‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 143 sur 276 · LIVRE XIX. agi · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. agi

Syrie et les provinces gouvernées par les marne- 1402-1 444 lucks d’Egypte. La valeur de ses soldats, les discordes de ses ennemis , la trahison et la perfidie qu’il ne dédaignait jamais d’appeler au secours de sa puissance , lui ouvrirent les portes d’Alep , de Damas, de Tripoli. Des torrens de sang et des pyramides de têtes humaines marquaient le passage du conquérant mogol. Partout son approche répandait l’épouvante parmi les chrétiens comme parmi les Musulmans j et quoiqu’il se vantât dans ses discours de venger la cause des opprimés, Jérusalem , en celte occasion , dut s’applaudir qu’il n’eût pas songé à sa délivrance.

Enfin les Tartares s’avancèrent vers l’Asie mineure. Timur traversa l’Anatolie avec une armée de huit cent mille hommes. Bajazet, qui avait levé le siège de Constantinople pour venir au-devant de son redoutable adversaire , le rencontra dans les plaines d’Ancyre. A la suite d’une bataille qui dura trois jours , l’empereur ottoman perdit à-la-fois son empire et sa liberté (1). Les Grecs, à qui la

(1) La bataille d’Ancyrc commença le 26 juillet 1402, et ne finit que le 28. On a beaucoup exagéré le nombre des combattans qui y perdirent la vie. Les plus modérés le portent à 180 mille tués, tant d’un côté que de l’autre. Bajazet fut fait prisonnier. Suivant Y Histoire persane de SherelFeddi u- Ali, ce prince mourut d’apoplexie à Aksher, neuf mois après sa défaite. Son corps fut transporté avec pompe dans le mausolée qu’il avait fait élever à Bursa. Son fils Mousa reçut du vainqueur de riches présens avec le litre de souverain d’Anatolie.

»ja HISTOIRE DES CROISADES.

1402-1444 renommée annonça bientôt cette victoire, remercièrent en tremblant leur farouche libérateur ; et l;indiflerence avec laquelle il reçut leur ambassade, prouve qu’il n’avait point eu l’intention de mériter leur reconnaissance. Arrivé au Bosphore, le vainqueur de Bajazet dirigea ses regards et ses projets vers l’Occident ; mais le maître des plus vastes royaumes de l’Asie n’avait pas une barque qui put le transporter au-delà du canal. Ainsi Constantinople, après avoir échappé au joug des Ottomans, eut le bonheur d’échapper aussi à la présence des Tartares, et l’Europe vit se dissiper loin d’elle ce violent orage.

Le vainqueur fit tomber sa colère sur la ville de Smyrne, défendue par les chevaliers de Rhodes. Cette ville fut emportée d’assaut, livrée au pillage et réduite en cendres ; l’empereur mogol retourna en triomphe à Samarcande, traînant à sa suite le sultan Bajazet , et méditant tour-à-lour la conquête de l’Afrique, l’invasion de l’Occident et une guerre contre la Chine.

Après la bataille d’Ancyre , plusieurs princes de la famille de Bajazet se disputèrent les provinces ravagées de l’empire ottoman. Si les Francs avaient paru alors dans le détroit de Gallipoli et dans la Thrace , ils auraient pu profiter des défaites et delà discorde desTurcs, et les repousser au-delà du Taurus ; mais l’indifférence des états chrétiens , la perfidie et la cupidité de quelques peuples maritimes de l’Europe, laissèrent à la dynastie ottomane le temps et les moyens de relever sa puissauce abattue ,

Page 1