles successeurs de Constantin , tantôt formant des alliances avec les Turcs prêts à les dépouiller , tantôt implorant les secours des Latins qu’ils haïssaient, et cherchant à réveiller l’esprit des croisades dont ils redoutaient les suites »
Lors des premières invasions des Turcs dans la Grèce , l’empereur Andronic avait envoyé une ambassade au pape pour lui promettre d’obéir à l’Eglise romaine , et lui demander des légats apostoliques avec une armée capable de chasser les infidèles et d’ouvrir la route du Saint-Sépulcre. Canlacuzenc , qui avait suivi l’exemple d’Audronic , disait aux envoyés du souverain pontife : « Je trouverai la » gloire en servant la chrétienté j mes états ofl’ri- » ront aux croisés un passage libre et sur -, mes » troupes , mes vaisseaux , mes trésors seront contome v. 18
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n sacrés à la défense commune , et mon sort sera » digne d’envie si j’obtiens la couronne du mar- » tyre. » Clément VI , à qui Cantacuzène s’était adressé , mourut sans avoir pu intéresser les guerriers chrétiens au sort de Constantinople. Peu de tertips après , l’empereur s’ensevelit dans un cloître; et le frcrc Josaphat Christodule , confondu parmi les moines du Mont-Athos, ne s’occupa plus ni de se rapprocher des Latins , ni de défendre l’empire de l’invasion des barbares.
Sous le règne de Jean Paléologue, les progrès des Turcs devinrent plus alarmans. L’empereur vint lui-même solliciter le souverain pontife. Après avoir, dans une cérémonie publique, baisé la main et les pieds du pape , il reconnut la double procession du Saint-Esprit et la suprématie de l’église de Rome (i). Touché de cette humble soumission , le pape protesta qu’il viendrait au secours des Grecs ; mais lorsqu’il s’adressa aux souverains de l’Europe , il ne put en obtenir que de vaines promesses. Au moment où Paléologue était prêt à s’embarquer à Venise pour retourner en Orient, il fut arrêté par ses créanciers et resta ainsi plusieurs mois sans que le souverain pontife et les princes qu’il était venu solliciter et qui lui avaient promis de délivrer son empire, eussent fait la moindre
(i) On peut lire dans les Annal, ecclés., ad unn. «36g, n». 1 1 , les lettres qu’il publia pour faire connaître sa profession de foi. Elles sont tirées des archives du château St. - Ange, in Ub.priv. rom. ecclesiast., tom. n, pag. 270.