‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 136 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

frère armé contre le frère ; le père et les fils se décla- , 300. , 3^ rant la guerre ; tous les crimes que l’ambition avait inspirés autrefois pour obtenir le sceptre du monde romain , on les commettait encore pour régner sur quelques misérables cités. Tel était l’empire d’Orient que pressait de toutes parts la domination ottomane.

A l’époque dont nous parlons, tous les princes de la famille de Paléologue ayant été mandés à la cour de Bajazet, obéirent eu tremblant à son ordre suprême ; et s’ils sortirent sains et saufs du palais du sultan, qui était pour eux comme l’antre du lion, c’est que la pitié désarma les bourreaux , et que le mépris qu’ils inspiraient aux Musulmans fut leur sauve-garde. L’empereur ottoman se contenta d’ordonner à Manuel, fils et successeur de Jean Paléologue, non pas de lui livrer Constantinople, mais d’y rester enfermé comme dans une prison , sous peine de perdre la couronne et la vie.

Tandis que les Grecs tremblaient ainsi devant les Turcs , les janissaires franchissaient sans obstacle le détroit des Tliermopyles et s’avançaient dans le Péloponèse. D’un autre côté, Bajazet, que la rapidité de ses conquêtes faisait surnommer Ilderim ou l’Éclair, envahissait le pays des Serviens , celui des Bulgares, et se disposait à porter la guerre dans la Hongrie.

Un schisme déplorable divisait alors la chrétienté. Deux papes se partageaient l’empire de l’Église , et la république européenne n’avait plus de chef qui pût l’avertir de scs dangers, d’organe qui

i3oo-i3g6 exprimât ses vœux et ses craintes , de lien qui réunît ses forces; les opinions religieuses n’avaient plus assez d’influence pour faire entreprendre une croisade ; il ne restait à la chrétienté pour sa défense que le caractère belliqueux de quelques nations de l’Europe.

Les ambassadeurs que Manuel envoya en Occident , répétant les éternelles lamentations des Grecs sür la barbarie des Turcs, sollicitèrent en vain la compassion des fidèles. Les envoyés de Sigismond , roi de Hongrie, furent plus heureux, lorsqu’arrivés à la cour de France ils implorèrent la bravoure des chevaliers et des barons. Charles VI n’avait point renoncé , si on en croit les historiens du temps , à tenter quelque grande entreprise contre les ennemis de la foi : « afin d’acquitter, dit Froissard ,

» les âmes de ses prédécesseurs , le roi Philippe ,

» de bonne mémoire , et le roi Jean , son aïeul. » Les envoyés hongrois avaient eu soin d’insinuer dans leurs discours que le sultan des Turcs méprisait la chevalerie chrétienne ; il n’en fallait pas davantage pour enflammer l’ardeur des guerriers français ; et lorsque le roi eut déclaré qu’il entrait dans la ligue contre les infidèles , tout ce que le royaume avait de preux chevaliers se précipita sous les armes. La plupart des barons et des seigneurs qui s’étaient trouvés à la malheureuse expédition d’Afrique, ne voulurent point perdre celte nouvelle occasion d’exercer leur valeur. Cette brave milice avait à sa tête le duc de Nevets, fils du duc de Bourgogne , jeune prince à qui sa témérité fit

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