‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 144 sur 276 · LIVRE XIX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. a

Les Grecs ne profitèrent pas plus des victoires de i4oa-i444 Tamerlan que les Latins. Viugt ans après la bataille d’Ancyre, les Ottomans avaient repris toutes leurs provinces ; leurs armées environnaient de nouveau Constautinople (i), et c’est ici qu’on peut appliquer à la puissance des Turcs la comparaison orientale de ce serpent du désert qu’un éléphant a écrasé dans sa course , qui rassemble ensuite ses anneaux dispersés , relève peu à peu sa tète menaçante, ressaisit la proie qu’il avait abandonnée, et la presse de ses replis monstrueux.

Tant que les empereurs grecs n’eurent point de crainte pour leur capitale, ils n’eurent aucune relation avec les princes chrétiens de l’Europe; mais au moment du danger , la cour de Bysance renouvela ses supplications et scs promesses d’obéissance à l’Eglise romaine. Une conversation de Manuel , rapportée par Phrantza , nous fait connaître la situation des Grecs et la politique des timides successeurs de Constantin : « Il ne nous reste ,

» disait ce prince à son fils Jean Paléologue ,

» pour toute ressource contre les Turcs, que leur » crainte de notre union avec les Latins , et la » terreur que leur inspirent les nations belliqueu- » ses de l’Occident. Dès que vous serez pressé » par les infidèles, envoyez à la cour de Rome,

(i) A murât II assiégea Constantinople pendant deux mois avec une armée de deux cent mille hommes: il avait l’espoir de s’en rendre maître lorsque la révolté de son frère l’obligea de lever le siège et de retourner en Asie.

1402-1444 » et prolongez la négociation sans jamais prendre » un parti décisif (1). » Manuel ajoutait que la vanité des Latins et l’obstination des Grecs s’opposeraient toujours à un accord véritable, et qu’une réunion quelconque avec le pape , en réveillant les passions des deux partis , ne ferait que livrer Bysance à la merci des barbares.

Ces conseils , qui annonçaient peu de franchise dans la politique des Grecs, ne pouvaient être suivis long-temps avec succès. Les dangers devinrent plus pressans, les circonstances plus impérieuses ; comme la chrétienté ne répondait à de vaines négociations que par de vaines promesses , le successeur de Manuel se trouva forcé de donner des gages de sa foi et de sa sincérité. On adopta enfin l’idée d’un concile où les deux églises devaient s’entendre et se rapprocher. L’empereur Jean Paléologue et les docteurs de l’église grecque se rendirent à Ferrare (2) , puis à Florence (3). Ap rès de longs débats , les Grecs reconnurent la double procession du St.-Esprit et la suprématie du pape j de son côté , le souverain pontife prit l’engagement d’entretenir pour la défense de Constantinople, deux galères et trois cents soldats dans les temps ordinaires , et dix galères pendant six mois ou vingt pendant un an , dans les jours de

(r) Phrantza, liv. 11 , cliap. i3.

(•i) Le concile de Ferrare s’ouvrit le 8 janvier i438.

(3) Voy. les actes du concile de Florence , pag. 5 , et André Sainte-Croix.

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