LIVRE XVII
toute la politique était la destruction des villes 1266 chrétiennes.
Comme les Musulmans entrèrent dans Antioche sans capitulation, ils s’y livrèrent à tous les excès de la licence et de la victoire (1). Dans une lettre qu’adressa Bibars au comte de Tripoli, le barbare vainqueur se plaît à décrire la désolation de la ville conquise et tous les maux que sa fureur avait fait souffrir aux chrétiens (2). « La mort, s’écrie-t-il, est » venue de tous les côtés et par tous les chemins j » nous avons tué tous ceux que tu avais choisis » pour garder la ville et en défendre les approches.
» Si tu eusses vu tes chevaliers foulés aux pieds » des chevaux , tes provinces abandonnées au pii—
» lage, tes richesses pesées au canthar, les fem- » mes de tes sujets vendues à l’encan ; si tu eusses » vu les chaires et les croix renversées, les feuilles » de l’Evangile dispersées et jetées aux vents.
(1) Makvisi,qui rend compte de la prise decette ville, dit que les habitans se défendirent d’abord avec un grand courage , et que plus de cent mille chrétiens perdirent la vie. Nous renvoyons pour les détails aux Extraits des auteurs arabes , §. q3.
(2) Celte lettre de Bibars, qui avait été écrite par son secrétaire, auteur de la vie que nous avons de ce sultan, ne parle pas seulement de la prise et de la destruction d’Antioche , mais des ravages exercés par les mamelucks dans le territoire de Tripoli. Cette lettre est fort étendue, mais on y trouve moins de faits que de phrases déclamatoires el de ligures orientales. On la trouve tout entière dans les Extraits des auteurs arabes.
12G8 » les sépulcres des patriarches profanés ; si tu eus- » ses vu tes ennemis, les Musulmans, marchant » sur le tabernacle , immolant dans le sanctuaire » le moine , le prêtre, le diacre; si tu eusses vu en- » fin tes palais livrés aux flammes, les morts dévo- » rés par le feu de ce monde , l’église de St. -Paul , » celle de St. -Pierre, détruites de fond en comble, » certes tu te serais écrié : plût au ciel que je fusse » devenu poussière! »
Bibars distribua le butin à ses soldats; les mamelucks se partagèrent les femmes , les filles et les enfans; il n’y eut pas alors, dit une chronique arabe, un esclave qui n eût un esclave (t). Un petit garçon se vendait douze dirhems , une petite fille cinq dirhems. Dans un seul jour la ville d’Antioche avait perdu tous ses habitans ; un incendie allumé par ordre de Bibars acheva l’ouvrage des barbares; la plupart des historiens s’accordent à dire que dix-sept mille chrétiens furent égorgés, cent mille tramés en servitude (2).
Lorsqu’on se rappelle le premier siège de cette ville par les croisés , les travaux et les exploits de Bohémond , de Godefroy , de Tancrède, qui fon-
(1) Makrisi. (Voy. les détails que donne net historien sur la distribution du butin et sur la conduite que tint Bibars en cette occasion. Extrait des auteurs arabes, ibid. )
(2) La prise d’Antioche eut lieu le premier mai 1268. (Voy. Sanuli,liv. ni, p. 12, ch. 9; Jourdin, manuscrit du Vatican; Haylon , Histoire orientale , ch. 32 ; Moine de Pa~ doue, liv. in.)