‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 142 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

et s’étant embarqué à Venise, il s’arrêta dans le i4<>a-i444 Péloponèse, où il attendit patiemment que la fortune se chargeât elle-même de la ruine entière ou de la délivrance de son empire.

Celte délivrance , qui ne pouvait plus venir des puissances chrétiennes , arriva tout-à-coup par un peuple plus barbare que les Turcs , et dont les conquêtes faisaient trembler tout l’Orient. Tamcrlan ou Timur, du sein des guerres civiles, avait été porté au trône des Mogols et venait de relever au nord de l’Asie l’empire formidable de Gengiskan.

L’histoire peut à peine suivre ce nouveau conquérant dans ses expéditions gigantesques. L’imagination est effrayée de la rapidité avec laquelle, pour nous servir d’une expression de Timur lui-même , il porta le vent destructeur de la désolation depuis le Zagatliaï jusqu’à l’Indus, et depuis l’Indus jusqu’aux déserts glacés de la Sibérie. Tel était le fléau que le ciel envoyait pour abattre l’orgueil menaçant de Bajazet. Les historiens du temps ne sont pas d’accord sur les motifs qui armèrent le chef des Mogols contre l’empereur ottoman ; les

déchirée par le schisme. Deux papes , l’un à Rome, l’autre à Avignon, se disputaient l’obéissance des nations catholiques. L’empereur grec , pour ménager les deux partis , s’abstiut de correspondre avec l’un et l’autre. Il traversa toute l’Italie sans demander l’indulgence du jubilé qu’on célébrait alors. Cette conduite offensa le pape de Rome, qui accusa Manuel d’irrévérence pour l’image du Christ, et exhorta les princes d’Italie à l’abandonner. (Voy. Historié politica , publiée par Martin Crusius.)

.',02-1 44 1 uns atlribuent la résolution de Tamcrlan aux plaintes des princes musulmans dcl’Asic mineure, que le sultan des Turcs avait chassés de leurs états; d’autres, fidèles à l’esprit de leur siècle, et cherchant les causes des grands événemens dans les phénomènes célestes , expliquent l’invasion des Tartares par l’apparition d’une comète qui se fit voir pendant deux mois à l’Asie effrayée. Dédaignant les explications merveilleuses, nous nous bornerons à dire que la paix ne pouvait durer entre deux hommes poussés par la même ambition, et qui ne devaient point se pardonner l’un à l’autre d’avoir eu en même temps la pensée de conquérir le monde. Leur caractère, comme leur politique , se montre assez dans les menaces violentes qu’ils s’adressèrent réciproquement avant les hostilités, et qui devinrent le signal des plus sanglantes catastrophes.

Tarnerlan, parti de Samarcande, réduisit d’abord la ville de Sébasle (i), et, comme s’il eut voulu ■donner à Bajazet , avant de l’attaquer, le spectacle des ravages qui accompagnaient partout sesarmcs , il dirigea tout-à-coup scs hordes tartares vers la

(i) Chalcondyles, liv. ni, et Leunclav , liv. vi, disent <jue Tarnerlan fit périr cent vingt mille habitnns de Sébnste ; qu’il fit mourir Ortognle, fils de Bajazet; et qu’ayant réuni en un même lieu les femmes et les enfans de cette ville, il fit passer sur celte multitude faible et misérable sa cavalerie, qui l’écrasa sous les pieds des chevaux. Il assista luimême à cet horrible spectacle.

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