LIVRE XIX
donner dans la suite le surnom de Jean-sans-Peur. i3oo-i3i)6 Parmi les autres chefs on remarquait le comte de la Marche, Henri et Philippe de Bar, parens du roi de France , Philippe d’Artois , connétable du royaume ; Jean de Vienne, amiral ; le sire de Cpuçy,
Guy de la Trimouille et le maréchal de Boucicaut , dont le nom se trouve mêlé à l’histoire de toutes les guerres de son temps.
Toutes les idées delà gloire, tous le$ sentimens de la religion et de la chevalerie se rattachaient à cette expédition. Les chefs s’étaient ruinés pour faire les préparatifs de leur voyage et pour étonner l’Orient parleur magnificence ; le peuple implorait la protection du ciel pour le succès de leurs armes.
On comparait déjà l’entreprise des uouveaux croisés à celle de Godefroy de Bouillon , et les poètes du temps célébraient la délivrance prochaine de Bysance et de Jérusalem.
L’armée française , où l’on comptait quatorze cents chevaliers et autant d’écuyers, traversa l’Allemagne et se grossit en chemin d’une foule de guerriers venus de l’Autriche et de la Bavière.
Lorsqu’ils arrivèrent sur les bords du Danube , ils trouvèrent toute la noblesse de la Hongrie et de la Bohème sous les armes. En passant en revue les nombreux soldats accourus pour combattre les Turcs, Sigismond s’écria plein de joie : « que si le » ciel venait à tomber, les lances de l’armée chré- » tienne le retiendraient dans sa chute. »
Jamais une guerre ne commença sous de plus heureux auspices. Non seulement l’esprit de la clicva-
1396 lerie avait fait accourir un grand nombre de guerriers sous les drapeaux de la croix -, mais plusieurs peuples maritimes de l’Italie s’étaient armés pour la défense de leur commerce en Orient. Uue flotte vénitienne, commandée par le noble Mocenigo, venait de se réunir aux vaisseaux de l’empereur grec et des chevaliers de Rhodes , vers l’embouchure du Danube , et devait faire triompher le pavillon des Francs dans l’Hellespont , tandis que l’armée chrétienne marcherait vers Constantinople.
Dés qu’on eut donné le signal de la guerre , rien ne put résister à la valeur impétueuse des croisés ; partout ils battirent les Turcs, s’emparèrent de plusieurs villes de la Bulgarie et de la Servie, et vinrent mettre le siège devant Nicopolis : heureux si ces premiers avantages ne leur eussent pas donné une confiance aveugle dans la victoire (x) !
Les chevaliers français , qu’on voyait toujours à la tête de l’armée chrétienne , ne pouvaient croire que Bajazat osât les attaquer ; et lorsqu’on vint annoncer que le sultan arrivait avec son armée, ils châtièrent le téméraii-e qui leur en donna le premier avis. Cependant l’armée ottomane avait traversé le Mont-Hémus et s’avançait vers JNicopo-
(1) Les détails qu’on va lire sur la bataille de Nicopolis se trouvent dans Bonfmi , décad. 3, liv. 11 ; dans Juvenal des Ursins, in cerotum VI; Froissard, lom. îv , ch. 67; St. Antonin, 3®. partie , tit. xxu, ch. 3$ Phrantza, liv. i,ch. 19 j Paul Émile, liv. x.