LIVRE XIX. a
démarche pour le délivrer lui-même. Paléologue, 1300-1396 revenu à Constantinople au milieu de sa famille divisée et des Grecs qui le méprisaient , attendit en vain l’effet des promesses du pape. Dans son désespoir, il prit enfin le parti d’implorer la clémence du sultan Amurat, et d’acheter, par un tribut, la permission de régner sur les débris de son empire (i).
Il se plaignit de cette dure nécessité au pontife de Rome, qui fit prêcher une nouvelle croisade ; mais les monarques chrétiens virent avec indifférence un prince qui venait de rentrer dans le sein de l’église catholique , condamné à se déclarer le vassal des iufidèles. L’empereur de Bysance et le souverain pontife, en promettant , l’un d’armer l’Occident pour la cause des Grecs, l’autre de soumettre les Grecs à l’église romaine , avaient pris des engagemens qu’il était chaque jour plus difficile de remplir. Pendant qu’ils se reprochaient réciproquement de manquer à leur parole, Amurat, qui accomplissait mieux ses menaces que le pape et les princes chrétiens ne tenaient leurs promesses , ajoutait de nouvelles rigueurs au sort de Paléologue , et lui interdisait jusqu’à la liberté de réparer les remparts de sa capitale. Alors se renouvelèrent les supplications adressées au souverain
(i) Voy. Chalcondyle, De rebus Turcicis , liv. i, et la lettre que Grégoire XI adressa à Palcologue à la nouvelle du traité conclu entre les deux empereurs; elle est datée d’Avignon, le n des ides de décembre i374> tom. 4; ep, secret. , pag. 68. )
1 300-1396 pontife; le pape les renvoya do nouveau aux monarques de la chrétienté , qui n’y répondirent point, ou se contentèrent de plaindre l’empereur et le peuple de Bysance.
Sans doute que les empereurs grecs avaient besoin pour se défendre du secours des Latins ; mais cette politique pusillanime , qui invoquait sans cesse les nations étrangères , ne faisait que proclamer la faiblesse de l’empire, et devait ôter aux Grecs, dans les jours de péril, toute confiance en leurs propres forces. D’un autre côté, ces cris d’alarme qui ne cessaient de retentir en Europe , ne trouvaient plus que des esprits incrédules ou des cœurs indififérens. En vain on répétait aux guerriers de l’Occident que Constantinople était la barrière de la chrétienté ; ils ne pouvaient regarder comme une barrière capable d’arrêter l’ennemi, une ville qui ne suffisait point à sa propre défense , et qui avait sans cesse besoin d’être secourue. Lorsque Grégoire XI sollicita l’empereur d’Allemagne de secourir Constantinople , ce prince répondit avec humeur que les Grecs avaient ouvert aux Turcs les portes de l’Europe et mis le loup dans la bergerie .
Alors les tristes restes de l’héritage des Césars n’avaient pas vingt lieues d’étendue , et dans cet espace étroit, il y avait un empire de Bysance, un empire de Rhodoste ou de Selivrée ; les princes , que les liens du sang et le sentiment de leurs malheurs , devaient réunir , se disputaient avec fureur Jcs lambeaux de la pourpre impériale. On voyait le